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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 19:15

La responsabilité des décideurs au niveau gouvernemental et institutionnel est différente de celle des médecins praticiens. Les décisions des premiers concernent des populations, celles des seconds des personnes. L’efficacité d’un médicament ou d’un acte, d’un programme doit avoir été démontrée sur une population avant que sa prescription soit autorisée, mais une prescription qui au plan statistique est efficace au niveau d’une population ne l’est pas nécessairement pour une personne donnée. Au niveau gouvernemental et institutionnel, aucun produit, aucun acte ne peuvent être autorisés et conseillés s’il existe un doute sur leur efficacité et leur efficience pour la population. Au niveau du prescripteur, un doute subsiste presque toujours sur l’utilité pour une personne d’un produit ou d’un acte dont l’efficacité est connue pour une population. Sa prescription ou sa réalisation impliquent toujours le consentement éclairé du sujet souffrant qui, parfaitement informé des bénéfices et des risques qu’il peut raisonnablement escompter d’une prescription, devrait toujours être le décideur final.

En pratique ces responsabilités différentes au niveau individuel et populationnel, sont loin d’être toujours assumées.

Au niveau individuel, pour de multiples raisons les prescripteurs ne peuvent accomplir totalement leurs missions : leurs connaissances ne sont pas toujours actualisées ; leurs revenus sont fonction du volume de leurs prescriptions ; ils sont soumis à la pression des demandeurs et ne disposent pas du temps nécessaire pour informer correctement les patients. Peu enfin acceptent que les décisions de ne rien faire ou de choisir les actions à entreprendre soient laissées aux patients.

Au niveau de la population, les mises sur le marché par les gouvernements de dispositifs médicaux ou de médicaments dont l’efficacité n’a pas été démontrée avec certitude au plan statistique ou dont le rapport bénéfices/risques pour la population n’est pas satisfaisant sont fréquentes. Il en est également de même pour les programmes de santé publique dans les domaines de la prévention et du dépistage.

Les quatre exemples précités illustrent ces insuffisances :

- Les statines ont dans leurs indications officielles les hypercholestérolémies alors que la responsabilité du cholestérol en pathologie cardiovasculaire est contestée et l’efficacité de la prescription de ces médicaments en prévention primaire n’a pas fait la preuve de son efficacité.

- Aucune information fondée sur des données scientifiques expérimentales et sur l’avis d’experts indépendants et non sur ceux des industriels ou des experts avec lesquels ils collaborent, n’est donnée à la population sur les risques et les bénéfices de la vaccination contre les papillomavirus.

- Pas davantage sur le dépistage du cancer du sein qui depuis des années, est contesté. Les institutions publiques ne tiennent pas compte de ces critiques et continuent à inciter toutes les femmes de 50 à 74 ans à se présenter dans les centres de dépistage. Qui plus est l’assurance-maladie verse des honoraires supplémentaires pour chaque prescription d’une mammographie aux médecins qui, pour la plupart, ont accepté d’être payé « à la performance ».

- L’assurance-maladie rembourse toujours le plus souvent à 100 % les médicaments inutilement prescrits dans la maladie d’Alzheimer et finance des consultations qui n’ont d’utilité que pour la recherche scientifique.

Dans ces quatre cas comme en bien d’autres, les recommandations gouvernementales et les informations transmises à la population ne tiennent pas compte des connaissances scientifiques objectives et trompent la population sur l’efficacité des conseils et des actions proposées.

Deux raisons expliquent cette situation. En premier lieu les autorités politiques en France décident de la mise sur le marché de médicaments ou de dispositifs médicaux sous la pression des industriels et des experts médicaux qui ont des intérêts financiers communs, sans prendre en compte les avis d’experts indépendants. Résultats : sont commercialisés et promus par les visiteurs médicaux et les universitaires leaders d’opinion des produits sans efficacité et dangereux ou bien encore les indications des médicaments sont considérablement élargies pour accroître le volume de leurs ventes bien au delà des situations où ils peuvent être utiles. Ce fut le cas des statines.

En second lieu, les programmes de santé sont élaborés par des spécialistes, le plus souvent sans expérience pratique de la médecine, car ils n’ont pas vécu la relation médecin malade du côté des médecins, qui s’appuient, pour la réussite de leurs projets et le développement des institutions qui les rémunèrent, sur des données épidémiologiques souvent contestables et le désir d’imposer une idéologie sanitaire faisant la part trop belle à la prévention médicale. La peur de la maladie, l’angoisse de la mort et la désinformation sont les moyens privilégiés pour la réussite de leurs projets qui requiert l’utilisation de tous les médias notamment de la télévision. Ce fut le cas les années passées de la vaccination contre les papillomavirus, et aujourd’hui des dépistages des cancers colorectaux, du sein et de la maladie d’Alzheimer.

Conclusion

Dans un pays en quasi faillite, où l’état de santé de la population se dégrade principalement pour des raisons économiques et sociales, la qualité des soins ne s’améliore pas alors que le volume des soins continue de croître. Cette situation a un coût humain : des dizaines de milliers de décès évitables et un surplus des dépenses de santé atteignant par comparaison avec les autres pays européens deux points du PIB, soit 40 milliards. Ni les responsables politiques ni les professionnels des soins ni la population ni les malades ne semblent avoir pris conscience de la gravité de cette situation. Lorsque les illusions se dissiperont enfin sur les choix politiques et les pratiques médicales, de profonds changements de l’organisation des soins et de la santé publique apparaitront nécessaires.

Pr Claude Béraud

Sources

Gotzche PC : Efficacité et effets indésirables des produits de sante données confidentielles ou d’intérêt public ?» Revue Prescrire Conférence –débat .Pilule d’or 2013 (disponible sur Internet)

Michel de Lorgeril :  Prévenir l’infarctus, Thierry Souccar éditions, 2011 : page 198.

Philippe Even : La vérité sur le cholestérol, Cherche Midi, 2013 : page 209.

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans DERIVE DE LA MEDECINE
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