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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 18:16

Il va être de plus en plus difficile pour Big Pharma d'étouffer les effets secondaires des antidiabétiques de dernière génération, présentés comme "mieux tolérés". Comme pour la pilule, attendons-nous à un rétropédalage en bonne et due forme de la part des autorités de santé. La seule question est de savoir "quand ?".

Januvia, Janumet, Byetta sont des antidiabétiques de dernière génération. Les firmes qui les commercialisent ont abreuvé les médecins de messages rassurants sur leur absence d'effets indésirables. De formidables médicaments qui traitent le diabète sans entraîner d'hypoglycémies ni de prise de poids, des effets secondaires pourtant fréquents chez les antidiabétiques.

Oui mais...

En Juillet 2011, la firme pharmaceutique Merck a tenté de bloquer une publication scientifique qui révélait des risques de pancréatites, c'est à dire des inflammations du pancréas potentiellement mortelle, et de cancers associés aux nouveaux antidiabétiques. Des effets secondaires très graves, inacceptables pour ce type de médicaments.
La firme Merck expliquait à l'époque qu'une telle publication "pourrait avoir un effet négatif sur la prise en charge des patients" et la firme Novo Nordisk de rajouter qu'un tel papier pourrait "démarrer une crise sanitaire dont on se passerait".

Dans un article récent, nous rapportions les conclusions d'une étude parue dans une revue médicale renommée, le JAMA Internal Medicine qui confirmait le signal de pancréatite associé à ces nouvelles classes de médicaments.

Des sociétés savantes très largement sponsorisées par les firmes qui commercialisent ces produits sont aussitôt intervenues pour défendre ces nouveaux produits.

Une étude à paraître dans un prochain numéro de la revue internationale Diabetes, signée par un auteur dont la réputation d'indépendance vis à vis des firmes n'est plus à faire, Peter Butler, relance encore le débat et risque bien de mettre le feu aux poudres.
Les auteurs de l'étude ont analysé des prélèvement sur le pancréas de personnes diabétiques en état de mort clinique qui prenaient ou non les nouveaux antidiabétiques de la famille des incrétines. Ils ont révélé une augmentation de la masse du pancréas chez les patients prenant les nouveaux antidiabétiques. Bonne nouvelle ! pourrait-on penser de prime abord puisque c'est justement le pancréas qui vient à défaillir dans cette maladie. Mais en médecine, un organe qui se met à pousser et à grossir tout seul n'annonce souvent jamais rien de très bon.

Dans ce cas précis, les auteurs expliquent que les deux types de cellules du pancréas qui régulent l'utilisation du sucre dans l'organisme se mettent à proliférer. L'augmentation de la masse du pancréas constatée (40% !!!) ne provient pas d'une augmentation de la taille des cellules qui le composent mais bien de leur prolifération très active.

Ils s'inquiètent tout particulièrement de la prolifération alarmante des cellules dites "alpha", de leur distribution anormale, et de lésions qui peuvent potentiellement évoluer en tumeur neuroendocrine. Il a même été relevé une tumeur de grade I caractéristique de cette prolifération cellulaire anormale très spécifique. D'autres microtumeurs caractéristiques ont été repérées chez d'autres participants de l'étude alors qu'aucune n'a été mise en évidence chez les patients diabétiques traités par des antidiabétiques classiques.

Les auteurs font d'ailleurs remarquer que la littérature médicale a déjà fait état de pancréatites associées à des proliférations anormales de ces cellules alpha.

Les survenues de cancers et de pancrétites rapportées par les autorités américaines seraient donc liées à ce même mécanisme.


Les leçons du Mediator auront-elles enfin été tirées ?

Sur le papier, il était évident que le Mediator, de par son métabolite commun avec l'Isoméride, allait entraîner des effets secondaires cardiaques. Il aura fallu attendre des années pour que l'on commence à regarder chez l'homme si l'on ne retrouvait pas les effets prédits par la pharmacologie avec les conséquences désastreuses que nous connaissons. Là aussi, il existe aujourd'hui un réel signal de cancérogénèse et de pancréatites associé aux antidiabétiques de dernière génération comme Januvia, Janumet et Byetta. Les causes de ce signal se confirment grâce aux examens des cellules pancréatiques pratiquées par le Professeur Butler et son équipe. Faudra-t-il attendre, comme pour le Mediator, des années avant que les autorités ne réagissent et commencent à s'interroger sur ces médicaments "miracles" ?

Peut-être pas.

Les autorités sanitaires commencent enfin à bouger !

Le 14 mars, les autorités de santé américaines ont ouvert une enquête sur le risque de cancer et de pancréatites imputables à Januvia, Janumet, Byetta.

Le 26 mars 2013, ce sont les autorités européennes qui lancent à leur tour une enquête, du fait de cete nouvelle publication.

Il serait intéressant de connaître la position des sociétés savantes si largement sponsorisées par les firmes qui ont défendu bec et ongles ces médicaments malgré l'émergence de signaux qui auraient du inciter à davantage de prudence.

Références

Marked Expansion of Exocrine and Endocrine Pancreas with Incretin Therapy in Humans with Increased Exocrine Pancreas Dysplasia and the Potential for Glucagon-Producing Neuroendocrine Tumors
Alexandra E Butler, Martha Campbell-Thompson, Tatyana Gurlo, David W Dawson, Mark Atkinson, Peter C Butler
Diabetes published ahead of print March 22, 2013, doi:10.2337/db12-1686

FDA Drug Safety Communication : FDA investigating reports of possible increased risk of pancreatitis and pre-cancerous findings of the pancreas from incretin mimetic drugs for type 2 diabetes, US FDA, 14/03/2013

European Medicines Agency investigates findings on pancreatic risks with GLP-1-based therapies for type-2 diabetes, European Medicine Agency, 26/03/2013

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans LES PILULES DU MALHEUR
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