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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 19:50

 

 

En 60, un cornet de frites commercial faisait 200 calories. En 2003, il en fait 610 avec trois fois plus de sel et les boissons sucrées qui l’accompagnent.
 
Cette dérive quantitative n’a d’égal que la dérive qualitative plus pernicieuse et plus dangereuse encore.
Le sirop de fructose de maïs, l’huile de palme et le sel de sodium expliquent pour beaucoup l’épidémie d’obèses, l’explosion du diabète 2, de l’hypertension, des maladies cardio-vasculaires et de leur cortège de complications. Ces tueurs de l’industrie agro-alimentaire ne sont pas des fatalités, encore faut-il vouloir les combattre.
Les ravages sur la santé imputables à l’industrie du tabac, l’alcool dans les boissons divertissantes destinées aux jeunes pour les rendre dépendants, la liberté d’émettre des sons d’une insoutenable intensité qui fabrique des générations de sourds sont pour beaucoup dans l’explosion du coût des soins de santé. L’instruction, l’éducation à la santé, une information répétée et actualisée par les pouvoirs publics limiteraient les dégâts.



Cessons de fabriquer des malades à force de dépistages, de  bilans de santé et d’inventions de maladies

Si je  vous parle de dépistages, c’est qu’ils font l’objet de promotions politico-médiatiques à la limite du harcèlement alors que leur efficacité n’a jamais été démontrée. Ils sont la cause de sur-diagnostics et de sur-traitements. Ils partent de bonnes intentions fondées sur des idées fausses pour parvenir à des résultats absurdes.

En bref, dépister c’est examiner systématiquement une population en vue de déceler et de traiter une maladie donnée. Le dépistage doit viser à détecter une maladie courante, potentiellement dangereuse et pour laquelle le traitement est plus  bénéfique s’il est plus précoce. Le dépistage doit être indolore, reproductible, peu coûteux et d’excellente valeur prédictive, c’est-à-dire donner peu de faux positifs ou négatifs.

Il est aisé de faire croire que les petits problèmes de santé doivent être diagnostiqués et traités avant de devenir de gros problèmes. Cette approche d’apparent bon sens mais scientifiquement fausse combinée à la peur universelle du cancer a convaincu le grand public. Médecins, mutuelles et politiciens se sont engouffrés dans cette approche démagogique. De même la démarche allant du dépistage au traitement est bien programmée, facile et très rentable, ceci explique un peu cela.

Il faut savoir que les dépistages ont tendance à ne pas déceler les tumeurs à la croissance la plus rapide qui sont aussi les plus agressives. Pour les repérer à temps, il faudrait dépister tous les mois par exemple, c’est impensable. Dès lors, on dépiste surtout les lésions à évolution lente qui auraient pu ne jamais grandir, ne se manifester qu’après que l’on soit mort d’autre chose ou même régresser spontanément. Il en va ainsi du sein, de la prostate, du poumon, du colon, du col de l’utérus, etc.

Aucune étude statistiquement significative et scientifiquement rigoureuse n’est jamais parvenue à démontrer que le dépistage réduit la mortalité globale, quel que soit le cancer ciblé. Ce serait pourtant le seul résultat qui ait un sens.

Plus on cherche activement les cancers avec des techniques plus sophistiquées, plus on en trouve mais ceux que l’on découvre ainsi avaient toutes les chances de ne jamais affecter leur porteur.

L’avance au diagnostic et le traitement de ces pseudo tumeurs donnent l’impression que l’on guérit toujours plus de cancers grâce aux dépistages, c’est une illusion. Autrement dit, si quelqu’un est, au moment de sa mort, porteur d’un cancer mais que ni lui ni son entourage n’en aient rien su, cette personne a-t-elle souffert du cancer ?

Le cancer du colon représente 4 % des causes de décès dans nos pays. Si on veut mettre en évidence une diminution significative du taux de décès global grâce au dépistage de ce seul cancer, l’étude clinique pour avoir une puissance statistique suffisante devrait impliquer un million de personnes. Primo, qui va payer pour une telle étude ? Secundo, s’il faut autant de personnes pour parvenir à un résultat significatif, c’est que le bénéfice du dépistage est bien mince.
 


Un moratoire sur les dépistages et une évaluation correcte de leur rapport coût/bénéfice en dehors de toute influence commerciale et politique s’imposent dès aujourd’hui.

