Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 16:48

 

 

Une souris de laboratoire (Woodleywonderworks/Flickr/CC)

Avant d’être commercialisés, les médicaments sont testés sur des rats, puis sur des humains. Mais dans les deux cas, les cobayes sont des mâles. Trop compliqué, une femelle. Résultat : effets secondaires, nocivité et efficacité ne sont qu’« extrapolés » aux femmes. Certains scientifiques dénoncent un « biais sexuel » qui fausse les études.

Quand vous prenez un médicament, vous nepensez pas aux rats. C’est ingrat. Car il en a fallu des bestioles de laboratoire pour permettre à ce médicament d’arriver dans vos mains confiantes. Enfin, confiantes, ça se discute.

L’expérimentation animale est-elle aussi fiable que l’industrie pharmaceutique voudrait nous le faire croire ? Entre un humain et un rat, il y a déjà beaucoup de différences. Mais il y en a encore plus s’ils ne sont pas du même sexe.

Logiquement, on s’attendrait à ce que la parité soit respectée chez les cobayes. Pourtant, non. Cela a été prouvé par deux chercheurs de l’université de Californie, Annaliese Beery et Irving Zucker. Ils ont analysé plusieurs centaines d’articles scientifiques parus en 2009, et leur conclusion est formelle : la majorité des études sont effectuées sur des rats mâles.

Huit disciplines sont particulièrement concernées, parmi lesquelles l’endocrinologie, l’immunologie, la physiologie, mais surtout les neurosciences et la pharmacologie. Dans ces secteurs, les expériences sur des rats sont réalisées cinq fois plus souvent avec des mâles qu’avec des femelles.

Les cycles menstruels, ces grands perturbateurs

Ce n’est pas par galanterie que les chercheurs épargnent les rongeurs du beau sexe. La raison est plus terre à terre : une rate, comme tout mammifère de sexe féminin, est soumise à des cycles menstruels. Or, pour analyser l’effet d’un médicament, il faut limiter au minimum les autres variables. Si on étudie cinquante rates, chacune dans une phase différente de son cycle, impossible de contrôler les hormones.

Une solution serait d’avoir des animaux synchronisés. Mais, vu que les rates ont des cycles de quatre jours, il en faudrait quatre fois plus que de rats. Bref, les femelles, c’est plus compliqué, plus long, et donc plus cher à étudier. Pour simplifier, on prend des mâles, et ça arrange tout le monde.

Quand les médicaments sont testés sur des humains, la parité est un peu plus respectée, mais pas tant que ça : 60% des essais sont menés à la fois sur des hommes et des femmes, mais les 40% restants le sont majoritairement sur des hommes.

Les femmes, autant que les rates, « constituent un groupe inhomogène, fastidieux à étudier, avec de nombreux facteurs confondants », résume Antoinette Pechère-Bertschi, chercheuse à l’université de Genève 2. Plus simple, donc, de tester des hommes provenant de « cohortes faciles d’accès comme les vétérans ou recrues d’armée ».

En somme, la plupart des chercheurs supposent que les résultats obtenus sur des mâles s’appliquent aux femelles. Hypothèse contestable, pas besoin d’être prix Nobel de médecine pour le dire.

79% des antidouleurs ne sont testés que sur des mâles

Pourtant, bon nombre de prescriptions médicales destinées aux femmes reposent sur des essais entièrement conduits sur des hommes. Exemple parmi d’autres : 79% des antidouleurs ne sont testés que sur des mâles. Et si les réactions à la douleur dépendaient du sexe ? Nul ne s’en soucie.

Même quand il s’agit d’étudier des pathologies reconnues comme affectant différemment les deux sexes, la parité n’est pas respectée, selon Annaliese Beery et Irving Zucker :

« Les femmes ont 2,25 fois plus de problèmes d’anxiété que les hommes […] et la majorité des anxiolytiques sont testés sur des rats mâles. »

Par ailleurs, on sait les femmes plus sensibles que les hommes aux effets secondaires des médicaments. Mais pourquoi ? A cause de leur fragilité congénitale bien connue ? Ou plutôt, comme le pensent certains scientifiques, parce que les effets secondaires sont surtout étudiés sur des cobayes masculins ?

La recherche n’échappe pas aux schémas sociaux

Ces problèmes ne concernent pas que les médicaments. Des substances potentiellement toxiques, il y en a partout : dans les gaz d’échappement, les emballages plastiques, la nourriture industrielle… Pour chacune, il a été défini une dose maximale admissible en dessous de laquelle les risques pour la santé sont supposés négligeables.

D’où vient-elle ? D’expérimentationssur des rats – majoritairement mâles, cela va de soi. Et c’est à partir de là que l’on fixe des normes qui, elles, sont identiques pour les hommes et les femmes. Cela alors même que plusieurs scientifiques affirment, comme l’épidémiologue canadien Tye Arbuckle 3, que :

« Les hommes évacuent les produits chimiques plus rapidement que les femmes. »

Il ne faudra pas s’étonner qu’une même dose soit inoffensive pour un homme et toxique pour une femme.

Au fond, si le sexe féminin est négligé dans les études médicales, ce n’est pas seulement pour les raisons techniques évoquées plus haut. En filigrane, il y a aussi l’idée que ce qui est valable pour un mâle l’est forcément pour une femelle.

Car la recherche scientifique n’est pas un monde clos, elle reflète aussi les schémas sociaux. Si la femme était vraiment l’égale de l’homme, la rate de laboratoire serait moins négligée. Elle mérite pourtant, comme son compagnon, une place d’honneur au Panthéon de la recherche médicale. Pensez-y enouvrant la boîte à pharmacie.

Partager cet article

Repost 0
Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans LES PILULES DU MALHEUR
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : VIOLENCES VECUES A L'HOPITAL PAR LES PATIENTS
  • VIOLENCES VECUES A L'HOPITAL PAR LES PATIENTS
  • : - Les violences morales : ordres, interdictions, reproches, indifférence, privation de visites, humiliation, infantilisation… - les violences par excès par négligences : absence de prise en compte de la douleur, acharnement thérapeutique, excès de médicaments… - les violences physiques : toilettes imposées, cris, gifles, sévices sexuels… - les violences matérielles : vols d’agent ou d’objets, matériel non adaptés… - le non-respect du consentement : cette question et ce
  • Contact

Présentation

Recherche

Archives

Liens