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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 18:25

Par Catherine

LE PLUS. Les pilules contraceptives, toutes générations confondues, entraînent chaque année au moins 2.500 accidents et 20 décès prématurés de femmes. Éléonore est une de ces victimes. Sa mère Catherine* raconte le calvaire de sa fille décédée cinq mois après avoir commencé à prendre Varnoline, un contraceptif de dernière génération.

Varnoline, une pilule de la troisième génération (ISOPRESS/SIPA) 

Varnoline est une pilule de la troisième génération (ISOPRESS/SIPA)

 

Notre fille, Éléonore, étudiante en psychologie, est morte en 2007 d’une embolie pulmonaire. Elle avait 21 ans.

 

Première prescription : 12 plaquettes d’un coup !

 

Je n’ai pas compris comment cela avait pu arriver à une fille de cet âge, en bonne santé. Cinq mois plus tôt, son gynécologue lui avait prescrit Varnoline, une pilule de troisième génération. On venait de diagnostiquer à mon mari une mutation du facteur V de Leiden (anomalie qui peut causer des troubles de la coagulation, ndlr).  Éléonore a dû elle aussi subir des tests. Sa gynécologue lui a juste dit d’attendre les résultats avant de commencer la pilule. Éléonore n’était pas porteuse de cette mutation, alors elle a pris le contraceptif.

 

Pourtant, même sans cette anomalie, les antécédents familiaux étaient lourds : sa grand-mère avait eu une phlébite et son arrière-grand-mère une embolie. Qu’importe, la gynécologue lui a prescrit 12 plaquettes d’un coup ! À mon époque, on devait aller voir le médecin tous les trois mois pour une nouvelle prescription.

 

Une embolie pulmonaire dans le cabinet du médecin

 

Trois mois plus tard, elle a commencé à être très essoufflée à la fac. Il lui fallait 20 minutes pour monter des escaliers. Elle s’endormait en cours subitement, frappée d’anoxie (diminution importante de la quantité d'oxygène distribuée par le sang aux tissus, ndlr). Elle a fait une radio, le généraliste lui a diagnostiqué une bronchopathie et l’a mise sous antibiotiques. Elle allait de plus en plus mal. Lui disait que c’était dû au stress des examens. Il a aussi pensé, un temps, à une infection autour du cœur.

 

En trois semaines, elle a vu quatre fois le médecin. Je l’ai accompagné lors du dernier rendez-vous, car j’étais gagnée par l’inquiétude. Elle a fait une syncope dans son cabinet. Et là, l’embolie pulmonaire l’a terrassée, assortie de malaises cardiaques. Ma fille était bleue, marbrée, son nez pincé, son râle très fort. Elle se débattait tellement elle avait mal, je devais la tenir. J’ai supplié le médecin d’appeler le Samu. Lui continuait à invoquer le stress…

 

On a distribué les pilules comme des Smarties

 

Éléonore est décédée à l’hôpital. On a mis deux ans avant de porter plainte au civil contre notre médecin traitant, qui n’a pas diagnostiqué l’embolie. Sur son compte-rendu, il n’était même pas écrit qu’elle prenait la pilule. Mais je ne veux pas l’accabler lui seul, il a hérité d’une situation difficile. On a écrit à l’Afssaps (ancienne Agence du médicament) en 2007, elle ne nous a jamais répondu.

 

Maintenant, on va se tourner vers les pouvoirs publics et les laboratoires, et porter plainte comme l’a fait Marion Larat (première victime à avoir porté plainte contre le laboratoire Bayer et l’Agence du médicament, ndlr). Je vous mets au défi de trouver sur une notice de pilule la description des symptômes d’une embolie pulmonaire !  

 

Ces contraceptifs ont été distribués comme des Smarties, c’est allé beaucoup trop loin. Aux urgences où ma fille a été admise, il se disait déjà que la pilule était en cause. Pourtant, l’hôpital n’a jamais signalé son décès à l’Afssaps. Encore aujourd’hui, je suis sûre que les chiffres de l’Agence du médicament sont sous-évalués (2.500 accidents par formation de caillots dans les veines et 20 décès prématurés par an, ndlr) Combien d’autres victimes ont dû passer entre les mailles du filet ?  

 

 

 

Propos recueillis par Bérénice Rocfort-Giovanni.

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans LES PILULES DU MALHEUR
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