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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 13:38

 Par INisand (Express Yourself), publié le 15/01/2013 à 08:52, mis à jour à 09:15

Gynécologue au CHU de Strabourg et spécialiste internationalement reconnu, le Pr Israël Nisand dénonce l'attitude des pouvoirs publics concernant les pilules de 3e génération. Il l'explique dans une tribune que L'Express publie en exclusivité. 


Pilule contraceptive: "Marisol Touraine confond ce problème avec le scandale du Mediator"

"Tous les jours dans notre pays plus de cinq millions de femmes prennent la pilule contraceptive", rappelle le Pr Nisand, gynécologue.

FLICK'R/starbooze

Tous les jours dans notre pays plus de cinq millions de femmes prennent une contraception orale et font confiance à leur médecin pour les conseiller et les orienter dans le meilleur choix pour elles. Parmi ces femmes, la moitié utilise des pilules de 3e génération. Pas par inconscience ni pour faire plaisir à leur gynécologue, mais tout simplement parce qu'elles les supportent mieux. 

Pour ce faire, les médecins doivent eux mêmes avoir accès au meilleur de ce que la science permet pour trouver, sur mesure, la meilleure solution pour chaque femme. Dire que telle ou telle méthode de contraception pourrait valoir pour toutes les femmes est tout simplement faux. Réduire le choix contraceptif est de fait néfaste car plus les médecins disposent de nombreuses solutions plus ils ont de chances de trouver pour chacune la meilleure option au long cours. 

Le bénéfice comparé au risque est jugé acceptable par la majorité des utilisatrices de la pilule contraceptive. 

En 27 ans, on compte officiellement 567 déclarations d'effets indésirables (thrombose, phlébite, embolie pulmonaire...) à quoi il faut malheureusement ajouter 13 décès, dont 90% avaient une anomalie de la coagulation particulièrement difficile à détecter. 7 d'entre elles utilisaient une pilule de 1e et de 2e génération, et 6 étaient sous contraception de 3e et de 4e génération. Pas de différence flagrante donc entre les unes et les autres. 13 morts, c'est peu, rapporté au nombre total de femmes sous contraception orale pendant ces 27 années, mais c'est encore trop, tous les médecins en sont conscients. 

Cette situation est ancienne, connue, difficile à maîtriser. Et chacun sait, y compris les femmes, que la contraception est un vrai médicament avec ses contre-indications et ses rares complications. Mais le bénéfice comparé au risque est toutefois jugé acceptable par la majorité des utilisatrices. Car il faut le rappeler: chaque année, 225 000 femmes subissent un avortement, qui, quel que soit son accompagnement, peut laisser des traces douloureuses. Il faut également rappeler que ce chiffre reste désespérément stable, malgré l'action des pouvoirs publics - ou, peut-être, à cause de leur inaction... 

"Pompier pyromane"

Et voilà que nous apprenons par la presse qu'une plainte est déposée, qui n'est ni la première ni la dernière en la matière. Que fait la ministre de la Santé? Préoccupée sans doute par l'impérieuse nécessité de réaliser très vite des économies pour la Sécurité sociale - sans quoi on retirerait ces médicaments présentés comme si dangereux - Marisol Touraine se met à paniquer. Confond ce problème avec le scandale du Médiator. Se permet de transmettre, sans se faire correctement conseiller, cette panique aux femmes de France. Les conséquences ne se sont pas faites attendre: les premières IVG après arrêt intempestif de la pilule viennent d'arriver dans les services hospitaliers. Suivront des accidents veineux plus fréquents en cas de grossesse. 

Est-ce le rôle d'une responsable nationale de se précipiter devant les médias simplement pour se "couvrir"? Et dire maintenant partout: "Il faut éviter de donner le sentiment que la pilule serait un danger", n'est-ce pas une conduite assimilable à celle d'un pompier pyromane? N'aurait-il pas mieux valu gérer le questionnement légitime, sur la répartition des pilules consommées par les Françaises avec les spécialistes de la question? Pourquoi les avoir discrédités à dessein, en les faisant suspecter de faire vendre des médicaments dangereux? Sont-ils en charge de leur mise sur le marché? De la surveillance pharmacologique sur le territoire? Non bien sûr. Mais il est tellement plus commode de faire des procès d'intention aux uns ou aux autres que d'assumer ses propres responsabilités en matière de santé publique... 

Nous continuerons de prescrire ce que nous pensons être bon pour nos patientes en notre âme et conscience. 

On ne gère pas la santé publique au doigt mouillé dans le vent, en faisant des valses hésitations constantes et en réfléchissant à haute voix devant les micros ouverts. A défaut de le savoir, Marisol Touraine aura été à l'origine d'une crise sanitaire, modèle du genre et cas d'école pour les étudiants en épidémiologie qui en feront des thèses dès l'année prochaine. Quant à nous, gynécologues, nous continuerons de soigner au mieux les femmes qui auront été poussées dans l'adversité. Nous continuerons de prescrire ce que nous pensons être bon pour nos patientes en notre âme et conscience, en parfaite indépendance par rapport à l'industrie pharmaceutique. C'est notre métier. Nous sommes fiers de l'exercer.

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans LES PILULES DU MALHEUR
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