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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 11:03


Rapporteur : CRPV de Bordeaux
Nom commercial Myolastan® et génériques
DCI Tétrazépam
Forme
pharmaceutique Comprimé 50 mg
Classe
pharmacologique Benzodiazépine – Myorelaxants à action centrale
Procédure
d’enregistrement Nationale
Date d’AMM 03/05/1967
Date de
commercialisation 19/01/1969
Titulaires de
l’AMM
Sanofi, Daiichi Sankyo, Arrow, Biogaran, Cristers, EG Labo, Mylan, Qualimed,
Ranbaxy, Ratiopharm, Sandoz, Teva Santé, Zydus
SMR Insuffisant (avis de décembre 2005)
1. Introduction
Le tétrazépam est une benzodiazépine ayant une Autorisation de Mise sur le Marche (AMM) depuis
1967 dans le traitement des «contractures musculaires douloureuses en rhumatologie (en association
aux traitements spécifiques)».
Lors du Comité Technique de Pharmacovigilance (CTPV) du 28 juin 2011, la présentation d’un cas
marquant d’eczéma suite à une exposition professionnelle, lors du broyage de comprimés, a été
l’occasion de signaler le nombre important d’effets indésirables cutanés enregistrés avec le
tétrazépam dans la base nationale de pharmacovigilance (BNPV) et de proposer l’ouverture d’une
enquête officielle portant sur les effets indésirables, en particulier cutanés.
Le rapport de l’enquête a été présenté au CTPV du 06 Novembre 2012 qui a demandé, au vu de ces
résultats, un passage rapide en commission nationale de pharmacovigilance.
Le tétrazépam, dont le SMR a été jugé insuffisant dans l’indication de son AMM en décembre 2005,
n’est plus remboursé par l’assurance maladie depuis décembre 2011.
2. Méthodologie :
L’analyse a porté sur l’ensemble des cas issus de la BNPV et enregistrés jusqu’au 30/06/2012, et sur
les seuls cas graves des laboratoires considérés séparément et après identification des doublons.
L’analyse a été complétée, notamment pour les cas graves et les effets cutanés, par une recherche
textuelle dans la BNPV.
Une analyse des données de la littérature a complété ces données.
3. Résultats :
Données de la BNPV
Au total, 1616 cas, dont 648 graves (40%) ont été analysés. La moyenne d’âge des patients était de
50 ans avec une prédominance féminine (61,5 %).
Les affections cutanées (805 cas dont 305 graves) représentent la moitié des cas notifiés. Parmi eux,
on retrouve 59 cas d’érythème polymorphe (dont 1 d’évolution fatale), 33 cas de syndrome de
Stevens‐Johnson (dont 1 d’évolution fatale), 33 cas de syndrome de Lyell (dont 9 d’évolution fatale),
15 cas de syndrome d’hypersensibilité médicamenteuse (DRESS) et 3 autres cas possibles de
DRESS, 5 cas de pustulose exanthématique aiguë généralisée (un 6ème cas possible), 67 cas de
toxidermies autres, 118 cas d’urticaire dont 21 d’urticaire sévère, et de nombreux cas
d’hypersensibilité retardée de type IV. 6 cas étaient décrits dans le cadre d’une exposition
professionnelle. Parmi ces observations, 37,7% des cas avaient une imputabilité au moins plausible et
14 % une imputabilité vraisemblable ou très vraisemblable.
Le délai moyen de survenue des syndromes de Lyell était de 12 jours (délai médian de 13 j), des
syndromes de Stevens-Johnson de 11 jours (délai médian de 9 j) et celui des DRESS de 22 jours
(délai médian de 12 j).
Ansm - Janvier 2013 www.ansm.sante.fr 1/4
Le tétrazépam était le seul médicament suspect ou d’imputabilité supérieure à celle des traitements
associés dans 5 cas de syndrome de Lyell, 4 cas de syndrome de Stevens-Johnson et 9 cas de
DRESS.
Parmi les 115 cas comportant un bilan allergologique (tétrazépam testé 105 fois), il y avait 79 cas
avec un patch test positif au tétrazépam, dont 67 cas où les patch-tests avec des médicaments
associés étaient négatifs. La proportion de tests positifs au tétrazépam est donc élevée (75 %) et
64 % des cas sont exclusivement positifs avec le tétrazépam.
Des cas d’anaphylaxie ont également été notifiés (21 cas d’oedème de Quincke, 10 cas d’angioedème
et 2 cas de choc anaphylactique).
Par comparaison à 5 autres benzodiazépines parmi les plus consommées (alprazolam, bromazépam,
lorazépam, oxazépam, diazépam), le tétrazépam se distingue nettement par un nombre élevé d’effets
indésirables (EI) cutanés.
