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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 19:38
“Emportée par la force d'un tsunami”, elle tue ses deux enfants
 

Pour Marie-Madeleine, sa fille a subi les effets secondaires psychiques des médicaments qu'elle prenait dans son passage à l'acte meurtrier. | Photo DR

D'autres cas troublants

Solmaz, 54 ans, s’est pendue chez elle, un jour d’avril 2011
« On ne s’y attendait pas du tout. Jamais elle n’avait parlé de mourir ! Elle adorait sa famille », témoigne sa fille. Deux mois auparavant, sa mère démarre un traitement par benzodiazépines car elle a des « coups de blues ». Au bout d’une semaine, elle change : son ton devient désagréable et son comportement n’est plus le même. Elle perd l’appétit et fait des cauchemars. « Plus elle allait consulter, plus on lui ajoutait de médicaments », poursuit sa fille. Quelques jours après une hospitalisation, elle commet l’irréparable, sans laisser de mot. « Ma mère n’était pas dépressive : ce sont ces médicaments qui lui ont donné l’envie de se tuer ! Aujourd’hui, j’en veux aux médecins qui ne nous ont jamais informés de ces risques. »
François-Régis Deheurle a abattu sa femme, en février 1984, après une dispute
« Dans un état second », comme « une ­machine automatique », l’ancien policier, « hors du réel », commet l’irréparable avec son arme de service, sous l’empire d’un anxiolytique et d’un puissant somnifère (Halcion 0,50, modifié puis retiré de la vente en 2005). Vingt-sept années plus tard (dont onze en prison), il continue sa lutte pour que soit reconnue la responsabilité
du somnifère dans son acte meurtrier.
Emilie, 27 ans, voit sa vie « basculer », en janvier 2008
Jeune femme « pleine de vie » et d’avenir, installée à New York, elle se trouve prise d’une légère angoisse et ne dort pas bien quand elle arrive à Paris pour une semaine de congé.
Verdict du psychiatre parisien : dépression. Prescription : un antidépresseur, un anxiolytique et un hypnotique. De retour aux Etats-Unis, elle éprouve des difficultés à se concentrer. Son humeur devient « constante et monotone ». « J’avais une sorte d’amnésie de moi-même. Avec l’impression que mon cerveau était lavé, vidé », se souvient-elle. De terribles envies de meurtre l’envahissent : « J’avais des idées de décapitation, de suicide… Quand un ami venait me voir, je m’imaginais en train de le découper en morceaux avec grand plaisir. Je réfléchissais à la façon dont j’allais tuer mes parents lorsque je les reverrais. Je m’imaginais avec un fusil en train de tirer sur une foule et de retourner l’arme contre moi… Je devenais folle ! » Emilie, qui n’est heureusement pas passée à l’acte, garde le sentiment qu’on lui a « volé son âme ».
Isabelle Servier tue son mari à la hache en décembre 1999
Elle a mis fin à son histoire d’amour fusionnelle et pathologique, en frappant son mari de onze coups de hache. L’expertise psychiatrique conclura à une « altération du discernement », chez cette mère décrite comme « très douce » par ses filles, qui avait absorbé huit anxiolytiques dans les heures précédant le meurtre. Cinq ans de prison, une année de mise à l’épreuve et une obligation de soins de trois ans : un verdict ­mesuré pour la fille du fondateur du groupe pharmaceutique, qui a agi non par accident mais « dans un état second », « sans liberté », sous l’effet désinhibiteur du médicament.

Paru dans Match

Les calmants et tranquillisants peuvent-ils rendre violents? Dans notre document sur les benzodiazépines, Marie-Madeleine témoigne d'un drame familial. En septembre 2008, Sylvie*, sa fille, en pleine dépression, étrangle ses deux plus jeunes enfants et blesse l’aînée avant de tenter de mettre fin à ses jours. Après six mois d’internement psychiatrique, elle s’est finalement suicidée. Pour sa mère, les médicaments qu’elle prenait sont en cause.

Paris Match. Comment expliquer que cette mère patiente et douce en soit arrivée à cet acte de folie ?
Marie-Madeleine. Tout d’abord, les difficultés dans son couple, à partir de 2005. Elle commence à prendre des somnifères pour vaincre ses insomnies. Un an avant le drame, son mari et elle décident de se séparer. Sylvie se sent seule face à la charge de ses enfants, dont le plus jeune est autiste. Elle voit l’écroulement de ce qui comptait le plus pour elle, son projet familial.

