Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 17:22

 

 

 

Plusieurs étudiants universitaires prennent du Ritalin pour réussir leurs examens. Est-ce dangereux pour leur santé?

Expert invité : Jean-Louis Brazier, pharmacologue

Les drogues de l’intelligence, des médicaments avant tout

Le Ritalin fait partie d’une famille de médicaments appelés « nootropes », mieux connus sous le nom de drogues de l’intelligence ou « smart drugs ». On les emploie pour soigner des troubles et maladies tels que le déficit d’attention, la dépression, la maladie de Parkinson et la maladie d’Alzheimer.
Ces médicaments agissent sur les neuromédiateurs - dopamine, sérotonine, noradrénaline - qui assurent la transmission et la régulation des influx nerveux à l’intérieur du cerveau et qui contrôlent donc des phénomènes comme la mémoire, l’humeur et la concentration. L’utilisation des nootropes vise à combler le déficit de l’un ou l’autre de ces neuromédiateurs. Une personne dépressive, par exemple, peut souffrir d’une carence en sérotonine; le nootrope approprié corrigera ce déficit.
Trois conditions médicales justifient l’usage du Ritalin chez un individu : le déficit d’attention avec hyperactivité chez l’enfant, la narcolepsie chez l’adulte (somnolence diurne extrême et soudaine) et la dépression qui, à un certain âge, peut être traitée efficacement par ce médicament. De façon générale, le Ritalin est reconnu pour ses effets sur l’augmentation de la concentration intellectuelle et de la mémoire.

Le Ritalin pour être plus performant?

Afin d’augmenter leur performance intellectuelle, certains étudiants ne présentant aucune condition médicale consomment du Ritalin, entre autres. Plusieurs adultes de tous âges y auraient aussi recours pour être plus efficaces au travail et ainsi favoriser l’avancement de leur carrière. Le Ritalin produit-il le même effet chez ces personnes que chez celles qui en ont réellement besoin?
Il faut savoir que la très grande majorité des tests cliniques ont été effectués auprès de personnes malades. Très peu d’études ont observé les effets de ces médicaments sur des personnes en bonne santé, et aucune ne s’est penchée sur les effets à long terme de cette consommation. Aucune donnée probante n’indique que la prise de « smart drugs » par des personnes ne souffrant d’aucune carence puisse augmenter leurs capacités intellectuelles. La consommation de ces médicaments peut aussi entraîner des effets secondaires importants et potentiellement dangereux.

Des effets secondaires dévastateurs

La prise d’un nootrope chez une personne en bonne santé augmente la production « normale » des neuromédiateurs, provoquant éventuellement un dérèglement de ce système complexe. À force d’être stimulés artificiellement, les récepteurs peuvent devenir, en quelque sorte, « paresseux », devenir moins productifs. Ce phénomène est appelé « downregulation » (régulation à la baisse).
Ces médicaments peuvent également entraîner une dépendance physique ou psychologique et causer des dommages importants au foie ou aux reins. La prise de médicaments contenant de la sérotonine, en particulier, peut mener au syndrome sérotoninergique, soit un ensemble d’effets secondaires sur plusieurs fonctions organiques : augmentation de la tension artérielle, tachycardie, hallucinations, pertes de fonctions cognitives, tremblements, etc.
En l’absence de toute supervision médicale – ce sont les consommateurs eux-mêmes qui déterminent leur propre posologie et durée de leur « traitement » -, la prise de ces médicaments présente un risque important pour la santé. De plus, il peut être difficile pour un non-professionnel de reconnaître l’apparition de symptômes indiquant un effet secondaire potentiellement grave.

Comme le dopage dans le monde du sport

La consommation de nootropes pour améliorer les performances intellectuelles est comparable, à bien des égards, au dopage dans le domaine du sport de compétition. Pourtant, contrairement à ce dernier, aucune règle n’encadre ce genre de pratique dans les milieux universitaires et professionnels. La prise de « smart drugs » recèle pourtant cette même dimension morale quant à l’égalité des chances dans un contexte de compétitivité.
Les effets dévastateurs du dopage sur la santé des sportifs d’élite ont été largement démontrés : les drogues facilitent la victoire… mais seulement à court terme.

Jusqu’à 30 % des étudiants universitaires et des chercheurs académiques prendraient des médicaments dans le but d’améliorer leur performance scolaire, d’après plusieurs sondages menés dans différents pays. Face à l’ampleur du phénomène, un psychologue australien écrivait récemment dans le British Journal of Medecine que les universités ne tarderont pas à soumettre leur étudiants à des tests antidopage…

Source : Nature, 2008. http://arstechnica.com/science/news/2008/04/performance-enhancing-drugs-reach-academia.ars; British Journal of Medecine, septembre 2009.

Partager cet article

Repost 0
Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans LES PILULES DU MALHEUR
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : VIOLENCES VECUES A L'HOPITAL PAR LES PATIENTS
  • VIOLENCES VECUES A L'HOPITAL PAR LES PATIENTS
  • : - Les violences morales : ordres, interdictions, reproches, indifférence, privation de visites, humiliation, infantilisation… - les violences par excès par négligences : absence de prise en compte de la douleur, acharnement thérapeutique, excès de médicaments… - les violences physiques : toilettes imposées, cris, gifles, sévices sexuels… - les violences matérielles : vols d’agent ou d’objets, matériel non adaptés… - le non-respect du consentement : cette question et ce
  • Contact

Présentation

Recherche

Archives

Liens