L’estimation du taux de notification confirme que les effets cutanés graves sont très rares. En
rapportant le nombre de cas d’EI cutanés graves au nombre de malades traités, on peut estimer un
taux de notification de 1 cas pour 350 528 malades traités en 2009 et 1 cas pour 149 850 malades
traités en 2010. En prenant seulement les nouveaux malades, on peut estimer le taux de notification à
1 cas pour 197 823 nouveaux malades en 2009 et 1 cas pour 74 384 en 2010. Pour les effets cutanés
les plus graves (syndrome de Stevens-Johnson, de Lyell et DRESS) l’estimation du taux de
notification est de 1 cas pour 650 980 malades traités en 2009 et 1 cas pour 598 400 malades traités
en 2010 ; en prenant seulement en compte les nouveaux malades traités, elle est de 1 pour 367 385
en 2009 et 1 pour 793 433 en 2010.
Parmi les autres effets indésirables graves, les effets neurologiques (133 cas graves, dont 11 cas de
coma, 13 cas de somnolence, 7 cas de convulsions, 5 cas de troubles de la conscience, 2 cas de
perte de conscience dont un ayant conduit à un accident de voiture), les effets psychiatriques (38 cas
graves, dont 14 cas de confusion, 2 cas de désorientation, 2 cas de stupéfaction, 2 tentatives de
suicide, 5 cas d’abus ou de dépendance) et les troubles généraux représentent une part importante.
Dans la plupart des cas notifiés, une polymédication est présente (association à des antalgiques, à
des anti‐inflammatoires non stéroïdiens, à des myorelaxants, etc.).
Données des laboratoires
Parmi les 72 cas graves des laboratoires (doublons de la base exclus), on retrouve 7 cas de
syndrome de Lyell dont 2 d’évolution mortelle, 4 cas de DRESS, 4 cas d’érythème polymorphe, 1 cas
de syndrome de Stevens‐Johnson, 1 cas de vascularite leucocytoclasique, 1 cas de dermatose
bulleuse, 8 cas d’éruptions diverses. A noter également 5 suicides et 5 tentatives de suicide.
Ces données sont confortées par les données de la littérature, où les publications de cas isolés ou de
séries de cas d’effets indésirables cutanés prédominent très largement parmi les articles sur les effets
indésirables du produit.
Données d’exposition
Le tétrazépam fait partie des benzodiazépines les plus utilisées en France (1er rang en nombre de
malades prévalents en 2009 et 2010 d’après les données de l’assurance maladie) avec des chiffres
en augmentation sur la période 2005‐2010. A la suite du déremboursement du produit en décembre
2011, le nombre de boîtes vendues en ville a diminué de 36% sur la période janvier 2012-mai 2012,
par rapport à la même période de l’année précédente.
Sur une période de 5 ans (2006-2011), 36,2% des sujets traités par une benzodiazépine le sont par
tétrazépam avec une prévalence d’exposition qui augmente jusqu’à 30-40 ans et diminue à partir de
50-60 ans. Dans 76% des cas la posologie est respectée.
Le tétrazépam est commercialisé dans au moins six pays de l’Union Européenne. Sur la base des
données fournies par les laboratoires, l’exposition au tétrazépam est particulièrement importante en
Espagne, puis dans une moindre mesure en France et en Allemagne.
La durée de traitement est renseignée comme devant être « aussi courte que possible » dans les RCP,
des autres pays européens, disponibles lors de l’enquête (des recommandations de durée de
traitement sont seulement présentes en Autriche (maximum de 3 mois de traitement) et en Belgique
(avec un maximum de 3 semaines)) mais il s’agit de recommandations pour éviter la dépendance et
non les effets cutanés graves. Aucune limitation précise de durée de traitement n’est recommandée
en France.
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En complément des données présentées au CTPV, une analyse des données de l’échantillon
généraliste des bénéficiaires de l’assurance maladie (EGB) a été réalisée par le département
d’épidémiologie des produits de santé de l’ANSM.
Les données de remboursement de l’EGB ont été analysées jusqu’au 30 novembre 2011 (date de
déremboursement).
Le nombre de sujets débutant un traitement est estimé en France à 3,2 millions en 2010 et 2,6 millions
en 2011. Parmi les 43 607 sujets de l’EGB analysés (âge moyen 45,6 ans, 57,8% de femmes), 90,3%
ne bénéficient que d’une seule délivrance sur l’ensemble de la période de l’étude et donc d’un temps
de traitement de moins de 1 mois, dont la dose quotidienne ne peut être estimée. En revanche : 9,4%
des sujets bénéficient de 2 à 5 délivrances, avec un temps médian de traitement d’un mois ; 0,3% de
6 à 12 délivrances avec un temps médian de traitement de cinq mois ; et 0,03% plus de 12
délivrances avec un temps médian de traitement de 14,4 mois.
Parmi les 4 241 sujets bénéficiant de plus de 2 délivrances, 67,9% ont reçu une posologie quotidienne
moyenne inférieure à 150 mg/j, 22,9% une posologie de 150 à 300 mg/j, 4,8% une posologie de 300 à
450 mg/j et 4,5% ont reçu une posologie de plus de 450 mg/j. La posologie quotidienne dépend du
nombre de délivrances : les sujets ayant plus de 300 mg appartiennent tous à la catégorie des sujets
ayant de 2 à 5 délivrances. Les sujets ayant plus de 5 délivrances ont majoritairement des doses de
moins de 150 mg/j.
