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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 21:29

 

Ce sont des blockbusters, et ils se vendent comme des petits pains chauds, boostés par des équipes de marketing et portés par de grandes campagnes de publicité n’épargnant aucune sphère de la société, les médicaments se vendent autant aux malades qu’aux biens

Les équipes de développement clinique et les forces de ventes travaillent désormais main dans la main pour produire des médicaments qui se vendent bien, très bien même. Lorsqu’il n’y a plus assez de malades pour répondre aux besoins de croissances des entreprises pharmaceutiques, il faut alors se tourner vers le marché des biens portants. Selon Jörg Blech, la tension prémenstruelle se transforme en une maladie mentale appelée « trouble dysphorique prémenstruel » et la timidité est un « trouble d’anxiété sociale ». Pleurez la mort d’un être cher pendant plus de deux mois fait de vous une personne atteinte de « trouble dépressif mineur », si vous êtes un optimiste de nature, vous souffrez d’un « trouble généralisé de la gaieté » et si vous refusez tout type de médecine, vous faites partie des personnes atteintes de la « phobie du médecin et du sang ». En fait, le message des compagnies pharmaceutiques est clair, toute personne est un malade qui s’ignore.

Avant d’inventer de nouvelles maladies, plusieurs techniques sont utilisées par ces compagnies. L’abaissement des seuils, la multiplication des analyses et le dépistage sont autant de techniques utilisées pour amener les gens à consommer plus de médicaments. C’est ainsi qu’en France, par exemple, le taux de cholestérol acceptable est passé de 260 milligrammes à 200 milligrammes par décilitres, dans les années 90. Les laboratoires semblent aussi avoir constaté que chaque nouvelle analyse permet d’augmenter le nombre de maladies différentes. Si à chaque analyse, 5% de la population est dite « à risque » pour une certaine maladie, chaque nouvelle mesure diminue fortement le nombre de personnes saines. De même, les camions de dépistage distribuant de l’information médicale à haute saveur commerciale permettent de dépister de nouvelles maladies.

La technique de commercialisation la plus évidente reste basé sur la peur. C’est ainsi que David Healy, docteur en psychologie, relate l’impact des campagnes de peur sur les comportements vis-à-vis des maladies comme le trouble bipolaire. Dans une publicité, une compagnie arrive à faire croire aux gens qu’ils pourraient peut-être être atteint d’une des maladies les plus sérieuses et débilitantes du répertoire psychiatrique, le trouble bipolaire, voir la maniaco-dépression. Selon Healy, « après 1995, il y a eu une augmentation dramatique dans la fréquence d’utilisation du terme ‘stabilisateur d’humeur’ dans la littérature scientifique » et cette augmentation des débats coïncide avec l’augmentation des personnes consultants pour ce trouble, selon ses tableaux. Il n’y a d’ailleurs aucun consensus sur la question dépressive, et plusieurs études indépendantes tendent à montrer que les personnes qui pourraient être considérées comme bipolaire et n’ayant pas de suivi médical ne présentent pas plus de risques de suicides que celles qui sont suivis.

« Les laboratoires pharmaceutiques redéfinissent les frontières de la maladie, et d’une certaine façon, les frontières du normal et de l’anormal » explique Joel Lexchin. Selon lui, Pfizer a redéfini le problème de dysfonction érectile. Alors que ce problème ne touchait en majorité que des personnes avec des problèmes médicaux, c’est désormais devenu quelque chose de banal qui « peut arriver à tout le monde ». Une solution à un problème médical sérieux est devenu d’utilisation banale, amélioration du style de vie et arme contre l’échec ou « la peur de l’échec » selon Lexchin.

Certains gouvernements, comme le gouvernement français, se sont rendu compte de l’impact de la pression pharmaceutique sur les comportements d’achat. C’est ainsi que la caisse nationale d’assurance-maladie constate « le coût particulièrement élevé des nouveaux médicaments » et déplore les répercussions de ces coûts sur les caisses de l’État. Le Québec n’échappe pas non plus à cette tendance, ce qui ajoute au poids fiscal reposant sur son système de santé.

Ironie du sort, les maladies ainsi créées engendrent de nouvelles maladies par le développement d’effets secondaires dû à l’absorption des médicaments « miracles ». Ces maladies seront, à leur tour, traitées par de nouveaux médicaments… Un cercle très vicieux.

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Published by VIOLENCE A L'HOPITAL - dans LES PILULES DU MALHEUR
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