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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 20:04

 

Cancer de la prostate : non aux traitements inutiles et inva...

Le cancer de la prostate concernait en 2009 plus de 71 000 hommes. En France, comme dans de nombreux pays, le traitement de référence est radical : on enlève la prostate « pour ne pas courir de risque ». Les urologues ont donc la main lourde : 22 000 prostates enlevées en 2010, près de 4 fois plus qu’en 1998.

Les séquelles de ces opérations sont fréquentes et invalidantes, mais hélas passées sous silence par de nombreux urologues. « On vous affirme que la rééducation sphinctérienne vous épargnera les fuites urinaires, l'incontinence au moindre effort tellement fréquent, dénonce le Pr Henri Joyeux (Faculté de médecine de Montpellier). Un autre chirurgien plus honnête vous prévient des risques d'incontinence, mais vous promet de conserver votre érection, un autre vous affirme qu'avec le Viagra - totalement inefficace dans ces cas - et les traitements actuels, votre puissance sexuelle ne sera pas perturbée. Doux rêves ! »

Selon l’Association nationale des malades du cancer de la prostate (ANAMACaP), un homme sur trois se plaint de fuites urinaires un an après une ablation de la prostate. Et selon l’étendue de la tumeur et l’importance du geste chirurgical, 41 à 80 % des patients souffrent d’impuissance à divers degrés.

C’est cette situation que dénoncent les Américains Ralph Blum et Mark Scholz dans leur livre « Touche pas à ma prostate », (en anglais : Invasion of the Prostate Snatchers – littéralement L’invasion des voleurs de prostate). Ils sont appuyés en cela par le Pr Henri Joyeux qui a signé la préface de l’édition française. Les Pr Scholz et Joyeux soulignent que dans de nombreux cas, l’ablation de la prostate est inutile : plus des deux tiers des patients sont porteurs d’une forme de cancer qui n’évolue que très lentement et qui nécessite une simple surveillance active – comme c’est le cas pour une maladie chronique (lire l’entretien avec le Dr Mark Scholz). Le dosage du PSA, les techniques avancées d’imagerie permettent souvent de distinguer entre les cancers agressifs qui doivent être traités, y compris radicalement, et les autres. Des centres de traitement comme l’hôpital Tenon et celui de la Pitié Salpêtrière à Paris, les CHU d’Angers et de Dijon se convertissent à cette « surveillance active » des cancers de la prostate, en réservant les stratégies lourdes aux cas qui le nécessitent. Mais les pratiques n’évoluent que lentement. Le coup de gueule de Ralph Blum, Mark Scholz et Henri Joyeux pourrait accélérer les choses. Anticipant la parution de ce livre en français, et inquiets de ses retombées, les urologues français se sont fendus d’un communiqué de presse en novembre 2011 pour tenter de montrer qu’ils ont pratiqué moins d’ablations en 2010 qu’en 2007 : 22 000 contre 26 500. « Nous ne sommes pas des voleurs de prostate ! » ont-ils clamé, en référence au titre original du livre, qui dénonce leurs pratiques.

Il faut dire que ces opérations sont très lucratives et on peut se demander si leur multiplication depuis quinze ans a à voir avec l’état de la recherche scientifique ou avec la manne financière qu’elles représentent. « Certains spécialistes, dit le Pr Joyeux, donnent le choix, d'autres imposent, culpabilisent même. Chacun a son argumentaire préféré :  « Si on vous fait des rayons, on ne pourra plus jamais vous opérer ! Dépêchez vous, je vous opère la semaine prochaine et vous serez sauvé ! N'attendez pas, vous mettez votre vie en danger. » Certains vous annoncent le temps qu'il vous reste à vivre, alors qu’ils n’en savent rien. »

Car en réalité les études se succèdent, qui montrent qu’un grand nombre de patients sont traités inutilement. Du coup, on comprend mieux la véritable déprime qui a saisi en mai dernier les urologues américains pendant leur réunion annuelle lorsque le Dr Timothy Wilt (université du Minnesota) leur a présenté les résultats de l’étude PIVOT. Elle confirme que l’ablation de la prostate n’apporte aucun bénéfice en espérance de vie (et que des ennuis) aux patients à risque faible. Comme le rapporte ce jour-là Pieter Droppert, l’éditeur du blog Biotech Strategies, « ces résultats pourraient avoir un impact financier sur les urologues qui jusqu’ici ont privilégié les prostatectomies radicales chez les patients à faible risque ».

Ralph Blum, Mark Scholtz, Henri Joyeux et d'autres plaident pour que le patient soit informé en toute transparence non seulement des résultats des études rapportées par ce livre, mais aussi des conséquences potentielles de l'intervention. Pour pouvoir décider en connaissance de cause.

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans L'ENFER DES TRAITEMENTS
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