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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 18:05



Le deuxième élément oublié un peu vite tient à la façon dont Diane 35 a été prescrit. Ce médicament antiacnéique possède des vertus contraceptives identiques aux pilules de troisième et quatrième génération, sans que l'AMM ait été demandée pour cette propriété. Or, selon les statistiques de la Cnam (Caisse nationale d'assurance maladie), il est prescrit à 75 % comme contraceptif par les généralistes et surtout les gynécologues, hors de l'AMM donc. «Un médicament est détourné de son AMM, il est prescrit pendant vingt-cinq ans, ce qui lui évite une réévaluation régulière pour justifier son utilisation réelle, il est dangereux, et il faudrait s'en satisfaire ?» s'indigne le Pr Philippe Even, auteur du guide 4 000 médicaments utiles, inutiles et dangereux. «On se fout du monde ! poursuit-il. Comme contraceptif, Diane 35 dispose d'alternatives très efficaces et beaucoup moins dangereuses : ce sont les pilules de seconde génération.»

Question : pourquoi les données de prescription hors AMM n'ont-elles pas été croisées avec le recensement des accidents ? Le gendarme du médicament est-il à ce point nul et à côté de la plaque ? Dernièrement, Dominique Maraninchi, directeur de l'ANSM, nous confiait avoir lui-même demandé à la Cnam de croiser ses données de prescriptions avec celles de la pharmacovigilance : de ce jour, il a su avec certitude que quatre morts étaient directement imputables à l'antiacnéique. «Depuis 2002, on sait grâce à une publication anglaise que les pilules de troisième et quatrième génération, équivalentes à Diane 35, sont dangereuses, ajoute Philippe Even. Que de temps perdu à tenter de prouver quelque chose qui est pourtant devenu incontestable !»

Bruno Toussaint, qui dirige la revue médicale indépendante Prescrire (lire l'encadré ci-contre), avance une explication à cette extrême lenteur. «En réalité, les agences - et c'est vrai dans toute l'Europe - sont rendues frileuses par l'éventualité de la moindre faute réglementaire.» Un faux pas, et les laboratoires se tournent vers la justice pour remettre en question une décision de suspension prise par des scientifiques en invoquant des arguments de procédure. L'histoire du Ketum en gel, utilisé contre les douleurs locales, est de ce point de vue éclairante. Suspendu en 2009 par l'agence du médicament pour cause d'effets secondaires cutanés graves, il est remis sur le marché l'année suivante par le Conseil d'Etat après un recours du laboratoire Menarini au motif que «l'arrêt de commercialisation risquerait de compromettre la possibilité pour cette société de retrouver en 2010 un résultat positif». Les profits du laboratoire valent mieux que la santé des patients, qu'on se le dise !

«Le système de conception du médicament tel qu'il fonctionne aujourd'hui est une fabrique à conflits d'intérêts», analyse Bruno Toussaint. Aujourd'hui, la recherche sur le médicament est entièrement sous-traitée aux laboratoires. Ces derniers, évidemment, s'entourent des meilleurs spécialistes... qui, en raison de leurs qualités reconnues, un jour ou l'autre se retrouvent dans des commissions d'évaluation publiques. Le durcissement des règles de gestion des conflits d'intérêts est donc à l'ordre du jour - du moins dans les intentions. Acte fort de la loi Bertrand sur le médicament, le décret Sunshine Act avait l'ambition de faire toute la transparence sur les liens d'intérêt que peuvent entretenir laboratoires pharmaceutiques et médecins. Enfin ! Mais treize mois après la promulgation de la loi Bertrand, le décret Sunshine n'est toujours pas signé...

Sur le site du Formindep (une association de médecins qui milite pour l'indépendance de l'information médicale), le Dr Philippe Foucras raconte les basses manœuvres de l'industrie pharmaceutique pour prendre l'ascendant sur la rédaction de ce projet de décret. «Dès la deuxième réunion, tout l'esprit de cette loi, pourtant déjà bien altéré par la première mouture du décret, avait été perverti par les représentants de l'industrie, très largement représentés dès la première réunion. Instauration de seuils, de tranches, de barèmes, compliquant à loisir les déclarations et permettant d'exclure la majorité des dons, cadeaux et avantages y compris cumulés, jusqu'à près de 1 000 € par an en magouillant bien», explique-t-il. Lors de ses vœux à la presse, le 23 janvier, Marisol Touraine annonçait la signature prochaine du décret, encore au Conseil d'Etat.

Faut-il donc désespérer et redouter de nouveaux scandales ? Malgré tous ces obstacles, l'ANSM se réorganise, sous l'impulsion de son directeur, Dominique Maraninchi, qui ne cache pas son ambition de changer les règles. «Ça n'a pourtant pas l'air de bouger fort», remarque Bruno Toussaint qui cite l'exemple du Vastarel - un médicament fabriqué par Servier destiné à lutter contre l'angine de poitrine -, aux effets secondaires si graves que Prescrire demande son retrait du marché depuis 2007. Une commission destinée à le réévaluer a été mise en place en 2010. Et depuis ? Rien. «Dominique Maraninchi est un homme droit, juge Philippe Even. Il a du courage et une volonté ferme. Pourvu qu'il tienne encore quelque temps.» Avant d'ajouter : «Nous n'avons pas de ministre de la Santé, on ne l'entend pas, elle n'existe pas.» Un gendarme du médicament sans ministre face à l'industrie pharmaceutique, cela n'augure rien de bon pour la sécurité des patients... 

 

 


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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans LES PILULES DU MALHEUR
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