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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 20:36

Le scandale des pilules de troisième et quatrième générations, ou encore la sortie de plus en plus précoce des mères après l'accouchement semblent perturber de très nombreuses femmes. Des polémiques qui les pousseraient à se mettre en danger.

"Sale temps pour les femmes"

 
Les femmes entretiennent une relation très cordiale avec leur gynécologue. Si méfiance il y a, c’est à cause des fausses polémiques.

Les femmes entretiennent une relation très cordiale avec leur gynécologue. Si méfiance il y a, c’est à cause des fausses polémiques. Crédit Flickr/Gnarls Monkey

Atlantico. Les récentes polémiques autour de la pilule, ou du suivi de la grossesse ont-elles mis la santé des femmes en danger, notamment en renforçant une certaine défiance vis-à-vis du corps médical ?

Odile Buisson : Les pharmaciens disent que la vente des pilules a baissé de 25%. Je pense que certaines jeunes femmes ont décidé d’arrêter leur pilule à la suite des alarmes du ministère de la santé s’inquiétant des risques d’accidents cardio-vasculaires ou de phlébite. On peut par conséquent s’inquiéter de voir, en France, les mêmes drames qu'en Angleterre, en 1995. A l'époque, un vent de panique concernant les pilules de troisième génération avait entraîné une hausse de 15% des IVG sur l’année. C’était un organisme gouvernemental qui avait lancé une panique en interdisant aux médecins de les prescrire. Le problème fut revu et le gouvernement autorisa de nouveau la prescription des ces pilules, mais le mal était fait… Les mêmes causes ayant les mêmes effets, il y a de quoi s'inquiéter. Il faut savoir que d’une façon générale il est rare que les médecins préviennent des risques rarissimes des médicaments. Les gynécologues ont en effet donné moins de pilule de première et deuxième générations afin que les jeunes filles évitent d’avoir de l’acné ou une éventuelle prise de poids car tout ceci prend une place démesurée chez les (pré)adolescentes qui risquent alors d’abandonner leur contraception. Et puis il faut tout de même relativiser le risque d’accident cardio-vasculaire avec la pilule de troisième génération car il est faible : 4/10 000. Celui d’accident grave entraînant la mort lors de la pratique de l’équitation est de 300/10 000 chez les 5-14ans. Si l’on fait un haro sur la pilule, il faut faire un haro sur les poney club !

De toute façon, quel que soit le mode de contraception (pilule, stérilet, traitement hormonal), il y aura nécessairement des effets adverses.

Par ailleurs on peut dire que la gynécologie médicale n’a pas démérité et les chiffres sont là pour le démontrer. En France le taux d’hystérectomie est de 6% alors qu’il est de 20% en Angleterre et de 40% aux USA. Or il n’est pas anodin d’enlever un utérus en raison du risque secondaire de troubles de la sexualité. Enfin, nous avons le moins de cancer du col par rapport aux autres pays européens et notre taux de survie après cancer du sein est parmi les meilleurs !

 

Observe-t-on de manière parallèle un réel boom des méthodes de soins alternatifs ? Faut-il s'en inquiéter ?

Tout à fait car c’est dans l’air du temps de se méfier du médicament. Mais on peut recourir à des médecines alternatives que ce soit l’acupuncture ou l’homéopathie tant qu’il n’y a pas de pathologie grave. Par exemple, en ce qui concerne la contraception, j’ai vu conseiller sur des sites internet la méthode Ogino qui consiste à calculer à quel moment se produira l’ovulation. Mais celles qui sont tentées par cette méthode ne sont pas du tout à l’abri d’une grossesse. 

Même si elles ont tendance à chercher de nouveaux moyens pour soigner leurs maux, les femmes entretiennent une relation privilégiée avec leur gynécologue. Mais suite aux fausses polémiques concernant la pilule, on comprend qu’elles puissent se méfier !

 

Dans le même temps, peut-on dire que les pouvoir publics se désintéressent du suivi médical des femmes ?

