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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 11:56


Il n'y a pas que les antidépresseurs. Georges- Alexandre Imbert, président de l'Association d'aide aux victimes des accidents des médicaments (AAA-VAM) - dont le fils s'est suicidé - accuse pour sa part les benzodiazépines, c'est-à-dire les somnifères. L'association recense chaque année des centaines de témoignages de patients traités aux psychotropes pris de délire, d'accès de violence ou se suicidant. «La plupart prenaient du Valium, du Xanax ou du Stylnox, affirme Imbert. Comme ce vieillard de 75 ans qui a tué sa femme de 17 coups de couteau ou ce journaliste parisien qui, victime d'une crise inexpliquée, a menacé sans raison un agent de la circulation de lui faire avaler son képi et de tuer sa mère, ce qui lui a valu un séjour derrière les barreaux et un procès pour insubordination.» Richard Durne, le forcené qui a abattu huit personnes dans la salle du conseil municipal de Nanterre en mars 2002, était lui aussi un dépressif chronique. C'est également le cas de l'un des deux jeunes auteurs du massacre perpétré en 1999 au lycée de Columbine, dans le Colorado (12 morts), pour lequel on invoque aujourd'hui l'influence de l'antidépresseur Luvox avec lequel il était traité.

 

Une centaine de dossiers de l'AAA-VAM concernent ainsi des cas d'enfants ou de jeunes adultes. Camille, 16 ans, est depuis trois mois plongée dans un coma profond après une tentative de suicide au Stylnox. Toxicomane à l'héroïne, elle s'était fait prescrire ce somnifère pour prévenir les crises de manque. «Le médecin qui a soigné ma fille ne nous a jamais mis en garde contre les dangers de ce produit et n'avait manifestement pas une formation adaptée», accuse aujourd'hui son père.

 

Le phénomène est d'autant plus inquiétant que la moitié des psychotropes administrés aux enfants en France n'ont été testés que sur des adultes et sont contre-indiqués aux moins de 15 ans. Les laboratoires renâclent à se lancer dans des essais cliniques sur les mineurs, très chers et très complexes à réaliser car il nécessitent le consentement des parents. D'autant plus que le marché des moins de 15 ans n'est pas très lucratif: ces derniers représentent 20% de la population mais consomment seulement 5% des médicaments. Cela n'empêche pas les médecins de prescrire aux jeunes des médicaments pour adultes, sous leur propre responsabilité, en adaptant souvent les posologies au jugé, en fonction de l'âge du patient. «Le problème, c'est que ces produits n'agissent pas de la même façon dans les cerveaux infantiles en formation, explique Bernard Golse. L'absorption d'une molécule par l'organisme, sa transformation et son effet neurologique sont très différents avant l'âge adulte et après 25 ans.»

 

Face à toutes ces dérives, les autorités sanitaires tentent aujourd'hui de prendre des mesures. La FDA impose depuis l'automne aux fabricants d'antidépresseurs d'imprimer sur leurs boîtes de pilules un avertissement sur les risques de «comportements violents ou suicidaires». L'Agence européenne du médicament recommande aux médecins de ne plus prescrire de psychotropes aux moins de 18 ans, sauf pour les cas les plus graves, traités en milieu spécialisé. C'est aussi l'avis de Philippe Douste-Blazy : le ministre de la Santé envisage d'imposer cette mesure dans le cadre de son plan pour la santé mentale, présenté le 4 février.


Associer une psychothérapie aux médicaments

Il ne faut pourtant pas diaboliser les psychotropes, estime le Dr Xavier Pommereau : ils sont souvent indispensables pour débloquer une situation de crise et permettre à l'adolescent de reprendre pied. Mais ils ne doivent pas être la seule réponse à la détresse. Les tentatives de suicide sont le résultat d'une mauvaise prise en charge plutôt que de l'usage d'un produit.» Tous les spécialistes le répètent : les pilules ne soignent que les symptômes, elles ne traitent pas les problèmes familiaux ou affectifs de l'adolescent, la cause de sa dépression. C'est pourquoi la plupart d'entre eux associent systématiquement une psychothérapie aux médicaments. «Il n'y a rien de pire que l'ado traîné par ses parents chez le médecin, qui se voit prescrire une pilule sans qu'on prenne la peine de l'écouter, peste le pédopsychiatre Marcel Rufo. En psy, ce qui soigne, c'est le temps.» Il a fallu des années d'excès pour apprendre la prudence avec les antibiotiques. Il va falloir l'apprendre avec les psychotropes.


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Published by VIOLENCE A L'HOPITAL - dans LES PILULES DU MALHEUR
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