4. Discussion-conclusion du CRPV rapporteur
Le rapporteur conclut que la prise de tétrazépam est associée à une proportion importante d’effets
indésirables cutanés souvent graves avec une relation de causalité forte en raison de la positivité
fréquente des tests allergologiques, ce qui est inhabituel pour une benzodiazépine. Il ne semble pas
exister de réaction croisée avec les autres benzodiazépines.
Le rapporteur souligne par ailleurs la présence des effets habituels des benzodiazépines, la forte
exposition en France (environ 3,5 millions de patients traités en 2009 et 2010) et la fréquente
polymédication (AINS, antalgiques, thiocolchicoside, etc.) pour des douleurs le plus souvent bénignes.
Il a été également rappelé que la sous-notification est probablement très importante, du fait de
l’ancienneté du tétrazépam.
Le rapporteur souligne enfin qu’à ce jour, le tétrazépam est la seule benzodiazépine sur le marché
français dont la durée de prescription n’est pas limitée, mais que le risque de dépendance n’est pas
avéré avec ce produit. Le déremboursement a par ailleurs permis de réduire le niveau d’exposition,
mais seulement partiellement, compte tenu du faible prix du tétrazépam.
Une parenté de structure chimique avec la chlormézanone (myorelaxant retiré du marché du fait
d’atteintes cutanées graves) a été discutée. Selon l’avis d’un chimiste interrogé par le rapporteur, les
structures moléculaires sont différentes et l’absence de métabolites communs ne permet pas de
fournir d’explication mécanistique claire quant à la survenue de ces réactions cutanées avec le
tétrazépam.
A l’issue de cette analyse le rapporteur conclut que le risque paraît inacceptable et propose une
suspension d’AMM. A défaut, il propose de limiter la durée du traitement à 3 jours et de diminuer le
nombre de comprimés par boîte, d’interdire le renouvellement et de réserver le tétrazépam à des
malades confinés au lit.
5. Discussion et conclusion de la Commission Nationale de Pharmacovigilance
Les laboratoires ont signalé que la posologie recommandée était respectée dans la plupart des cas et
que selon les données EPPM (IMS), la durée du traitement était inférieure à 15 j dans 70 % des
prescriptions (8% de prescriptions inférieures à 5 j, 20% inférieures à une semaine, 28% entre 8 et 10
j et 13% entre 11 et 15 j).
Ces mêmes laboratoires ont souligné que le risque cutané était identifié dans le RCP et qu’une
demande de modification de l’information pour ajouter les syndromes DRESS avait été déposée par le
laboratoire titulaire de l’AMM du princeps. Il a été néanmoins souligné que la notice était sûrement
trop peu informative quant au risque cutané et à la nécessité d’arrêt du tétrazépam en cas de
survenue de signes cutanés.
Enfin, il a été rappelé que l’AMM du tétrazépam est ancienne avec des données d’efficacité limitées.
Les membres de la Commission de Pharmacovigilance ont souligné l’existence d’effets indésirables
cutanés graves qui sont spécifiques au tétrazepam et le risque dans le cadre de l’exposition
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professionnelle (favorisé notamment par des pratiques de broyage). Ils ont également souligné que
92% des patients ont un traitement supérieur à 5 jours, d’où un risque possible de sensibilisation au
tétrazépam.
Ils se sont interrogés sur le risque du report de prescription sur d’autres myorelaxants : soit sur les
autres benzodiazépines, bien que le tétrazépam soit la seule benzodiazépine à avoir une AMM en tant
que myorelaxant, soit sur les autres myorelaxants disponibles (thiocolchicoside, méthocarbamol,
méphénésine) dont les profils de sécurité semblent néanmoins plus favorables quant au risque
cutané. Cette question du report est majeure, compte tenu du nombre important des prescriptions du
tétrazépam et serait à suivre par l’ANSM en cas de suspension de l’AMM du produit. Le risque de
réaction croisée du tétrazépam avec d’autres benzodiazépines semble limité du fait d’une structure
chimique tertiaire du tétrazépam différente des autres benzodiazépines.
A la suite des propositions du rapporteur, en raison d’effets indésirables cutanés très rares mais
graves et pouvant engager le pronostic vital, la suspension de l’AMM du tétrazépam, avec
déclenchement d’une procédure de réévaluation du bénéfice/risque au niveau européen, a été
soumise au vote : 7 membres ont voté contre, 3 se sont abstenus et 15 ont voté en faveur de cette
mesure.
Note post-CN :
A l’issu de l’avis de la commission nationale de pharmacovigilance de suspendre les AMM des
médicaments à base de tétrazepam, l’ANSM a initié le 20 décembre 2012 une procédure
d’arbitrage auprès du nouveau comité européen de pharmacovigilance, le PRAC. Cette
procédure d’urgence doit permettre de statuer sur l’ensemble des spécialités (formes orales)
contenant du tétrazépam autorisées en Europe.
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