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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 21:18

Si vous prenez des antidépresseurs depuis plus de 8 mois, vous souffrez d'une dépression récidivante exceptionnelle... sauf si votre médecin est dans l'erreur totale, comme dans 50% des cas. Alors qu'aux Etats-Unis, on s'interroge sur la "génération Prozac", la situation n'est pas moins alarmante en France.


 
Une prescription sur deux d'antidépresseurs est injustifiée.

Une prescription sur deux d'antidépresseurs est injustifiée. Crédit Reuters

Atlantico : Vingt-cinq ans après l’avènement du Prozac aux Etats-Unis, c’est toute une génération qui a été nourrie aux antidépresseurs. Pourtant, la prise de médicaments à vie semble montrer qu’on ne peut pas guérir de la dépression, donc que les antidépresseurs sont inefficaces. Peut-on prouver leur efficacité réelle ?

Bertrand Gilot : Ce serait aller trop loin que de dire que les antidépresseurs ne sont pas efficaces. Les études montrent qu’ils le sont en cas de dépression sévère. C’est là que réside le problème : quand doit-on prescrire les antidépresseurs ? Selon les études de l’assurance maladie, il est probable qu'une prescription sur deux soit injustifiée en France, soit parce que les médicaments sont prescrits en-dehors de leurs indications, soit parce qu’ils sont prescrits trop longtemps… voire alors que le patient ne souffre d’aucun trouble psychologique.

Aux Etats-Unis, les antidépresseurs sont facilement prescrits par les services médicaux des universités. Aussi, beaucoup de traitements commencent dès l’adolescence. Il semble également que le traitement à vie y soit socialement accepté, et que la prescription sans limite temporelle soit monnaie courante. La situation est-elle semblable en France ?

Le problème chez les jeunes n’est pas de la même envergure en France. Néanmoins, si l’on prend en compte l’ensemble de la population, on constate que la prescription s’étend souvent sur plusieurs années. Nous, psychiatres, voyons souvent passer la porte de notre cabinet des personnes qui ont été sous traitement pendant 5,10 ans, parfois plus, alors que les consensus scientifiques internationaux préconisent de se pencher sur la prolongation du traitement qu'en cas de récidive, 6 mois après la guérison des symptômes. Soit 7 à 8 mois de traitement au total. Au contraire, les indications de traitement prolongé, voire à vie sont extrêmement rares. Elles sont réservées à des cas exceptionnels de dépression récidivante. Car l’efficacité des antidépresseurs se manifeste en 2 à 4 semaines. Si après ce laps de temps, le traitement ne fonctionne pas, on le remet en cause – dosage ou produit. Officiellement, la prescription sans limite de temps n’existe pas ou presque.

Mais la difficulté aujourd’hui est d’accepter l’arrêt du traitement. Pas au niveau du patient, vues les asymétries d’information entre patient et médecin, mais au niveau du practicien. La reconduction du traitement résulte en général plus d’une peur de la part du médecin des conséquences dommageables de l’arrêt, et non d’une décision délibérée de prescrire un long traitement. C’est un peu une forme de laisser-aller.

La faute à qui : au laxisme des médecins uniquement ? Aux abus des patients ? A la société trop stressante ? A l’activisme des laboratoires pharmaceutiques ? A la complaisance des pouvoirs publics qui ne requièrent pas d’études d’impact à long terme ?

On pointe souvent le patient du doigt. Pourtant, c’est souvent le prescripteur qui est mis en cause. Ce sont des médicaments accessibles uniquement sur ordonnance et j’ai rarement vu des patients insister, au cours de ma carrière. De ce côté-ci, nous avons un énorme problème de formation des médecins, notamment des généralistes, qui représentent 90% des prescripteurs d’antidépresseurs. Ils le font en toute bonne foi – je ne veux pas leur jeter la pierre – ils essaient d’aider leurs patients avec les outils obtenus de leur formation. Malheureusement, la formation concernant l’usage des psychotropes est à ce jour insuffisante.

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans DERIVE DE LA MEDECINE
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