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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 19:51

4. Ignorer les lanceurs d'alerte

La pharmacovigilance ? "Une usine à gaz", selon Philippe Even, président de l'Institut Necker. "Pour interdire le cyanure, il faudrait deux ans."

Trop d'autorités concernées, de commissions, de sous-commissions, de sous-sous-commissions, de groupes de travail, de moyens dispersés. Les signaux d'alerte ont du mal à percer. 31 centres régionaux sont répartis sur tout le territoire. A charge pour les médecins et les pharmaciens de faire remonter les effets secondaires inquiétants.

"Mais cette notification spontanée présente des failles", indique Bernard Bégaud. "Etablir un lien entre le médicament et la survenue de complications des mois, voire des années plus tard, n'est pas évident. Surtout quand il n'y a pas de compléments pharmaco-épidémiologiques."

En 2009, 26.546 notifications d'effets secondaires et d'accidents ont été faites par les professionnels de santé. Mais l'essentiel (159.194 cas) continue de provenir de l'industrie pharmaceutique. Une fois alertée, la Commission nationale de Pharmacovigilance de l'Afssaps demande une enquête à un comité régional ou s'auto-saisit.

Au final ? Seulement de 2 à 4 médicaments en moyenne sont interdits chaque année (sur 8.000 en circulation). Souvent, le laboratoire visé saisit les tribunaux. La décision d'interdire le gel anti-inflammatoire Ketum a ainsi été cassée par le Conseil d'Etat en juillet dernier.

5. Recruter les experts de l'Etat

La commission d'AMM ? Selon nos informations, la quasi- totalité de ses membres titulaires (28 sur 30), président compris, ont déclaré en 2009 avoir des liens avec l'industrie pharmaceutique.  Une vice-présidente affiche même 17 prestations et services en tout genre pour des labos, et un suppléant, plus de... 70.

La Commission de Pharmacovigilance ? Elle n'est guère mieux lotie avec 25 membres sur 33 liés aux firmes. Formations, animations de congrès et de colloques, études, essais cliniques, liens familiaux, participations financières : depuis 1994, les experts employés par les autorités de santé doivent déclarer les relations qu'ils entretiennent avec l'industrie pharmaceutique.

A l'Afssaps, 78% d'entre eux reconnaissent avoir un lien. Mais personne ne vérifie la réalité, l'exhaustivité et les montants de ces déclarations.

Plus embêtant, dans 20% des cas les experts ne quittent pas, comme l'exige la réglementation, la réunion où est évoqué un laboratoire pour lequel ils ont travaillé... Et 6% donnent même leur avis. "Quand il s'agit d'une pathologie pointue pour laquelle leur expertise est indispensable", justifie Fabienne Bartoli, directrice générale adjointe de l'Agence. L'Igas (Inspection générale des Affaires sociales, ou "superflic" de la santé) a révélé ces chiffres en 2009 : 1.200 euros perçus en moyenne pour une action de formation, 6.900 euros pour une contribution scientifique et 8.200 euros pour une expertise, qui atterrissent sur les comptes en banque personnels ou dans le budget des services. Avec des pointes à 600.000 euros, par exemple, pour un travail de consultant.

 "Ce qui pose problème, c'est le manque d'encadrement et de transparence", indique Claude Le Pen. "Il faudrait, comme aux Etats-Unis, que les audiences soient publiques, les expertises ouvertes, et que les laboratoires publient eux-mêmes la liste et les rémunérations des experts employés, tel que l'a prévu le Physician Payments Sunshine Act dans la réforme de la santé de Barack Obama."

Jacques Servier, président du laboratoire pharmaceutique Servier, en 2004 (MEIGNEUX/SIPA)

6. Investir des fortunes dans le marketing

A titre d'exemple, selon Mikkel Borch-Jacobsen, qui a étudié le plan marketing pour l'antidépresseur Lexapro rendu public par le Sénat américain, le fabricant a investi 115 millions de dollars en frais de promotion, dont 36 millions pour les repas "éducatifs" offerts aux médecins et autant pour les conférences données par les leaders d'opinion. Marcia Angell, ancienne directrice de la rédaction du très sérieux "New England Journal of Medicine" est formelle : "Cette industrie est aujourd'hui essentiellement une machine de marketing. Elle vise à vendre des médicaments d'intérêt incertain en utilisant sa richesse et sa puissance pour influencer, contraindre ou contourner toutes les institutions qui pourraient se mettre en travers de son chemin. Et surtout les médecins, car ce sont eux qui prescrivent".

En France aussi, pour coloniser le temps de cerveau disponible du généraliste, les firmes envoient les visiteurs médicaux, qui sont en réalité des commerciaux chargés de promouvoir leur produit. Les filles de chez Servier sont canon. C'est sans doute plus amusant d'écouter leurs topos que de lire "Prescrire". Le commercial relaie parfois des messages sanitaires mensongers. Le généraliste répercute et prescrit souvent à la va-vite des traitements plus utiles pour la santé financière de l'industrie que pour celle de son patient.

7. Arroser toute la chaîne du médicament

Les "tentatives réitérées d'accéder directement au public et au patient sont problématiques quand on considère l'emprise de l'industrie pharmaceutique sur quasiment l'ensemble des secteurs du système de santé". C'est l'Igas qui le soulignait en 2007.

A tous les maillons de la chaîne, l'industrie pharmaceutique est... incontournable : financement de l'Afssaps (grâce à une taxe prélevée sur les labos et aux redevances, de 674 à 25.400 euros, versées à chaque demande d'AMM), associations de malades (5,1 millions d'euros perçus en 2009), formation continue des médecins, des congrès, de la presse médicale (comme l'un des plus influents, "le Quotidien du Médecin", financé à 60% par la publicité) ou campagnes de sensibilisation...

"En France, le nécessaire équilibre entre le public et le privé n'est pas suffisant", regrette un professeur de médecine. Le Leem (Les Entreprises du Médicament), syndicat professionnel des labos, dispose d'un siège au conseil d'administration et dans les principales commissions de l'Afssaps.

Son numéro deux, Philippe Lamoureux, est l'ancien secrétaire général de feu l'Agence du Médicament. Le 30 décembre, un mail est parti de ses bureaux, dans le 16e arrondissement, à destination de tous les services communication des labos. Objet : "Les messages clés du Leem concernant l'affaire du Mediator", à bien marteler aux journalistes. Extrait : "Les entreprises ne spéculent pas avec la santé des patients".

Une boite de Mediator sur des piles de dossiers parmi les 110 plaintes qu'une association de victimes de ce medicament s'apprete a déposer (ESCHER/JDD/SIPA)

Anne Crignon et Nathalie Funès - Le Nouvel Observateur

(Article publié dans "le Nouvel Observateur" du 13 janvier 2011)

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Published by VIOLENCE A L'HOPITAL - dans LES PILULES DU MALHEUR
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