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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 19:51

 

 
Qu’en est-il ? En art de guérir et pharmacologie jusqu’il y a peu, les grandes découvertes se sont imposées par leur évidente efficacité sans passer par des essais cliniques et analyses statistiques. Opiacés et alcool étaient connus comme antidouleurs euphorisants depuis la nuit des temps. Plus tard, éther, chloroforme et protoxyde d’azote ont fort bien endormi. Les premiers antibiotiques : sulfamidés et pénicillines sont venus à bout à petites doses de la quasi-totalité des infections jusqu’à ce que les microbes mettent au point des stratégies de défense toujours plus performantes. Les hormones comme l’insuline dans le diabète ou la thyroxine, les corticoïdes, les hormones hypophysaires ont corrigé des insuffisances mortelles. Calcium et vitamines D sont venus à bout du rachitisme, la vitamine C du scorbut et les vaccinations d’épidémies dévastatrices.

Jusqu’au milieu du 20e siècle, ces découvertes fondamentales n’ont enrichi ni leurs inventeurs ni leurs producteurs ni leurs prescripteurs. Tout a basculé avec le développement foudroyant de l’industrie du médicament qui a fasciné le monde financier par l’ampleur de ses retours sur investissement.

L’économie de santé montre pourtant que les soins médicaux n’interviennent que pour 11 % dans la longévité et la qualité de vie dans les pays de l’OCDE. Le reste dépend du niveau d’instruction, du style de vie et de la qualité de l’environnement. C’est évidemment là qu’il faut investir si on veut vivre mieux et plus longtemps. On le fait trop peu parce que ce n’est pas aussi immédiatement et spectaculairement rentable que l’industrie pharmaceutique.

Cette industrie si elle évoque à tout propos ses dépenses en recherches et développement pour justifier les coûts des médicaments ne fait pas de vraies recherches et finance surtout la promotion de ses produits. Seule la recherche fondamentale financée par le public effectue une recherche digne de ce nom. Ses découvertes, quand elles sont rentables, sont captées par le privé via les spins off qui gravitent autour des universités. L’industrie du médicament exploite, elle, une infinie bibliothèque de molécules qui peuvent être testées selon des schémas bien établis. D’abord, étudier les effets et la toxicité sur des cellules et tissus en culture, puis sur des animaux de laboratoire, ensuite des humains bien portants, puis des patients atteints de l’affection sur laquelle la molécule étudiée pourrait avoir une certaine efficacité. Si la molécule testée influence favorablement si peu que ce soit et sans toxicité excessive le cours de la maladie ciblée, elle a de bonnes de chances de se retrouver sur le marché sans même avoir besoin de faire la preuve de sa supériorité sur les traitements existants.

D’ailleurs, pour ne pas prendre de risques ni perdre de temps, les molécules étudiées sont le plus souvent des variantes de molécules connues. Si elle améliore la rentabilité, cette façon de travailler risque peu d’amener sur le marché des produits innovants. Grâce à sa maîtrise du droit sur la propriété intellectuelle et les brevets, cette industrie sait aussi se protéger et prolonger ses monopoles et droits acquis.

La manière dont les essais cliniques préalables indispensables à la mise sur le marché ont été conduits jusqu’il y a peu et le sont encore trop souvent ne saurait aboutir à mieux. Les essais cliniques sont formatés par l’industriel qui les finance. Les médecins « essayeurs » ont chacun une dizaine de patients à tester dans les essais regroupant plusieurs centaines de sujets. Ces médecins qui ne se connaissent pas entre eux renvoient chacun leurs résultats à la firme sans pouvoir connaître ceux de leurs collègues. La firme a ainsi tout loisir d’écarter les résultats défavorables à son produit pour ne garder que les meilleurs. Les médecins rompus à cette pratique s’efforcent d’obtenir ou de ne transmettre que les résultats espérés. Ils resteront ainsi dans cette filière très rémunératrice. Ceux qui devraient assurer le suivi du produit par la pharmacovigilance ne le font pas, d’où quelques procès retentissants, quelques centaines de morts plus tard.

Il faut aussi savoir comment s’organise le lancement des nouveaux médicaments. Les résultats triés, donc biaisés, des essais cliniques sont mis en page et statistiquement travaillés par des écrivains médicaux professionnels qui ont appris à torturer les chiffres et les mots pour leur faire dire ce qu’ils veulent.

Heureusement depuis peu, les revues médicales les plus sérieuses se sont mieux organisées pour contrer ces fraudes intellectuelles mais la promotion des produits ne se limite  pas aux seules publications de qualité que trop peu de médecins et journalistes médicaux lisent.

Il y a surtout les congrès où prennent la parole des professeurs de renom « leaders d’opinion » qui désertent leur service, leurs patients et leur chaire pour promouvoir ces nouveautés. Leurs auditoires sont peuplés de médecins et de journalistes spécialisés, invités choyés qui porteront au grand public et aux patients la bonne  nouvelle. En général, vaines promesses qui entretiennent l’espoir de ceux qui souffrent de cancers dépassés, de sclérose en plaques, d’Alzheimer, d’obésité, etc. et, comme s’il n’y avait pas assez de souffrance pour soutenir le marché, s’inventent de nouvelles maladies : spasmophilie, jambes ans repos, fatigue chronique, etc.

 


 

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans DERIVE DE LA MEDECINE
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