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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 20:13

L’envers de la pilule
(Jean-Claude St-Onge)

«  Je fais partie du paysage depuis assez longtemps pour avoir vu comment on a transformé les maladies les plus bénignes en maladies létales ou handicapantes avec l’introduction des médicaments modernes. »
D. Rapoport, M.D.

La tendance à prescrire des médicaments pour les étapes normales de la vie d’une personne, ses états d’âme et ses émotions, est en hausse. Les conditions propres à la nature humaine sont de plus en plus médicalisées par les promoteurs de remèdes en manque de clientèle. C’est ce qui ressort de l’ouvrage bien documenté de Jean-Claude St-Onge, « L’envers de la pilule », publié aux Éditions Écosociété (2002).

L’auteur précise que cette tendance inquiétante est aussi associée à la présence sur le marché de médicaments dits « de confort » ou « style de vie ». Viagra fait partie de cette catégorie, tout comme les médicaments contre la calvitie et l’obésité de même que les antihistaminiques.

Dans le discours de l’industrie pharmaceutique, toute contrariété est maintenant insupportable, la souffrance psychique est pratiquement une maladie mentale et chaque émotion possède son médicament approprié.

Autre dénomination, nouvelle maladie

En 1987 et 1994, le DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), la bible des psychiatres américains, a introduit 77 nouvelles maladies mentales. Pour introduire ces nouvelles maladies, il a fallu changer la définition de ce qu’est un malade. Il suffit à présent de ressentir un malaise pour être étiqueté de malade. Et, bien sûr, pour chaque maladie, il doit y avoir un remède, préférablement une ou des pilules. De la difficulté à la dysfonction, on a glissé vers la maladie.

L’auteur relate quelques exemples de nouvelles dénominations :

  • La timidité est reclassée sous l’expression de « phobie sociale ».
  • la naturelle régurgitation des bébés est devenue le « reflux oesophagien pathologique ».
  • la naturelle sénescence devient une « insuffisance de circulation cérébrale ».
  • le trouble du stress de la loterie est lié au « traumatisme du billet perdant ».

Cas des antidépresseurs

Le nombre de personnes dépressives a été multiplié par sept entre 1970 et 1996. En France et aux USA, le nombre de consultations avec prescription d’antidépresseurs a quasiment doublé entre 1980 et 1989. Les femmes sont trois fois plus nombreuses que les hommes à prendre ces pilules. Des millions d’enfants américains et canadiens en consomment. Bien que ces médicaments ne soient pas indiqués comme traitement de première ligne pour la dépression légère chez les adultes, on les prescrit quand même de façon massive.

Deux raisons expliquent cette hausse de la consommation des antidépresseurs :

  • En 1990, l’OMS a mis au point des programmes de formation rapides, d’une durée d’une demi-journée, pour permettre aux médecins de poser un diagnostic en un temps très bref à partir de guides cliniques. En permettant aux médecins généralistes de traiter la dépression, l’offre d’antidépresseurs a été multipliée plusieurs fois.
  • Les sociétés pharmaceutiques ont culpabilisé les médecins en leur répétant que la montée des suicides est liée au fait qu’ils ne prescrivent pas assez d’antidépresseurs. Certains experts lobbyistes ont même lancé de fausses rumeurs, telles que le fait qu’un dépressif, même soigné, connaît inévitablement des rechutes, ou que 50 à 70% des suicides seraient dus à des dépressions non traitées.

Les femmes : cibles de choix pour l’industrie pharmaceutique

Selon l’auteur, les femmes sont particulièrement visées par ces efforts de médicalisation des événements de la vie. Autrefois, elles visitaient leur médecin au moment de la grossesse, maintenant elles le consultent au sujet de la contraception et de la ménopause. On parle d’ailleurs de la « périménopause », une nouvelle affection qu’on tente maintenant de populariser. Les femmes deviennent donc de grandes consommatrices de pilules pendant de très longues périodes de temps, ce qui les rend extrêmement vulnérables.

  • La ménopause et l’hormonothérapie

Avec l’hormonothérapie substitutive, un pas de plus a été franchi vers la médicalisation des étapes de la vie. Pourtant un grand nombre de femmes (75%) ne présentent aucun symptôme pénible ou gênant durant la ménopause. C’est surtout en jouant sur la peur du vieillissement que l’hormonothérapie substitutive est vendue aux femmes. Cette thérapie est proposée pour prévenir des maladies qu’elles pourraient développer mais aussi et surtout pour maintenir et améliorer leur apparence physique. Pourtant les effets indésirables du traitement (hormonothérapie substitutive) sont nombreux : maux de tête, nausée, changement d’humeur, infection génito-urinaire, caillot de sang aux jambes, problème de vésicule biliaire, sensibilité mammaire. De plus, le consensus est loin d’être universel, plusieurs médecins mettant en garde contre l’utilisation irresponsable de l’hormonothérapie.

