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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 20:55

Une étude du British Medical Journal (BMJ) conclut que les preuves manquent d’une efficacité réelle du Tamiflu contre la grippe. La presse s’empresse de rapporter cette information, à force titres racoleurs. Décryptage.

Rappel des faits (1)

Le Tamiflu, nom commercial de l’Oseltamivir, est un antiviral utilisé pour le traitement et la prévention des grippes A et B.

Ses ventes explosent lorsqu’éclate l’épidémie de grippe aviaire H5N1. Seul des indices plaident en faveur d’une efficacité du Tamiflu pour enrayer l’épidémie, et les ministères de la santé des pays du monde entier se ruent sur le produit pour constituer des stocks. La pénurie survient rapidement, avec de fait l’apparition d’un marché noir. (2) Roche peine à combler son manque de capacité, d’autant que, par répercussion, le laboratoire a rapidement du mal à se procurer la principale matière première, l’anis étoilé (3) (l’anis étoilé est principalement produit en Chine, ce qui signifie de longues et complexes procédures administratives pour accréditer de nouveaux fournisseurs).

L’épidémie s’essouffle, mais pas du seul fait du Tamiflu : les procédures de quarantaine, d’embargo et d’abattage des oiseaux susceptible d’être contaminés y sont pour l’essentiel.

La conséquence est immédiate : les ventes du médicament se maintiennent, et le bénéfice de l’entreprise en profite directement. Puis, le soufflé retombe… jusqu’à l’arrivée de la grippe porcine H1N1, également appelée grippe mexicaine, ou « grippe sarkozine » (Anne Roumanoff), qui relance la machine pour un an.


Pour être honnête avec Roche, je dois préciser que l’entreprise a rapidement distingué dans ses comptes le chiffre d’affaires lié aux pandémies (grippe aviaire et grippe porcine) et à la constitution des stocks par les gouvernements, de celui généré pour la lutte contre la grippe commune. Néanmoins, de nombreux particuliers se sont constitué des réserves personnelles de Tamiflu, de peur que le gouvernement de puisse en fournir assez. De plus, la grippe aviaire a fait pour le Tamiflu une publicité extraordinaire : rendez-vous compte ! Le seul médicament (peut-être) efficace contre la grippe aviaire !


L’information du BMJ

Comme toujours, je suis contraint d’aller aux sources de l’information (5) pour me défaire des raccourcis et biais de la presse française.

Il ne s’agit pas d’une étude et elle n’émane pas du Journal. C’est en fait une lettre adressée au journal, qui a accepté de la publier. Cette lettre fait suite à une action, qui n’avait jusqu’alors pas été rendu publique, de la part du BMJ qui tente d’obtenir, sans succès, ces données.

On y lit que Peter Gøtzsche, responsable du Nordic Cochrane Centre de Copenhague, appelle les gouvernement à attaquer Roche en justice, et les prescripteurs à boycotter les produits du laboratoire pour obliger Roche à rendre publiques toutes ses données sur le produit.

L’efficacité du produit n’a en effet jamais été formellement établie : les données publiées ne sont pas concluantes, et elles ne représentent que 40% de toutes elles collectées par Roche. Des milliards d’euros et de dollars ont donc été dépensés pour un médicament potentiellement inutile.

Pour note, le BMJ est l’une des plus sérieuses publications médicales au monde. La collaboration Cochrane, quant à elle, est une organisation philanthropique qui vise à établir l’intérêt réel des médicaments sur l’étude de vastes panels de patients.


A l’ouest, rien de nouveau

Les doutes sur l’efficacité du Tamiflu ne datent pourtant pas d’hier. Dès le départ, son utilisation dans les deux pandémies ne reposait que sur des indices, pas sur des preuves (en recherche, on parle de tendance statistique).

En 2005, une étude portant sur l’analyse de 28 essais cliniques appuyait l’utilisation du Tamiflu dans le traitement de la grippe commune. Or, les résultats de 8 de ces essais ont été gardés secrets par Roche. En refaisant l’analyse sur les 20 études restantes, le groupe Cochrane et le BMJ concluaient, en 2009, que le Tamiflu ne prévient pas les complications de la grippe chez des adultes bien portants, et que le produit ne doit donc surtout pas être utilisé pour le traitement de la grippe commune. (6)

La réponse de Roche avait été la promesse solennelle de publier les données manquante.