Il en va de même des examens demandés en dehors de toute plainte ou symptôme. En ce qui concerne les examens de sang, les marges de normalité ont été rétrécies au fil des ans. Un chiffre normal il y a dix ans a de bonnes chances de ne plus l’être aujourd’hui. Il fut un temps où une pression artérielle de 14/9 était la norme. Aujourd’hui elle fait de vous un pré-hypertendu. En vieillissant, pour rester lucide et raisonnablement actif, nous avons besoin d’une tension artérielle un peu plus élevée que les jeunes. Or, chez nous, plus de la moitié des plus de 50 ans prennent à vie des antihypertenseurs sans essai préalable de traitements non médicamenteux et sans, à terme, aucun essais d’arrêt de ces traitements. Vu les effets secondaires de tous les antihypertenseurs, cela ne paraît pas sage. Il faut rappeler qu’aujourd’hui, pour 1 euro dépensé en médicaments, 2 euros et demi sont dépensés pour en combattre les effets nocifs.

La banalisation de l’imagerie médicale de pointe : scanner du corps entier et RMN permettent de s’acheter aujourd’hui pour mille dollars une exploration minutieuse de la tête aux pieds : on trouve toujours une image suspecte ou anormale et c’est alors que le calvaire commence. Faut-il explorer, faut-il biopsier, faut-il opérer cette artère rétrécie, ce kyste hépatique, ce diverticule intestinal, ce petit anévrisme cérébral… ? Il ne vous faisait pas souffrir, c’est fini, vous voici vraiment malade. Dans un avenir proche, ces incidentalomes deviendront un réel problème de santé.

Il faut aussi mettre un frein aux médecines proactives qui transforment le vrai patient occasionnel que nous sommes tous un jour en patient permanent. Cette médecine proactive, agressive est surtout le fait des spécialistes et des hôpitaux qui re-convoquent les patients pour contrôle à tout propos.
 
Mais chacun a besoin d’être rassuré, de s’entendre dire si certains de ces contrôles sont utiles et peut-être indispensables. C’est là qu’un médecin traitant au-dessus de la mêlée sans aucun lien avec l’industrie médico-pharmaceutique et hospitalière doit faire son grand retour.

Dans le dialogue singulier, un patient confronté à un spécialiste ou à la machine hospitalière est en état d’infériorité  L’échange est tragiquement inégal. La présence d’un médecin traitant fort peut seule rétablir un équilibre en donnant à tous les consentements l’éclairage qui convient.

Comme l’ingénieur architecte a la maîtrise de ses chantiers, le médecin généraliste doit avoir en charge la santé globale de ses patients. Il doit être le passage obligé pour tous les soins remboursés et coordonner le suivi en ayant la gestion du dossier. Eduquer à la santé, assurer les prophylaxies utiles, éclairer son patient lorsqu’il doit consentir à des examens ou traitements spécialisés, lui servir de mandataire lorsqu’il est dans un état grave ou désespéré, être son notaire par le testament de vie incluant l’euthanasie et le don d’organes. Tâches essentielles auxquelles nos facultés de médecine ne préparent pas du tout.

Cela implique le retour du médecin traitant au sommet de la hiérarchie médicale. L’accès à la formation de généraliste devrait être réservé par concours aux meilleurs étudiants à l’inverse de ce qui se fait aujourd’hui. Il doit recevoir la formation la plus longue, la plus complète, la plus continue et être mieux rémunérée. Il récupérera ainsi l’autorité intellectuelle sur ses patients, les hôpitaux et les spécialistes dont les compétences toujours plus pointues sont toujours plus parcellaires. Il sera le chef d’orchestre, les spécialistes les instruments. Les soins seront mieux coordonnés et s’il a un budget à gérer sur base de critères objectifs comme dans certains pays scandinaves et anglo-saxons, l’efficience sera meilleure.

Chaque patient confronté à un problème de santé devrait plus et mieux interroger et s’informer. Faut-il vraiment opérer son cancer ? Quel bénéfice réel apportera une chimiothérapie lourde ? Une chirurgie du rachis sera-t-elle plus efficace que la patience ? Faut-il vraiment une thyroïdectomie totale pour des nodules bénins de cette glande ? Faut-il ôter une vésicule pour un calcul silencieux ? Car si beaucoup de médicaments sont inutiles voire dangereux, il en est ainsi pour nombre de chirurgies, surtout quand elles sont qualifiées de non invasives.



 

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL
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