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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 19:14
5 février 2013 
Trois associations, la revue Prescrire, et la pneumologue Irène Frachon ont demandé un moratoire sur les travaux des experts.
Trois associations, la revue Prescrire, et la pneumologue Irène Frachon ont demandé un moratoire sur les travaux des experts. (Photo Vincent Nguyen)

Récit Les spécialistes chargés de statuer sur les indemnisations des victimes sont soupçonnés d’avoir minimisé des cas de valvulopathies.

Ya-t-il un nouveau scandale Mediator ? L’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) a dû réunir d’urgence, hier, son conseil d’orientation pour faire le point sur les nouvelles accusations pesant sur le collège d’experts qui statue sur l’indemnisation des victimes présumées du Mediator. Déjà critiqués pour avoir rejeté 93% des dossiers traités, les experts sont à nouveau pointés du doigt : comme l’a révélé jeudi l’Agence de presse médicale (APM), ils auraient minimisé la gravité des valvulopathies de plusieurs patients.

Dans la foulée, trois associations de victimes, la revue médicale Prescrire, et la pneumologue Irène Frachon ont demandé lundi à la ministre de la Santé, Marisol Touraine, de «mettre fin au déni des faits et au tripotage des dossiers» et de décréter un «moratoire sur les travaux du collège d’experts», composé pour l’essentiel de médecins cardiologues et pneumologues. Le député PS Gérard Bapt, qui a présidé la mission parlementaire sur le Mediator, a réclamé de son côté la «démission collective» des experts.

Vidéo. Tout est parti d’une conférence de presse organisée jeudi par le collège pour défendre son bilan. Selon l’APM, l’un des experts, le cardiologue Jean-Jacques Blanc, y a déclaré que la gravité des valvulopathies (classées de 1 à 4) avait été «régulièrement» révisée à raison d’«un ou deux» cas par semaine, en réinterprétant les échographies cardiaques qui figurent dans le dossier des patients.

Le problème, c’est que «dans la plupart des cas, la gravité a été revue à la baisse, du grade 2 au grade 1. Et comme il est difficile d’attribuer au Mediator les valvulopathies mineures, cela change complètement les conclusions», déplore le pneumologue Philippe Hervé, qui a démissionné du collège d’experts en raison de désaccords méthodologiques. Selon lui, ces révisions sont d’autant plus contestables que les experts n’avaient pas la vidéo de l’échographie cardiaque, mais seulement des comptes rendus ou des photocopies. Le professeur Jean-Luc Monin, président de la filiale échocardiographie de la Société française de cardiologie, confirme qu’il est difficile, et souvent «impossible», de réévaluer une valvulopathie sans regarder la vidéo. «En cas de doute, la méthode la plus fiable consiste à refaire une échographie», explique cet éminent expert, ajoutant qu’un passage du grade 2 au grade 1 ne devrait «vraisemblablement» pas influer sur la décision d’indemnisation.

Les avocats des victimes disent pourtant avoir repéré plusieurs cas problématiques. «Certains refus sont incompréhensibles», dénonce Me Jean-Christophe Coubris, qui a déposé un millier de dossiers à l’Oniam. L’une des patientes qu’il représente a ainsi été retoquée par les experts, alors que sa valvulopathie avait été attribuée au Mediator par les experts judiciaires dans le cadre de l’instruction en cours à Paris. Dans un autre dossier, un patient a vu sa valvulopathie revue à la baisse (du grade 2 au grade 1), et sa demande d’indemnisation rejetée par les experts. Ce patient est alors allé consulter un des meilleurs spécialistes, le professeur Christophe Tribouilloy, qui a confirmé que la fuite était bien de grade 2.

Guérilla. Un troisième cas, portant cette fois sur une valvulopathie grave, scandalise Irène Frachon, la pneumologue qui a révélé le scandale du Mediator. Le dossier de cette patiente, qui a dû subir une opération de remplacement des valves du cœur, a été rejeté par les experts, car sa pathologie serait liée à des rhumatismes. «Ce cas correspond à la virgule près aux caractéristiques de la valvulopathie au Mediator, estime Irène Frachon. On ne peut plus laisser ce collège s’enfoncer dans l’imposture. Plus rien ne garantit l’équité de ses décisions.»

Les experts assurent au contraire travailler dans les règles de l’art. Selon un membre du collège, il n’y a eu qu’«une dizaine de cas» réévalués sur 836, et ils l’ont été «pour moitié à la hausse et pour moitié à la baisse». «Lorsque nous avons revu des dossiers, c’est uniquement lorsque le cardiologue n’avait pas chiffré le grade de la fuite, ou lorsqu’il y avait une forte discordance entre le diagnostic et les résultats de l’échographie», assure-t-il. Selon Erik Rance, directeur de l’Oniam, le conseil d’orientation qui s’est réuni hier «n’a pas remis en cause» la méthode du collège. Le ministère de la Santé, resté muet sur le sujet, n’a pas retourné nos appels.

Cette affaire fait suite à la guérilla engagée fin 2012 contre les méthodes des experts. Le collège a en effet décidé d’indemniser seulement 14% des patients atteints de valvulopathies, alors que les dernières études épidémiologiques montrent que 75% des valvulopathies aortiques sont attribuables au Mediator. Ce décalage a créé des tensions au sein du collège, les pneumologues réclamant une remise à plat méthodologique. Ce sont ces nouvelles règles que le collège a détaillé jeudi. Sans parvenir à calmer les critiques des associations, qui réclament un réexamen de certains dossiers, voire une modification de la loi qui fixe les règles d’indemnisation.

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans DERIVE DE LA MEDECINE
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