Et c’est bien là le problème : 3 ans après, la promesse est toujours lettre morte, ce qui a provoqué la colère de Fiona Godlee (éditrice du BMJ) et de Gøtzsche, bien conscients d’avoir été pris pour des billes !

Pire encore, Roche a prétendu que les données qui n’ont pas été rendue publiques ont néanmoins été transmises aux autorités sanitaires… ce qui est un mensonge éhonté. En effet, Godlee et Gøtzsche ont appris qu’au moins 15 études n’avaient jamais été transmises à l’EMEA, l’agence européenne. (5)


Un médicament dangereux, un marketing unique

Il faut ajouter à cela les doutes sur l’innocuité du Tamiflu. Rappelons d’abord que c’est l’un des produits pour lesquels Roche « oublié » de transmettre des rapports sur des patients à l’EMEA (voire mon article précédent, (7)).

Au Japon, plus de 50 cas de suicides ou du moins de comportement anormal (comme se jeter d’un balcon), et plus de 100 cas d’effets secondaires neuropsychiatriques ont été rapportés. Un chercheur se penche sur la question et déclare en octobre 2006 qu’il n’y a pas de lien de cause à effet… jusqu’à ce que l’on découvre 6 mois plus tard qu’il a reçu 86000 dollars de Roche. (8) Un autre a reçu 25000 dollars (9). Les autorités américaines, européennes et britanniques prennent rapidement des mesures pour limiter la distribution du produit aux adolescents. (10) En 2008, la FDA renforce ses mesures, alors que le nombre de cas s’élève désormais à près de 600. (11) Le gouvernement japonais ouvre une enquête qui conclue en juillet 2008, qu’il n’y a pas de lien… pour tout recommencer 3 semaines plus tard, ayant découvert que l’enquête avait été menée à décharge. (12)

Comme je le disais, l’essentiel du marketing pour le Tamiflu était assuré par les 2 pandémies des années 2000. Pour autant, Roche ne s’est pas contenté de laisser la nature vendre son produit. Afin de convaincre toutes les entreprises américaines de constituer des stocks et de traiter préventivement leurs salariés, Roche a applique ce principe à ses propres troupes (probablement après avoir supprimé les balcons sur ses sites). (13) Ainsi Roche démontrait :
•  L’imminence de la menace et du risque
•  Sa confiance en son produit
•  Sans prendre de risque d’image, puisque les salariés auraient été moins susceptible d’attaquer leur employeur qui se montrait Ô combien généreux en les protégeant de cette imminente menace grâce à un produit en lequel ils avaient toute confiance.

Les vidéos du web
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Il y a 5 mois - 35 minutes

Mode de Mutation épidémie de grippe qui consiste en ...et puis je dit rien vous allez le voir (...)




En guise de conclusion

On peut naturellement s’interroger sur l’opportunité de cette attaque de la part du BMJ et du groupe Cochrane contre Roche, juste après que d’autres manquements du groupe ont été révélés. Certains y verront une manipulation.

Mais je pense plutôt que c’est juste que la boîte de Pandore a été ouverte : si Roche a bien géré l’affaire des cas non transmis, le laboratoire est maintenant confronté à ses mensonges. Et suite à l’article précédent, aviso rappelait en commentaire le scandale du Metrabon. (7)

Mauvaise passe en perspective, mais vous en êtes les seuls responsables, messieurs de Big Pharma.

www.dailymotion.com [?]
Tableau réalisé à l’aide des rapports annuels de Roche (4-1 à 4-8)
Année Chiffre d’affaires généré par le Tamiflu
2004  330 millions de francs suisses
2005 1 558 millions de francs suisses
2006 2 627 millions de francs suisses
2007 3 941 millions de francs suisses
2008  846 millions de francs suisses
2009 3 200 millions de francs suisses
2010  873 millions de francs suisses
2011  359 millions de francs suisses

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans LES PILULES DU MALHEUR
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