Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 18:39
En 2008, le Dr Michaël guyader, psychiatre, est entré en résistance : il s'oppose farouchement à l'hôpital prison et veut continuer à soigner ses patients avec humanité.
Par
Brigitte
Bègue

« Je suis d’accord pour cette rencontre. » Depuis deux ans, le Dr Michaël Guyader s’est promis de ne refuser aucune proposition d’interview. L’enjeu est trop important. Et l’homme est en colère. Le 8 décembre 2008, ce psychiatre, chef de service dans un hôpital psychiatrique de l’Essonne, a écrit une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy pour dénoncer sa dérive sécuritaire.« Il a souillé la souffrance de nos patients en les désignant à la vindicte populaire comme dangereux », déplore-t-il.

Rappel des faits : en novembre 2008, un patient schizophrène s’enfuit de l’hôpital psychiatrique de Grenoble et poignarde un étudiant. Le 2 décembre, Nicolas Sarkozy annonce son projet de réforme de la psychiatrie : multiplication d’unités fermées, de chambres d’isolement, d’internements et de soins sous contrainte, sorties de plus en plus encadrées, instauration d’une sorte de « garde à vue » psychiatrique de soixante-douze heures, à l’issue de laquelle soit le patient est hospitalisé, avec ou sans son consentement, soit il rentre chez lui, avec obligation de se faire soigner dans un centre médico-psychologique.« On peut se dire que les personnes n’iront pas, mais l’équipe soignante devra le signaler à l’hôpital, qui devra prévenir le préfet, s’inquiète le psychiatre. Ces propositions sont dégradantes. C’est au médecin de juger si un patient est dangereux ou non. »

Michaël Guyader a été le premier à réagir à « la politique de la peur », comme il dit, mais il n’est pas le seul. Un groupe de 39 psychiatres lui a emboîté le pas et a lancé une pétition* contre « la nuit sécuritaire », qui assimile la maladie mentale à la délinquance. Or, les chiffres sont là : en 2005, selon un rapport de la commission « Violence et santé mentale », sur 51 411 crimes et délits, seulement 212 ont fait l’objet d’un non-lieu pour irresponsabilité mentale, soit 0,4 %. A l’inverse, les patients psychiatriques sont presque 12 fois plus souvent victimes de crimes violents que la population générale, et ils subissent 140 fois plus de vols.« C’est méconnaître nos patients que d’amal­gamer la folie au danger qu’elle représente pour la société. Moi, je ne connais que des individus en souffrance. Les malades dont nous nous occupons sont avant tout des personnes fragiles, vulnérables, qui ont besoin qu’on s’occupe d’eux. Quand on prend soin d’eux, ils vont mieux », affirme le médecin.

-----
Pas de moyens pour les soins

A la suite du crime de Grenoble, l’Etat a octroyé en urgence 70 millions d’euros pour sécuriser les établissements psychiatriques. Le Dr Guyader sourit : « C’est totalement paradoxal au regard de la pénurie de moyens dans laquelle nous travaillons et sur laquelle nous alertons régulièrement les pouvoirs publics. On soigne qui avec seulement deux infirmières et une aide-soignante dans une unité de 30 lits ? Personne. »

Sauf que la conception de la psychiatrie est en train de changer depuis une vingtaine d’années, avec la disparition de l’internat en psychiatrie, la suppression du ­diplôme d’infirmier psychiatrique, l’érosion de l’enseignement de la psychopathologie… « On ne se pose plus la question du pourquoi de ce qui nous arrive, on veut des choses faciles à analyser, souligne Michaël Guyader. Aujourd’hui, il est de bon ton de dire que la maladie mentale est d’origine biologique. On traque le gène. Je ne suis pas contre les neurosciences, c’est formidable, mais on ne peut pas réduire la folie à cela. Notre travail ne peut pas se faire sans réflexion, sans tranquillité. Vouloir simplifier tout ce qui concerne l’humain est dangereux. » C’est pourtant la tendance, puisque même la timidité devient un trouble des conduites sociales et que les psychotropes prennent une place prépondérante.« Tout cela s’inscrit dans une tentative de mise à la norme, de classification, résume le Dr Guyader. Avec l’idée que si les malades mentaux prenaient leur traitement, ils ne passeraient pas à l’acte.

Des patients sous médicaments, je n’ai que ça dans mon service. Ça les apaise, mais ça ne suffit pas. Les choses sont bien plus complexes. »
Pour l’heure, le projet de loi sur la psychiatrie, déposé en mai 2010, n’a pas encore été voté. La pétition, qui a recueilli 30 000 signatures, y est peut-être pour quelque chose. Dans sa lettre à Nicolas Sarkozy, le Dr Guyader, lui, aura prévenu : « Face à votre violence, il ne reste, chacun à sa place, et particulièrement dans mon métier, qu’à résister autant que possible. »

Partager cet article

Repost 0
Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans PSYCHIATRIE
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : VIOLENCES VECUES A L'HOPITAL PAR LES PATIENTS
  • VIOLENCES VECUES A L'HOPITAL PAR LES PATIENTS
  • : - Les violences morales : ordres, interdictions, reproches, indifférence, privation de visites, humiliation, infantilisation… - les violences par excès par négligences : absence de prise en compte de la douleur, acharnement thérapeutique, excès de médicaments… - les violences physiques : toilettes imposées, cris, gifles, sévices sexuels… - les violences matérielles : vols d’agent ou d’objets, matériel non adaptés… - le non-respect du consentement : cette question et ce
  • Contact

Présentation

Recherche

Archives

Liens