Les pouvoirs publics ne s’intéressent qu’aux économies de santé. Ainsi restreindre la médecine, tout en favorisant les autres modes de soins sont une des options pour réduire les dépenses de santé. Les maisons de naissance par exemple. Les pouvoirs publics veulent promouvoir de l’ « accouchement naturel ». Mais l’accouchement naturel, c’est avant tout l’accouchement avec douleur. Une sage-femme est là pour suivre et accoucher la maman mais si par exemple la maman réclame une péridurale car elle ne supporte plus les douleurs de ses contractions, elle ne pourra pas en bénéficier. En France, près de 80% des femmes on une péridurale alors que les Hollandaises quant à elles n’en bénéficient presque pas, seules 10% en ont une. Ceci n’a pas échappé à la cours des comptes et je crains donc que dans les années à venir, les maisons de naissance ne soient le recours proposé majoritairement par les pouvoirs publics. Ce serait scandaleux car les femmes ont le droit de changer d’avis, de finalement préférer l'accouchement en douceur plutôt que la douleur des contractions !

Sous couvert d’accouchement naturel, qui respecte la femme et le bébé, on tait les douleurs de l’accouchement… Quelle hypocrisie. Il faut ajouter à ce constat que dans les maisons de naissance, il y a une sage-femme pour 50 accouchements alors que dans les grosses maternités de plus de 4500 accouchements, ce ratio est souvent autour de 1 sage-femme pour 800 accouchements. Pourquoi ce qui est possible dans les maisons de naissance ne l’est pas dans les maternités classiques ?

Autre exemple, en 2010, la sécurité sociale et les sages-femmes libérales ont signé un accord organisant le retour précoce à domicile des accouchées. C’est certainement une économie importante en termes de journées d’hospitalisation mais cela ne va pas dans le sens de la bonne santé des mères et des nouveaux -nés. Aujourd'hui, on compte environ 12% de dépression nerveuse chez les mamans qui viennent de quitter la maternité. Dire que rentrer chez soi est "plus humain" est un subterfuge qui ne vise qu'à faire avaler la pilule aux parents. Deux ou trois jours à la maternité au lieu de cinq jours minimum, ce n’est pas acceptable. Certaines femmes sont célibataires, d'autres ont déjà des enfants à charge. Pour elles, il est très difficile de retrouver le quotidien si vite, tant du point de vue physique que psychologique. Encore plus si elles allaitent… sachant que, parfois, la mise au sein va se réguler en cinq jours. De ce fait, 50% d’entre elles arrêtent, se trouvant seules et perdues avec leur bébé car une consultation de sage-femme n’est pas suffisante.

On pourrait aussi parler de l’absence de plan d’envergure nationale concernant la prévention des grossesses non désirées. On continue à faire une politique abortive sans faire un effort équivalent pour la politique contraceptive. Ceci est un mauvais message lancé à nos jeunes car la pilule abortive ou le curetage utérin ne sont pas des bonnes façons de débuter sa vie sexuelle. Il faut savoir que nous n’arrivons pas à diminuer le taux d’IVG. Or le seul département qui a réussi à infléchir de 50% son taux d’IVG est l’Alsace. Ceci est du au travail du Pr Israel Nisand et à son plan « info-ado ». En 2010, le collège français de gynécologie obstétrique (cngof) a émis le souhait que des dispositifs semblables soient déclinés sur tous les départements de France. Rien n’a été fait ! Par contre on a rendu l’IVG gratuite et doubler le forfait IVG pour les médecins qui les pratiquent, c’est bien mais on n’est plus du tout dans une politique de prévention. Je trouve dommage que le ministère de la Santé ne fasse pas plus confiance aux médecins et ne les écoute pas davantage.

 

Propos recueillis par Mathilde Cambour

En savoir plus sur http://www.atlantico.fr/decryptage/sante-femmes-en-danger-pilule-grossesse-hormones-impact-dramatique-dernieres-polemiques-odile-buisson-661302.html#pVJoAFmsKAM8wcMz.99

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans LES PILULES DU MALHEUR
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