  • Le spectre de l’ostéoporose : la promotion d’une maladie

En médicalisant la perte de densité osseuse (pas uniquement due à la diminution des hormones), on médicalise un phénomène normal qui survient avec le vieillissement tant chez les hommes (qui en sont moins affectés) que chez les femmes.

  • La dysfonction sexuelle chez les femmes (DSF)

Un fort pourcentage de femmes âgées entre 18 à 59 ans (plus de 40%) souffrirait de dysfonction sexuelle. D’où provient cette statistique ? D’une étude menée aux États-Unis où on a demandé à 1500 femmes de répondre par oui ou par non à 7 questions. Si elles répondaient oui à une seule des questions, elles étaient classifiées comme ayant un problème de dysfonction sexuelle. Il en était ainsi si elles avaient éprouvé pendant 2 mois ou plus durant l’année précédente des problèmes tels que le manque de désir sexuel, l’anxiété au sujet de leur performance sexuelle, ou des difficultés de lubrification (Journal of the American Medical Association, 1991).

Publicité douteuse

  • Une publicité présente la ménopause comme une déficience ou une insuffisance hormonale qu’il faut traiter pour assurer une meilleure qualité de vie, pour se sentir véritablement féminine.
  • Une publicité pour les anxiolytiques montre une jeune fille faisant son entrée à l’université et affiche le message suivant : « tout un nouveau monde ... d’anxiété s’ouvre à vous. »

La publicité laisse croire qu’en achetant des pilules on achète la jeunesse, la beauté, la santé et la puissance sexuelle.

Portrait de l’industrie pharmaceutique

  • Prétend être innovatrice alors que la vaste majorité des « nouveaux » médicaments sont des versions légèrement modifiées des produits existants.
  • Manipule l’opinion publique et fait reculer les gouvernements lorsque les décisions de ces derniers vont à l’encontre de ses intérêts.
  • Dépense des fortunes pour mousser la vente de ses produits.
  • Diffuse de l’information douteuse, parfois mensongère, pour convaincre le public de consommer plus de pilules.
  • Vend un produit qu’elle sait pertinemment n’être pas (ou très légèrement) plus efficace que les autres.
  • Supprime parfois des résultats de recherche gênants et tend à minimiser les effets indésirables.
  • Biaise les essais cliniques (incompatibilité entre les buts commerciaux et les buts scientifiques) et en restreint leur nombre (grande simplicité et durée trop limitée).

Risques associés à la prise de médicaments

«  Si prendre un médicament nécessaire est dangereux mais sage et inévitable, prendre un médicament inutile est dangereux, imprudent et évitable. »

Tout médicament comporte des risques. Ces risques sont à présent plus élevés car l’industrie pharmaceutique s’oriente davantage vers la recherche du profit et non vers celle du bien-être de la population. En vrac quelques-uns de ces risques :

  • Certains types de médicaments émoussent notre habileté naturelle à rebondir et à surmonter les épreuves.
  • En 1992 : 5 à 20% des admissions à l’hôpital sont le résultat des effets indésirables des médicaments.
  • Les médicaments occuperaient entre la quatrième et la sixième place dans la hiérarchie des causes de mortalité.
  • Nombre de médicaments sont utilisés à mauvais escient.

Recommandations principales de l’auteur

  • Il est préférable de s’abstenir de certains traitements chez les bien-portants lorsque les preuves de leurs bienfaits sont insuffisantes.
  • Faire preuve d’un sain scepticisme et se méfier des assurances que nous donnent les organismes de contrôle, certains experts, les compagnies et les politiciens sur l’innocuité des nouveaux médicaments et des dispositifs médicaux.

En conclusion, l’auteur observe avec justesse que la pire catastrophe humanitaire reste celle de ces milliers d’enfants de moins de cinq ans qui meurent chaque jour de maladie dans le tiers-monde, faut de médicaments à prix abordables.

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Published by VIOLENCE A L'HOPITAL - dans DERIVE DE LA MEDECINE
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