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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 20:56

Une étude Nutrinet révèle que 28% des femmes et 15% des hommes auraient recours à des compléments alimentaires au moins trois fois par semaine, pour pallier par exemple des carences en omégas 3. Paradoxalement, les personnes qui en consomment le plus sont celles dont le mode de vie rend cette consommation la moins justifiée.


 
Dès qu’ils ont un petit problème, les gens en France prennent soit un complément alimentaire, soit un médicament, quand ce n’est pas les deux...

Dès qu’ils ont un petit problème, les gens en France prennent soit un complément alimentaire, soit un médicament, quand ce n’est pas les deux... Crédit Reuters

Atlantico : Une étude Nutrinet  révèle que 28% des femmes et 15% des hommes auraient recours à des compléments alimentaires au moins trois fois par semaine. Certaines substances contenues augmenteraient le risque de cancer du poumon chez le fumeur (bêta-carotène) ou seraient contre-indiquées pour les personnes atteintes de leucémie (échinacée), pour ne citer qu’elles.  Assiste-t-on à une perte, si ce n’est une absence totale de contrôle en la matière ? Dans quelle mesure peut-on parler de risque sanitaire ?

Nicole Delépine : Les contrôles comme ceux qui existent pour les médicaments n’assurent pas grand-chose en termes de sécurité. Il ne sert à rien de vouloir créer davantage de contrôles. On assiste au même déraillement que pour les médicaments : dès qu’ils ont un petit problème, les gens en France prennent soit un complément alimentaire, soit un médicament, quand ce n’est pas les deux.

Les compléments, comme les médicaments, peuvent présenter des dangers ou être inefficaces. Il peut y avoir danger en cas de mélange entre compléments et médicaments qui sont contre-indiqués, d’autant que les personnes qui prennent des compléments alimentaires prennent souvent également des médicaments.

La grande différence entre les deux est la chaîne d’autorisations : un certain nombre sont des médicaments qui n’ont pas été reconnus comme tels, mais qui présentent toujours les risques d’un médicament. Ce n’est pas du tout anodin. Les gens qui les prennent spontanément  sont évidemment victimes du marketing, de la même manière que pour les médicaments. Sauf que dans ce cas la vente est totalement libre. Le marché est en forte progression, et il est étonnant de voir à quel point les laboratoires misent sur les compléments pour les années à venir. Il ne s’agit que de marketing.

La chose est gravissime. Les contrôles n’arrangeront rien, car seront décrétés ou non comme compléments alimentaires ceux pour lesquels on aura donné des bakchich ou des dividendes aux "experts" qui les recommanderont. Cela n’apportera aucune sécurité. La seule sécurité, c’est d’arrêter de manger pour n’importe quelle raison ce qui ressemble de près ou de loin à des médicaments.

Même si le champ des connaissances en la matière est limité, faut-il légiférer par précaution sur les compléments alimentaires, par exemple en autorisant la vente exclusivement sur ordonnance ? Cela suffirait-il pour en maîtriser les risques ?

Il faut arrêter de légiférer en France, cela ne sert à rien. Les lois sont votées par des personnes sous influence des lobbys, qui sont les mêmes pour les compléments alimentaires et les médicaments. Ce n’est pas en légiférant que les choses vont être améliorées.

Ce qu’il faut, c’est informer l’opinion publique du danger des compléments comme des médicaments. Prendre du magnésium ou des vitamines en plus n’est pas forcément anodin. Cela dépend de la maladie, et si on n’en a pas cela peut être mauvais. Je passe mon temps à expliquer à mes patients qui veulent toujours prendre des doses importantes de vitamines C sous prétexte qu’en cas de cancer cela est positif, que ce n’est pas si bon que ça. Il faut surtout dire qu’il ne faut pas en prendre quand on n’a pas de maladie. Il serait souhaitable qu’une personne qui a envie de prendre des compléments alimentaires en parle avec son médecin traitant, et que celui-ci explique qu’il faut en consommer seulement lorsqu’il y a une pathologie qui le justifie. Il faut faire extrêmement attention à la liste des compléments et des médicaments que l’on prend pour vérifier qu’ils ne se contre-indiquent pas. La personne qui les consomme ne doit pas considérer cela comme une chose anodine, car rien n’est anodin à partir du moment où il s’agit d’une substance que l’on prend en plus. L’organisme humain est bien fait, normalement on n’a pas besoin de prendre des choses en plus. Tout est dans la tête.

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans LES PILULES DU MALHEUR
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