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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 11:22

Information sur les lanceurs d'alertes, les conflits d'intérêts d'experts et une recherche transparente

Benjamin Sourice
Journaliste chez Précaire&Militant
Publié le 15/01/2013 à 18h27

Le drapeau américain en pilules (M.a.r.c/Flickr/CC)

L’addiction médicamenteuse aux antalgiques opiacés est devenu un fléau sanitaire des plus préoccupants pour les autorités d’Amérique du Nord.

En 2012, 16 500 personnes sont mortes d’une overdose d’antalgiques opiacés sur le territoire américain, ce qui représente plus de décès que ceux causés par les surdoses de cocaïne et d’héroïne réunies.

Les overdoses concernent :

  • dans 20% des cas, des patients suivis par un seul docteur et prenant de faibles doses ;
  • pour 40%, il s’agit de patients suivis mais sur des doses prescrites élevées ;
  • dans 40% des cas, il s’agit d’un usage détourné lié à la toxicomanie.

60% des overdoses adviennent donc dans le cadre d’une consommation d’antidouleur opiacés prescrites. Cependant, les patients qui deviennent accros s’automédicamentent et augmentent eux-mêmes les doses, ce qui les conduit à l’overdose.

Quelque deux millions d’Américains seraient dépendants à ces médicaments indique le Washington Post qui qualifie ce phénomène d’« épidémie » dans une enquête retentissante, publiée le 31 décembre 2012.

De son coté, le ministère de la Santé canadienne reconnaît qu’« au cours des derniers dix ans, la surconsommation d’analgésiques opioïdes et la dépendance à ceux-ci sont devenus un problème de santé publique ».

Antidouleur de palier III

Trois médicaments font des ravages dans les territoires nord-américains :

Le Dr. Xavier Laqueille, responsable du service d’addictologie de l’Hôpital Sainte-Anne à Paris, explique :

« Ce qui caractérise l’Oxycontin, c’est la puissance de son effet dysleptique, ce qui explique également son attraction pour les toxicomanes. »

Classés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme antidouleur de palier III, au même niveau que les stupéfiants (morphine), ces dérivés opiacés sont délivrés aux Etats-Unis sur simple ordonnance, aisément falsifiable, et distribués dans toutes les pharmacies du pays sans réel contrôle des autorités sanitaires.

Normalement prescrits pour soulager les douleurs les plus aiguës (cancers), ces médicaments sont désormais distribués aux patients pour des maux chroniques de moindre intensité (arthrite, mal de dos...), relate le Washington Post.

Ces opiacés puissants créent une accoutumance, puis une dépendance en cas de traitement prolongé ou d’usage détourné, dont le sevrage peut être désagréable pour le patient qui ressentira des effets de manque (nausée, insomnies...).

Ces médicaments opioïdes peuvent également causer de l’euphorie, ce qui a tendance, chez certains patients, a entraîner une surconsommation liée à une recherche de bien-être. Un risque de dépendance connue de longue date par les médecins qui, jusqu’à la fin des années 90, faisaient preuve d’une certaine « opiophobie ».

Une dépendance sous-évaluée par les labos

Le Washington Post révèle dans son enquête comment les laboratoires, en particulier Purdue Pharma, le distributeur de l’Oxycontin depuis 1995, ont manœuvré pour imposer l’idée que ces antidouleurs « posaient un risque minimum d’addiction ».

La presse scientifique a été noyée sous des flots d’études réalisées par les entreprises et signées par des praticiens de renom selon la pratique des « nègres scientifiques » ( « ghostwriting »). Pour assurer leur publicité, ces entreprises se sont entourées de personnalités influentes du monde médical, comme le Pr. Russell Portenoy, spécialiste new-yorkais de la douleur et par ailleurs conseiller pour l’Agence fédérale américaine des produits alimentaires et médicamenteux (Food and Drug Administration, FDA).

