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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 10:01

 

Témoignage 15/09/2012 
 

 

Les conditions d’accueil et de fonctionnement de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris se dégradent, c’est une évidence. Mais quand on se prend cette réalité en pleine figure, ça fait mal.

Samedi, mon conjoint ne se sent pas très bien : vertiges, nausées, céphalées, il contacte SOS Médecins. Un médecin se déplace à notre domicile et prescrit des médicaments ainsi que des examens complémentaires si les symptômes persistent.

Making of
Contacté par Rue89, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, via son service presse, n’a pas encore répondu à notre demande de réaction. E. Brouze

Dans l’après-midi, alors que je suis absente du domicile, l’état de mon conjoint se dégrade (fourmillements, très forts vertiges, palpitations) et il appelle le Samu.

Je me précipite alors à mon domicile, très inquiète : à 15h45, une équipe de la Croix-Rouge m’explique que mon conjoint va être évacué sur une civière à l’hôpital Bichat à Paris et qu’ils ne peuvent pas me prendre dans le véhicule d’intervention à cause de notre bébé de 6 mois.

Mon conjoint est donc transporté précipitamment sans portefeuille (ni papiers, ni argent), sans chaussures et sans téléphone. Je ne me rends pas compte car, sous le coup de l’inquiétude, je n’y ai pas prêté attention. Il est donc convenu que je rejoigne mon conjoint avec le bébé à l’hôpital dès que possible. Dans la panique, je n’ai pas pris conscience qu’un bébé de 6 mois dans un service d’urgence, c’est loin d’être l’idéal, voire carrément interdit.

« J’vous conseille pas de rester ici »

Je fonce et me présente à 16h30 à l’accueil des urgences de l’hôpital Bichat où on m’informe que je ne peux pas accéder au service d’urgence avec un bébé. Je me débrouille pour joindre des amies qui viennent garder le bébé afin que je puisse avoir des nouvelles de mon conjoint.

J’essaye d’appeler mon conjoint et de laisser des messages mais aucune réponse. A 17 heures, on me confirme qu’il est bien aux urgences de Bichat mais que je ne peux pas accéder à la zone de soins. On me précise qu’il doit faire une prise de sang et voir le médecin.

Je laisse mes coordonnées (nom, numéro de téléphone portable), en précisant que je suis sa conjointe et que je souhaiterais des nouvelles, je suis très inquiète. L’employée de l’accueil me répond : « Je viens de vous donner des nouvelles » – ma question plus précisément était de savoir si son état ne s’était pas aggravé.

Elle me tend un bout de papier où est imprimé un numéro de téléphone (régulation des urgences) et me dit d’appeler régulièrement pour avoir des nouvelles en ajoutant :

« J’vous conseille pas de rester ici [la salle d’attente des urgences], c’est chaud, ça part vite. »

Plus de cinq heures sans nouvelles

Je suis son conseil, sors de l’hôpital et patiente aux alentours. J’appelle le numéro de téléphone qui ne répond jamais (mise en attente, puis le téléphone coupe). A 19 heures, n’y tenant plus, je retourne à l’accueil où on me confirme que je ne peux toujours pas voir mon conjoint ni avoir plus de nouvelles mais qu’« il a passé sa prise de sang ». Merci, ça me rassure instantanément sur son état ! J’explique que le numéro de régulation des urgences ne répond jamais.

« Oui, c’est normal. Il y a trop de monde qui appelle. »

Je demande si elle pense que ça va être long. Réponse : « Probablement. »

Je demande ce que je dois faire – rester à proximité de l’hôpital ou rentrer chez moi, sachant que j’ai un bébé de 6 mois. L’employée me répond qu’elle ne peut pas savoir mais que les urgences ont mes coordonnées (enregistrées dans le logiciel de l’hôpital) et que je serai contactée pour avoir des nouvelles. 21 heures, je finis par rentrer chez moi, ne quittant pas de vue mon téléphone portable et attendant l’appel des urgences.

De retour à mon domicile, je constate la présence du téléphone et du portefeuille de mon conjoint et comprends pourquoi il ne me répondait pas.

21 heures, cela fait plus de cinq heures que je n’ai aucune nouvelle de mon conjoint et je rappelle une fois de plus le numéro de la régulation des urgences. Miracle, ça répond. Je demande si je peux lui apporter ses affaires en précisant qu’il n’a pas de chaussures :

« Non, vous ne pourrez lui donner ses affaires que lorsqu’il sera sortant. »

Mon conjoint en chaussettes et sans argent

On me demande de patienter et là, j’apprends que mon conjoint a quitté les urgences « très récemment ». Je suis stupéfaite et explique qu’il n’avait ni moyen de me contacter (pour que je vienne le chercher), ni moyen de prendre un taxi (pas d’argent) et qu’il ne disposait pas de chaussures. Je ne comprends pas pourquoi je n’ai pas été contactée par les urgences. On m’explique que si je n’ai pas eu de nouvelles, c’est parce que mon conjoint n’en a pas fait la demande expresse…

21h45, mon conjoint tape à la porte. Il est épuisé, après un fort malaise et une demi-journée aux urgences, il est revenu en chaussettes de l’hôpital (une bonne demi-heure de marche). Il m’affirme avoir fait des demandes aux urgences pour que je sois prévenue mais sans effet. Comme il ne portait que ses chaussettes et sans argent, il n’a pas osé prendre un taxi ni les transports en commun.

L’hôpital n’a décelé aucune pathologie grave, l’a laissé sortir et lui a donné des examens complémentaires à effectuer en ville. Si sur la compétence médicale, je n’ai rien à dire par rapport à sa prise en charge, l’accueil du patient et de son entourage est complètement délaissé. Je considère qu’il y a clairement atteinte à la dignité du patient quand on renvoie quelqu’un chez lui en chaussettes.

Et si je comprends l’impossibilité organisationnelle d’accueillir les familles en zone de soin, donner des nouvelles actualisées à l’entourage me paraît faire partie de la mission de l’hôpital.

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans TEMOIGNAGES
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