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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 13:02

Le laboratoire pharmaceutique vient d'écoper d'une amende de 40,6 millions d'euros de la part de l'Autorité de la concurrence. En cause : des méthodes commerciales peu scrupuleuses.


L’Autorité de la concurrence a accumulé pendant trois ans des témoignages de médecins et de pharmaciens. (MAXPPP)

L’Autorité de la concurrence a accumulé pendant trois ans des témoignages de médecins et de pharmaciens. (MAXPPP)

    L’Autorité de la concurrence a frappé Sanofi-Aventis d’une amende de 40,6 millions d’euros pour "abus de position dominante", a-t-on appris mardi 14 mai. Ce qui est reproché au laboratoire français ? Avoir mené auprès des médecins et des pharmaciens une "stratégie de dénigrement" à l’encontre des concurrents de son produit phare, le Plavix, 4e médicament le plus vendu dans le monde jusqu'en juillet 2008, date d'entrée sur le marché de ses équivalents génériques.

    L’Autorité de la concurrence a accumulé pendant trois ans des témoignages de médecins et de pharmaciens. "Sanofi-Aventis a mis en œuvre une stratégie de communication globale et structurée dont l’objectif était d’influencer les médecins et les pharmaciens afin d’enrayer le mécanisme de substitution générique", explique-t-elle. De sorte que les médecins écrivent "non substituable" sur leurs ordonnances de Plavix, et que les pharmaciens ne remplacent pas le médicament breveté par une molécule concurrente... sauf par le Clopidogrel Winthrop, générique fabriqué par... Sanofi-Aventis !

    Coût pour l'assurance maladie du remboursement du Plavix en 2008 : 625 millions d’euros. Pour protéger son produit phare, le laboratoire pharmaceutique a employé des méthodes peu conventionnelles décrites dans le rapport de 120 pages de l'Autorité de la concurrence.

    Du "comportement assassin" à "l'hémorragie"

    La Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) a recueilli des informations auprès de travailleurs salariés. Ainsi, dans la région de Champagne-Ardenne, le comportement de Sanofi est ainsi décrit :

    Comportement anti-générique du visiteur médical auprès des pharmacies pour ne pas substituer le Plavix sauf si le générique est Wintrop. Parfois communication agressive : substituer (en dehors de l'autogénérique Wintrop) serait un comportement 'assassin'. Principal argument : la différence de sel. Communication du visiteur médical auprès des médecins pour encourager la pratique du 'NS' (non substituable, NDLR). Des cas de décès liés à la substitution du Plavix évoqués par le visiteur médical."

    En Midi-Pyrénées, voici ce qui remonte à la Cnam :

    En l'absence de tests sur le sel de clopidogrel des génériques, l'efficacité n'est pas prouvée."

    En Nord-Pas-de-Calais :

    Mise en danger des patients si pas de délivrance."

    Dans deux pharmacies de la même région, Sanofi a avancé que "donner un générique peut provoquer des hémorragies du patient", indique une déléguée de l'assurance maladie. 

    Dans le rapport de l'Autorité de la concurrence, ce type de témoignage s'accumule. Les enquêteurs ont notamment recueillis les propos directs de médecins et pharmaciens :

    Ainsi, un délégué pharmaceutique de Sanofi-Aventis a affirmé auprès de la pharmacie 1..., située à Castelnau de Médoc, qu''il faut prendre de l'auto générique de chez Winthrop, sels identiques au Plavix, les autres génériques ne sont pas identiques, voire dangereux pour les patients'".

    A Neuville-sur-Saône, un pharmacien a écrit un courrier de résiliation à Téva Santé, qui fabrique un générique concurrent du médicament de Sanofi-Aventis :

    "Je soussigné .... annule ce jour ma commande de Clopidogrel TEVA suite à mon appel auprès de Laboratoire Winthrop, qui vient de m'informer du fait :

    - De la non-substitution de Plavix dans 40% des indications (syndrome coronarien aigu)

    - De la non-substitution de Plavix dans le cadre de l'association avec KARDEGIC,

    - De la différence de sel entre princeps et le générique.

    Ma responsabilité pharmaceutique et pénale étant engagée au dire de Winthrop en cas de problème chez un patient, je ne souhaite pas substituer ce générique."

    Même type de déclaration dans une pharmacie de Notre-Dame de Bondeville, en Seine-Maritime :

    Visite à la pharmacie des délégués médicaux de Sanofi (non connu) et Winthrop (délégué 'volant' non connu lui aussi). Les commerciaux m'ont expliqué que tous les génériques qui allaient sortir seraient d'un sel (le bésilate) différent du Plavix (hydrogénosulfate) sauf le clopidogrel Winthrop et qu'ils n'avaient pas la totalité des indications du Plavix, en particulier qui si il y avait une association avec l'aspirine seul le Plavix ou son générique de source (Winthrop) pouvaient être délivrés dans le respect de l'AMM."

    Le docteur Caroline Y... chef de clinique en cardiologie à l'hôpital Bichat à PAris, a également indiqué le 14 avril 2011 :

    Oui, on m'a dit qu'il fallait mettre 'non substituable'. C'est une visiteuse habituelle de Sanofi. Les excipients ne seraient pas les mêmes et il y aurait des cas de thrombose."

    Le docteur Gilles J..., généraliste à Amiens, indique le 25 janvier 2010 :

    Le discours tenu par les visiteurs se résumait à signaler l'arrivée du CLOPIDOGREL (générique du PLAVIX) sur le marché, mais dont le sel est différent du médicament princeps. Du fait de cette légère différence de fabrication, les visiteurs me précisent que la substitution dans le cas de l'artérite ne pose aucun problème, mais que la substitution dans le cadre du syndrome coronarien n'est pas recommandée, dans l'attente d'éventuelles études complémentaires concernant ce nouveau sel."

    Selon l'Autorité de la concurrence, "ces témoignages montrent que les visiteurs médicaux de Sanofi-Aventis ont délivré un discours tendant à faire accroire notamment que l'absence d'indication SCA pour les génériques de Plavix résulterait d'un manque d'études complémentaires ou encore que le principe actif des sels de clopidogrel des génériques ne serait pas identique à celui de Plavix, ou enfin qu'il y aurait eu des problèmes sanitaires graves (cas de thrombose) dus au traitement sous générique.

    Or, l'Autorité rappelle que les "différences évoquées en termes de sels et d'indications (...) n'ont en elles-mêmes aucune pertinence ou implication en matière de santé publique".

     

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    Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans DERIVE DE LA MEDECINE
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