Etait-elle entourée ?
Son mari avait pris conscience qu’elle allait mal et nous avions monté un plan ensemble pour l’aider. Mais elle voulait s’en sortir seule. Nous n’avons pas perçu l’urgence.

Quel était son suivi médical ?
Son médecin généraliste, dès 2007, la met sous antidépresseur et tranquillisants. Pourtant elle reste très anxieuse, en proie à des insomnies, et a peur de tout : des guerres, de la crise financière, du dérèglement climatique… Son état se détériore. Elle consulte un psychiatre qui modifie la prescription. Ne constatant aucune amélioration, nous insistons pour qu’elle soit hospitalisée, puis transférée en clinique psychiatrique, fin juillet. Là, elle est mieux encadrée et se repose. A sa sortie, le 14 août, elle dort bien et prend son traitement : deux antidépresseurs et trois benzodiazépines. Puis nous partons ensemble en Bretagne avec ses enfants et leurs cousins. Nous nous occupons d’elle et nous passons quinze jours merveilleux. A son retour, elle voit son psychiatre auquel elle déclare aller mieux.

Elle passera pourtant à l’acte moins de deux semaines après…
Oui… Le stress de la rentrée. Ses angoisses et ses insomnies reprennent. Sur les conseils de son psychiatre, par téléphone, elle augmente la posologie d’un de ses tranquillisants qu’elle prend “à la demande”. A la veille d’une formation professionnelle de deux jours, elle arrête son tranquillisant car elle a très peur de ne pas être dans son état normal. Elle me dira après coup qu’elle ne s’est pas sentie à la hauteur vis-à-vis de ses collègues. Ses insomnies persistent et elle s’épuise. Elle cherche à reprendre rendez-vous avec son psychiatre qui ne peut la voir avant la fin du mois. J’insiste personnellement auprès de lui en lui disant : “Ma fille va très mal !” Il me répond : “C’est avec elle que je verrai cela.” Elle a “pété les plombs” le jour même…

Vous l’avez eue au téléphone peu avant le drame…
Oui, dans la soirée. Sa voix était à peine audible. Elle était épuisée. Elle venait d’avoir une petite contrariété qui lui pesait. Je lui dis d’aller vite se coucher et de fractionner son somnifère en deux pour tenter de dormir.

«Ma fille n'était plus elle-même: le regard fixe, son visage rigide. Incontrôlable»

Dans la nuit, à 4 heures, elle commet l’irréparable, dans un accès de violence inouïe…
Elle a étranglé ses deux plus jeunes enfants dans leur chambre et a bondi férocement sur l’aînée, âgée de 14 ans, en l’attaquant à l’arme blanche. Aurore* dira plus tard que “ce n’était plus sa mère” : son regard était étrange et fixe, son visage rigide. Elle était incontrôlable.

En quoi, pour vous, les médicaments sont-ils en cause dans cette tragédie ?
Mais parce que ma fille ne pouvait pas faire ça ! Pour tous ceux qui la connaissaient, c’était impossible ! Dépressive, elle souffrait aussi des effets secondaires psychiques des benzodiazépines qu’elle prenait depuis trop longtemps : sa peur de tout, sa dépression qui s’aggravait, ses insomnies, ses troubles de la mémoire… Elle n’a pas pris ses médicaments ce jour-là. Je pense qu’elle a subi l’effet désinhibiteur des médicaments, au paroxysme d’une crise de manque.

Votre fille a été accusée d’assassinats et tentative d’assassinat avec préméditation… Elle a tenté de commettre ce que les psys appellent un “meurtre altruiste”.
Elle ne se sentait plus à la hauteur de ce monde et ne supportait plus de faire souffrir ses enfants. Pour la justice, la préméditation de l’acte est toujours synonyme de responsabilité pénale, alors que de véritables scénarios peuvent être élaborés dans des états de conscience altérés par ces médicaments. Avait-elle encore son libre-arbitre ? Elle n’a pas pu apporter la moindre explication à son geste, même si elle l’a reconnu. Plus tard, quand j’ai pu la voir à la clinique psychiatrique où elle a été internée, elle m’a dit s’être sentie “emportée par une force irrésistible, un véritable tsunami”…

Votre fille s’est finalement suicidée après six mois d’internement psychiatrique…
Elle savait qu’elle risquait de nombreuses années d’incarcération et redoutait terriblement la reconstitution des faits aux assises. Elle a préféré s’en remettre à la “justice de Dieu”, comme elle l’a écrit dans sa dernière lettre.

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans TEMOIGNAGES
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