Le Washington Post révèle également qu’en 2002, huit des dix experts de la FDA chargés d’évaluer le risque de dépendance avaient des liens d’intérêts avec l’industrie, dont cinq avec Purdue.

Entre 1997 et 2007, la distribution des antidouleurs opiacés va augmenter de 627%, relève une étude américaine [PDF] de 2011 des Centres fédéraux de contrôle et de prévention des maladies (CDC). La production actuelle permettrait de fournir « à chaque Américain une dose de 5 mg de Vicodin toutes les quatre heures pendant un mois », d’après le CDC.


Evolution de la consommation d’opioïdes aux Etats-Unis (Capture d’écran d’un document du CDC)

En France, stupéfiants et antalgiques

En France, il existe deux types d’opiacés sur le marché pouvant être prescrits par des médecins généralistes :

  • les antalgiques ;
  • les traitements de substitution à l’héroïne, comme la méthadone ou le Subutex.

En 2009, deux personnes sont décédées [PDF] sur le territoire français suite à une overdose d’oxycodone, classé parmi les stupéfiants.

Pour les obtenir, la loi française impose l’utilisation d’ordonnance sécurisée sur les stupéfiants (palier III), comportant filigrane, numéro de série et identification du patient comme du prescripteur, avec une limite de validité de 72 heures après la prescription.

Ces substitutifs bon marché sont très recherchés des toxicomanes qui en détournent parfois l’usage pour alimenter des trafics de rue. Le Dr Laqueille :

« Historiquement, en France, les toxicomanies médicamenteuses sur des antalgiques opiacés concernent la codéine, avec par exemple le détournement du Néo-codion, ou ceux à base de morphine, comme le Skenan. »

Overdose au Tramadol

Le Tramadol

Médicament contenant du Tramadol, vendu sous les noms de :

– Monoalgic LP

– Zaldiar

– Contramal

– Topalgic

– Biodalgic

– Takadol

– Zamudol

– Dolzam

– Ixprim 37,5 mg/325 mg

– Monocrixo LP 100 mg / 150 mg / 200 mg

– Ultram

– Tramacet 37,5 mg/325 mg

– Ralivia

– Tramium

– Tramacet

– Zumalgic

Le Tramadol est lui prescrit aux personnes souffrant de pathologies douloureuses. C’est un antidouleur opiacé intermédiaire (palier II) prescrit notamment en remplacement du Di-Antalvic, antidouleur non opiacé retiré en 2011 alors que huit millions de Français en consommaient régulièrement.

L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (Afssaps devenue ANSM), qui l’a classé parmi les médicaments à surveiller, a estimé en janvier 2012 que les ventes françaises de Tramadol avaient augmenté de 30%.

Il peut être détourné comme drogue, notamment dans les pays du tiers monde. En 2010, la Commission nationale des stupéfiant et des psychotropes relevait sept cas de décès par overdose de Tramadol en France et une augmentation de l’implication des « substances opiacées licites hors médicaments de substitution » dans 15,8% des cas d’overdoses enregistrées.

De plus en plus prescrit, le Tramadol a fait l’objet d’alertes des praticiens et des autorités sanitaires pour la dépendance qu’il peut provoquer et les risques de détournement.

« Dérive des prescriptions »

Le docteur Laqueille reconnaît que « la généralisation de ces traitements (les analgésiques opioïdes) relève d’une dérive dans les prescriptions » mais que la « demande joue un rôle non négligeable ».

Spécialiste de la pharmacodépendance du CHU de Toulouse, la Pr. Anne Roussin avertit [PDF] qu’avec le Tramadol, une « dépendance » peut s’installer chez des patients « suite à des prescriptions à but antalgique ».

Elle souligne la vulnérabilité de ceux qui, accoutumés, augmenteraient les doses « parfois à la recherche d’un bien-être, d’un effet plaisant, euphorisant ou stimulant ». Une mise en garde à prendre avec le plus grand sérieux aux vues du « pharmageddon » américain.

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans DERIVE DE LA MEDECINE
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