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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 11:47

  L’abus de psychiatrie selon le modèle soviétique peut non seulement s’envisager comme la main mise d’un régime totalitaire sur l’institution psychiatrique mais aussi comme l’égarement du discours de la psychiatrie elle-même, au point de soulever la question : en quoi la psychiatrie aurait pu se soutenir dès ses origines d’un égarement du discours de la médecine et de la science ? Michel Foucault a largement labouré ce terrain autour de la question de la Raison. Ce qu’il dénonce n’est pas un abus de psychiatrie mais l’abus de pouvoir par lequel l’Etat délègue une institution (officiellement médicale) dans le partage entre Raison et Déraison, la Raison pouvant au demeurant être celle de l’Etat. Autrement dit, à lire Foucault et si on le suit, la psychiatrie était dès sa naissance non pas simplement vouée à servir ouvertement un maître absolu mais à délimiter au sein de la société un cercle sacré autour de la folie pour pouvoir en traiter l’abcès.   Revenons à notre sujet. L’abus de psychiatrie se définit comme le détournement de l’institution psychiatrique de sa mission thérapeutique à des fins de répression politique. Cette déviation est reconnue unanimement comme contraire à la déontologie et aux droits de l’homme. Faut-il rappeler que les régimes totalitaires se moquent de l’une comme des autres ? Il est aujourd’hui établi que le régime soviétique a abusé de la psychiatrie durant plusieurs décennies pour réduire au silence des centaines d’opposants, de contestataires, de militants des droits de l’homme… réunis sous le vocable de « dissidents ».   2. Sur la notion d’abus :   Si on s’en tient aux sources étymologiques, l’abus (et l’acte d’abuser) indique deux directions, l’une vers le mot, l’autre vers l’objet. Nous pressentons qu’elles convergent sur un problème largement débattu par les philosophes du langage. Entre le mot et la chose, émergent mille questions : comment une proposition fait mouche dans le réel ? Comment les mots peuvent tuer ou guérir ? Ou plus concrètement, quels changements peut produire chez quelqu’un l’acte de décréter qu’il est fou ? Abusio : substantif, touche essentiellement au sens des mots, à leur détournement de leur sens ordinaire ou commun voire leur « vrai » sens. Cela porte le nom de catachrèse. En rhétorique, la catachrèse a à voir directement avec la question de la métaphore. La catachrèse représente un cas particulier « limite » de la métaphore par épuisement de la figure à partir de laquelle elle s’est construite.   Les linguistes vont même jusqu’à parler d’abus, d’abus de métaphores. Je cite, dans le dictionnaire de poétique d’Henry Morié « toute substitution entraîne une impropriété qui est un abus au premier degré. En présence d’une idée, d’un objet, d’une partie du corps, d’une réalité quelconque pour laquelle la langue ne dispose d’aucun terme approprié, on se sert d’un autre terme détourné de son sens ordinaire. »     Sans vouloir abuser de linguistique, je voudrais faire la remarque que paradoxalement la catachrèse n’a non seulement rien d’abusif (au sens d’une provocation, d’un scandale) comme pourrait l’être la création d’un sens inédit (voire interdit) mais tombe dans des expressions communes telles que « les ailes d’un château » ou « être à cheval sur le règlement  Dans le premier cas, la métaphore a, si on va au cœur du sens, perdu ses plumes ; dans le second, aucun étalon n’est requis pour mesurer ce dont il est question. Ces exemples de catachrèse montrent que l’abus est quasiment invisible ou plutôt qu’il camoufle au grand jour les traces de son crime, si on considère comme tel le sacrifice de l’image au profit du verbe. L’abusio ou catachrèse est venu à bout par usus de la figure sur laquelle s’appuyait la métaphore première. Mais, c’est là que je veux en venir, il est tout aussi abusif de décréter l’extinction des signifiants « aile » ou « cheval » qui sont bel et bien là dans l’expression en usage. Ils y persistent comme un reste de la métaphore, à l’état fossile. Nous connaissons des exemples moins innocents en politique. Si on parle de libéralisme, ce mot recouvre des liens très contradictoires avec la notion de liberté. Par catachrèse, le libéralisme garde la trace signifiante de la liberté et en abuse en ceci qu’il ne garantit qu’une forme très particulière de liberté somme toute assez proche de l’esclavage. Le mot libéralisme n’est pas, par « construction », le plus adéquat pour désigner le modèle de société qu’il promeut. Son usage par catachrèse produit un leurre et par conséquent un abus. « L’esclavage c’est la liberté » AFFIRMENT les inventeurs de la novlangue (Orwell : 1984). Cette synecdoque peut opérer par simple suggestion. Quand on aura répété 100 fois devant une caméra de télévision « l’esclavage c’est la liberté », il va se passer quelque chose, quelque chose qui fait que le citoyen hypnotisé ne saura plus faire la différence et que ce slogan ne lui laissera pas d’autre alternative que de haïr la liberté synonyme d’esclavage ou d’aimer l’esclavage comme synonyme de liberté. Lors d’une récente interview, V. Bukovsky, déclarait que l’Union Européenne voulait reproduire le modèle de l’Union Soviétique. Ce regard « désabusé », chez un martyre de l’abus, invite à penser le libéralisme au-delà du mot ; nous ne sommes libres que de ce qui est interdit ailleurs. Nous n’en avons pas terminé avec le latin et si nous parlons d’abus, il faut parler de cet « ab » qui indique éloignement, distance, détachement, écart, séparation, détournement avec une dimension dynamique notamment dans la construction du verbe « abutor » qui signifie l’anéantissement total, l’usage d’une chose jusqu’à sa disparition. De là à parler de la jouissance de cette chose, il n’y a qu’un pas. User d’une personne jusqu’à la disparition de ce qui l’humanise (par exemple la dignité, la liberté, la vie) c’est en jouir pleinement. Si les guerres ne produisaient aucune jouissance, pourquoi éclateraient-elles

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans DERIVE DE LA MEDECINE
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