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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 19:10

Symptomatologie
Puisque la personne handicapée est avant tout une personne, il ne faut pas s'attendre à ce que la symptomatologie de l'abus sexuel récent soit fondamentalement modifiée par l'existence d'un handicap. Or, cette symptomatologie a été bien étudiée aux États-Unis [24], et sa description correspond au concept de "Post-traumatic stress disorder" qui figure dans le DSM III R. De plus, nous disposons en français de l'excellent repérage de Y.-H.L. HAESEVOETS [19].

Chez les personnes handicapées, il existe comme chez les valides des signes somatiques directs d'agression sexuelle récente :
- lésions des organes génitaux ou de la région périnéale, notamment au niveau de l'anus,
- saignements, douleurs, à la miction par exemple,
- symptômes d'infection urinaire, de maladie sexuellement transmissible,
- ecchymoses disséminées,
- et aussi, découverte, habituellement tardive (lorsque cela se voit !), d'une grossesse, qui est le plus souvent, soit non consciente, soit dissimulée.

Mais, en raison de la pauvreté du langage ou de son absence, on ne peut guère compter sur le témoignage des personnes handicapées mentales ou psychiques, surtout s'il s'agit d'enfants ou de sujets très régressés. On doit alors s'alarmer sur des signes indirects, qui ont d'autant plus de valeur qu'ils sont d'apparition récente. Selon notre expérience, voici les plus habituels :
- le refus de se déshabiller,
- d'autres phobies diverses ou comportements d'évitement, comme le refus de laisser faire sa toilette par certains accompagnants, dont les caractéristiques peuvent rappeler l'agresseur,
- des troubles du sommeil avec cauchemars, hyper-vigilance diurne,
- ou encore une gêne excessive lors d'un contact physique banal ou connu, par exemple à l'occasion d'un soin infirmier ou d'un examen médical, voire à l'égard de tout adulte qui s'approche, le tout traduisant une importante anxiété sous-jacente,
- des comportements séducteurs ou inhabituellement sexualisés : par exemple chez l'enfant des dessins ou des jeux à contenu exclusivement sexuel, comme l'utilisation de poupées afin d'évoquer ou reproduire les situations vécues, mais aussi une docilité, une obéissance excessives ou une attitude paradoxalement "mature",
- et, pour les victimes possédant un langage suffisant, l'utilisation d'un vocabulaire inutilement sexuel ou une interprétation sexualisée de tout ce que ces personnes peuvent observer ou ressentir,
- l'ensemble de ces éléments correspondant tout à fait au "post traumatic stress disorder" [24] signalé ci-dessus.

On peut également noter bien d'autres troubles du comportement :
- masturbation ou agression sexuelle d'autres personnes de l'entourage, autres résidents notamment, de sorte qu'en institution, les violences sexuelles font facilement tâche d'huile,
- apparition ou recrudescence d'automutilation,
- et, pour les plus autonomes, opposition, fugues, passages à l'acte divers, afin d'attirer l'attention, tentatives de suicide, généralement par toxiques (produits ménagers) ou médicaments.

Surtout on observe :
- des troubles des conduites alimentaires, anorexie ou boulimie,
- des régressions, parfois spectaculaires, énurésie, encoprésie, défécation pendant le sommeil,
- une dépression, quasi constante, témoin du désespoir, avec baisse de l'activité, dégradation de l'hygiène corporelle lorsqu'elle dépend seulement des personnes handicapées elles-mêmes,
- des somatisations telles que céphalées, douleurs abdominales, etc.
- et, pour les sujets qui fréquentent l'école ou ont une activité professionnelle protégée, diminution marquée des performances cognitives en classe ou au travail,
- ajoutons, car c'est également un signe, la tendance habituelle à ne pas prêter foi aux plaintes des personnes handicapées à ce sujet.

Malgré le nombre élevé de ces symptômes, dont aucun n'est vraiment spécifique, surtout pris isolément, et en raison des réticences, autant familiales qu'institutionnelles, la découverte n'est que rarement immédiate. Cela peut avoir pour conséquence de faire perdre une partie de sa valeur probante à l'examen local. Il faut néanmoins toujours le faire effectuer, avec tout le tact nécessaire, par un spécialiste ou une unité d'urgence médico-judiciaire, afin de ne pas manquer de preuves, si minimes soient-elles [13].

En raison de la honte et de la culpabilité éprouvées par la victime et surtout de la pression morale exercée par l'abuseur (menaces de représailles s'il est dénoncé), il peut arriver que rien ou presque ne traduise cliniquement la situation. Plus ou moins consciente de sa dépendance, la personne handicapée craint avant toute chose le bouleversement de son environnement habituel, familial ou institutionnel, qui fonde son système de sécurité : de façon intuitive et en grande partie inconsciente, elle va alors faire en sorte que les symptômes ne se remarquent pas trop et évitera soigneusement de désigner son agresseur, augmentant elle-même le fonctionnement sous l'emprise de la loi du silence. Il est même arrivé qu'elle cèle volontairement sa grossesse, pour en rendre moins probable l'interruption, dans l'illusion de gagner ainsi son autonomie, en échappant à sa famille, ce qui ne s'est évidemment pas réalisé.

Le repérage de l'un ou l'autre de ces différents signes d'alarme, si possible de plusieurs, surtout s'il s'agit de comportements inhabituels, devrait, dans une organisation institutionnelle d'étayage mutuel en vue de la sécurité des personnes accueillies, déclencher un regard plus approfondi des accompagnants à domicile ou, en établissement résidentiel, des autres membres de l'équipe.

Une des meilleures préventions des maltraitances sexuelles c'est en effet l'esprit de vigilance : en consultation, cela signifie un esprit en éveil à l'égard d'une éventuelle modification du comportement ou du climat relationnel ; en institution, cela implique une réflexion commune pour organiser une entraide des accompagnants les uns par rapport aux autres, comprenant à la fois un regard sur la qualité de la relation, une disponibilité et une écoute vis-à-vis des difficultés rencontrées, afin d'aider le (ou la) collègue à garder la juste distance. Ainsi peut-on contribuer à instaurer un climat de bientraitance. Il y a suffisamment de symptômes dans l'inventaire ci-dessus, même s'il est incomplet, pour attirer l'attention et engager une recherche plus approfondie de signes dont la globalité et la cohérence permettront ou non de confirmer la première impression.

En tout cas, ce n'est pas dans une pauvreté clinique qui n'existe pas qu'il faut chercher l'excuse au bien trop faible rendement du dépistage des abus sexuels envers les personnes handicapées. Si l'on voit mieux ce que l'on a appris à regarder, on a beaucoup de mal à repérer ce qui fondamentalement nous dérange. À ce "refus" de regarder, s'ajoute le silence qui est aussi une maltraitance. Pour pouvoir agir, il faut accepter d'en parler, avec les protagonistes, avec l'équipe. C'est le meilleur moyen d'induire une dynamique de respect des personnes.

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Published by violence à l'hôpital - dans VIOLENCE A L'HOPITAL
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