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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 19:24

Par Estelle Saget, publié le 28/09/2012

 

Le médecin du CHU de Brest qui révéla le scandale du Mediator a interpellé par courriel la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Elle s'inquiète du projet de décret sur les cadeaux offerts aux médecins par les laboratoires pharmaceutiques. 

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    Les cadeaux des labos, "un permis de corruption" pour Irène Frachon

LABORATOIRES PHARMACEUTIQUES - Irène Franchon s'inquiète du projet de décret portant sur les cadeaux offerts par les laboratoires pharmaceutiques aux professionnels de la santé.

afp.com/Fred Dufour

Le Dr Irène Frachon, ce médecin du CHU de Brest qui révéla le scandale du Mediator, s'inquiète du projet de décret portant sur les cadeaux offerts par les laboratoires pharmaceutiques aux professionnels de la santé. Ce texte provisoire et confidentiel, que L'Express s'est procuré, stipule que les avantages d'une valeur inférieure à 60 euros n'auront pas à être rendus publics, alors qu'une version antérieure imposait une déclaration à partir d'un montant de 1 euro seulement. Selon nos informations, elle a adressé ce matin à ce sujet un courriel à la ministre de la Santé, Marisol Touraine

Que reprochez-vous à la nouvelle version du décret, discutée hier au ministère de la Santé?

Il s'agit d'un permis de corruption pour les labos ! Je viens de lire attentivement le texte. S'il est publié tel quel, le manque de transparence sera encore plus grand qu'avant. Après les 2000 morts du Mediator, on ne peut pas se permettre de rater ce tournant historique vers la démocratie sanitaire. Les citoyens ont compris comment fonctionne cette corruption " intellectuelle " et ils sont choqués de la voir perdurer. 

Déclarer les cadeaux supérieurs à 60 euros n'est pas suffisant pour assurer la transparence?

Le seuil est beaucoup trop élevé. Les petites attentions des industriels tissent des liens aussi sûrement que de plus gros cadeaux. Ce midi, par exemple, des internes de mon service sont invités à déjeuner par un laboratoire pharmaceutique dans un bon restaurant de Brest. Je n'invente rien, c'est la stricte réalité. Ils vont s'y rendre, je ne peux pas les en empêcher ! Le montant du repas sera inférieur à 60 euros par personne. Avec le projet actuel du décret, cet avantage ne serait pas déclaré. Et le texte fait plus fort encore ! Il donne sa bénédiction au laboratoire pour réinviter mes internes plus de dix fois dans l'année. Tant qu'ils n'ont pas reçu plus de 500 euros sur six mois, l'industriel n'a rien à déclarer. 

Quel serait, selon vous, le montant efficace ? 

Fixer un seuil à 60 euros, cela revient à accepter une sorte de petite délinquance, il faut que l'obligation de déclarer s'applique à partir de 1 euro, comme dans le projet initial rédigé sous la responsabilité de Xavier Bertrand [NDLR : alors ministre de la Santé]. Et si, à la longue, ça se révèle trop compliqué pour tout le monde de déclarer ces " petits " avantages, et bien ils finiront pas disparaitre d'eux même. 

Comment expliquez-vous que le seuil ait été relevé?

L'industrie pharmaceutique a simplement remis les pendules à l'heure. Je ne participe pas aux réunions de travail organisées au ministère, mais mes amis de la revue Prescrire et du Formindep sont présents. Lors de la première réunion, le 12 septembre, les représentants du ministère les ont été écoutés avec beaucoup d'attention. A la seconde, le 27 septembre, on ne les écoutait plus et la discussion s'est conclue sans eux, mais avec la participation active des représentants de l'industrie. Que s'est-il passé entre les deux réunions ? Je n'en sais rien. Mais en temps de crise, l'industrie fait souvent usage de l'éternel chantage aux emplois et au commerce extérieur. C'était d'ailleurs le refrain de Jacques Servier [NDLR : pdg des laboratoires Servier, le fabricant du Mediator]. Je constate simplement que nous demandons une déclaration au premier euro, la seule garantissant la transparence vis-à-vis des citoyens, et que nous nous retrouvons avec une machine à gaz qui génère encore plus d'opacité. 

Mais c'est quand même un progrès, que ces informations soient rendues publiques...

Encore faut-il que ces informations soient facilement accessibles. L'idée de départ, c'est que tout citoyen puisse taper le nom d'un professionnel de santé sur Google et qu'il accède immédiatement à un site lui indiquant quels avantages celui-ci a reçu, et de quel industriel. Là, avec ce projet de décret, les informations seront dispersées sur les sites des industriels, voire même sur des registres papier. Je n'appelle pas ça la démocratie sanitaire.

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans MANIPULATION MENTALE
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