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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 19:39

Même s'ils restent marginaux, les dépassements d'honoraires à l'hôpital public sont excessifs et très peu sanctionnés, souligne la journaliste Odile Plichon, qui pointe aussi aussi la connivence entre les politiques et les grands médecins. 


"Certains médecins sont les fonctionnaires les mieux payés de la République!"

MEDECINS - Dans son "Livre noir des médecins stars", Odile Plichon enquête sur les dérives de certains praticiens du secteur public et dénonce leur sentiment "d'immunité".

L'Expansion / Jérôme Chatin

Pour Odile Plichon, journaliste au Parisien et auteur du Livre noir des médecins stars (Stock) paru en avril dernier, les dépassements d'honoraires dans le secteur public sont la plaie de l'hôpital public. 

>> Lire aussi: Dépassements d'honoraires: toujours pas d'accord 

Pourquoi, selon vous, les négociations de cette nuit ont-elles échoué?

Toute la question est celle de la définition des honoraires "excessifs": s'applique-t-elle à partir de quatre à cinq fois le tarif Sécu, c'est-à-dire 100 euros environ, comme l'avait envisagé le gouvernement dans un premier temps? Commence-t-elle à 2,5 fois le tarif Sécu, soit 60 euros environ, comme l'a proposé ensuite Frédéric Van Rockeghem, le directeur de la CNAMTS (caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés)? Dans ce dernier cas, le champ des médecins sanctionnables exploserait. Le gouvernement ayant durci son attitude dans la dernière ligne droite des négociations, il est probable que les médecins libéraux l'ont assez mal pris... 

Qu'en est-il de l'hôpital public?

Paradoxalement, les médecins y exerçant ne sont pas concernés par les discussions actuelles, qui ne s'appliquent qu'à la médecine de ville et aux cliniques privées. 

Et quelle est l'ampleur des dérapages dans ces hôpitaux?

En soi, le phénomène est très marginal, mais les montants en jeu sont importants: le professeur Khayat, cancérologue bien connu, prend 500 à 700 euros par consultation. A l'hôpital Béclère, le professeur René Frydman demandait, lorsqu'il était en activité, jusqu'à 2500 euros pour un accouchement - en expliquant au passage que le dépassement dépend en partie du temps consacré à l'accouchement... Les professeurs Debré et Zerbib à Cochin touchaient encore, il y a quelques années, 280 000 euros pour le premier et jusqu' à 600 000 euros pour le second, d'honoraires dans leur activité privée au sein de l'hôpital public. 

Ces dérapages sont-ils de plus en plus fréquents?

Non. Mais ils ne sont que très rarement sanctionnés. Et quand cela arrive, la sanction reste légère -en général. En outre, on voit émerger deux phénomènes nouveaux. Certains praticiens prennent des dépassements pour des pathologies très graves -une tumeur au cerveau chez un enfant par exemple. D'autres ne tiennent pas compte des revenus de leurs patients. Roselyne Bachelot a "envoyé" un jour une amie qui n'avait que la CMU chez Khayat, et ce dernier lui a demandé 500 euros! 

Pourquoi si peu de sanctions?

Il n'y a pas de réelle volonté politique. La CPAM était censée mettre sur pied une commission de pénalité en cas de dérapages graves. En pratique, cette commission n'a jamais vu le jour, car les décrets d'application de la loi ne sont jamais parus. Certaines caisses font pourtant un gros travail pour repérer ces médecins, mais elle n'a pas de pouvoir coercitif. Quant au Conseil de l'ordre, il fait preuve d'une grande mansuétude pour les confrères... 

Certains médecins menacent d'aller dans le privé si on les empêche de faire ce qu'ils veulent...

Officiellement, c'est la raison avancée par les pouvoirs publics pour ne rien faire. Mais les faits démentent cette menace. Si l'on additionne les revenus d'un grand "ponte" d'un hôpital public, entre son salaire officiel, ses émoluements d'enseignant, son activité privée, les contrats passés avec l'industrie pharmaceutique et son travail de recherche, on s'apercevrait qu'ils sont les fonctionnaires les mieux payés de la République! Le tout, sans contrôle ni contrepartie, puisqu'ils ne remplissent même pas leur tableau de service. 

Comment expliquer l'absence de réaction des autorités compétentes?

Il y a plusieurs raisons à cela. Certains directeurs d'hôpitaux ne sont pas très courageux, c'est vrai. De plus, leur établissement gagne de l'argent puisque ces mandarins reversent tout de même une partie de ce qu'ils gagnent dans leur activité privée. 

Et du côté des responsables politiques?

Ca, c'est le non dit. Mais oui, il existe bien une connivence entre ces pontes et certains hommes politiques. Des exemples? le professeur Debré s'est longtemps vanté d'avoir opéré le président Mitterrand. Il y a quelques mois, la fille de François Hollande a été prise comme stagiaire dans le service du professeur Khayat. L'année dernière, le professeur Fabiani a opéré Claude Géant à l'HEGP à Paris. Même si les situations ne se ressemblent pas, tout cela crée des liens. En particulier lorsqu'un médecin opère lui-même. Il s'ensuit une relation quasiment fusionnelle, de la vie à la mort. Et là, certains en tirent effectivement un sentiment d'immunité à vie.

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans DERIVE DE LA MEDECINE
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