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4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 17:45

Le Doliprane est le médicament dont le chiffre d'affaires a le plus progressé en 2012 (+10,1 millions d'euros). Ce médicament de Sanofi fait figure d'exception puisqu'il n'a toujours pas son équivalent en générique alors que sa molécule, le paracétamol, une des plus anciennes de la pharmacopée, est tombée dans le domaine public depuis des lustres. Une exception juridico-magouillo-politique très franco-française pour ce médicament qui fêtera prochainement son demi-siècle d'existence. Qu'est-ce qui justifie ce statut unique au monde ?

En 2010, le Doliprane était le 8° médicament le plus remboursé par l'Assurance Maladie avec un peu plus de 200 millions d'euros.

La mise en place des médicaments génériques en France, issue du droit de substitution accordé par M. KOUCHNER, alors ministre de la santé aux pharmaciens, remonte à 1999. Les pouvoirs publics, soucieux de préserver la Santé Publique ont défini alors très strictement le périmètre au sein duquel les pharmaciens peuvent exercer la substitution du médicament de marque par un autre, en théorie moins cher et équivalent, le générique. Ce cadre, c'est le Répertoire des médicaments génériques. Hors de ce Répertoire, point de salut pour les laboratoires de génériques. A l'intérieur, pas de pitié pour le médicament de marque, il est destiné à une substitution certaine par les pharmaciens.

Le générique le plus connu au monde est le générique du Doliprane (paracetamol) et l'on s'attend à ce qu'il soit le générique le plus vendu en France puisqu'il représente le premier produit du marché en nombre de boîtes vendues. En réalité seulement 15% des boîtes sont substituées en génériques par les pharmaciens quand le taux moyen actuel pour les spécialités du Répertoire est de 85%.

Que s'est-il passé ?

Rapidement, dès 2000, les premiers génériques du paracétamol arrivent sur le marché mais l'inscription au Répertoire tarde et ne survient pas car pour être un générique, il faut un princeps (médicament original) et l'AFSSAPS (l'agence du médicament) ne peut pas identifier le médicament princeps, trop ancien parait-il...

Les laboratoires de génériques se mettent alors à vouloir changer la loi. Puisqu'il faut un princeps pour être inscrit dans le Répertoire, permettons l'inscription dans le Répertoire de génériques sans princeps de référence. C'est chose faite fin 2002, lors du vote par les députés du PLFSS 2003 (Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale pour 2003), puis entériné par un décret en juin 2003... La voie est libre.

L'AFSSAPS sollicitée établit même un projet de liste pour le Répertoire où figure bien le paracétamol, le Doliprane, le Dafalgan et bien d'autres encore et puis... plus rien, ou plutôt si, une suite de baisse de prix du fabricant de princeps de 1,19€ à 1,00 € en septembre 2003 et à 0,86 € en février 2004, prix toujours actuel du Doliprane.

Une bien étrange posture du gouvernement qui s'explique en consultant la question écrite n° 01338 de M. Ambroise Dupont (Calvados - UMP) publiée dans le JO Sénat du 25/07/2002 - page 1731)


Monsieur Ambroise Dupont "rappelle" au Ministre que "le Doliprane, qui a comme seul principe actif le paracétamol, représente 95 % de l'activité de l'usine de Lisieux" (...) "et selon le groupe Aventis Pharma, l'inscription du paracétamol au registre des génériques entraînerait une baisse significative des ventes pouvant aller de 30 % à 50 %. La baisse estimée de 40 % de l'activité du site pourrait aboutir à la fermeture pure et simple de l'usine et donc à une perte de 150 emplois directs sans compter les retombées économiques pour la région." Puis sont brandies des menaces d'approvisionnement depuis l'Inde ou la Chine...

Réponse du ministre : "Par ailleurs, la création d'un groupe générique pour le paracétamol aura pour effet de permettre la prise en charge par l'assurance maladie de frais exposés sur la base d'un tarif forfaitaire de responsabilité. Le ministre a conscience de l'enjeu en termes d'emplois pour les collectivités locales où sont situés les centres de production concernés. Toutes les précautions seront prises, en concertation avec les entreprises concernées, pour concilier les exigences de nécessaire maîtrise des dépenses d'assurance maladie avec ces préoccupations."

Le Ministre de la Santé a donc négocié avec Aventis (aujourd'hui Sanofi) la protection dont toutes les firmes industrielles rêvent pour leurs produits : une légère baisse de prix en échange d'une situation de quasi-monopole (partagée avec le Dafalgan). Le fait qu'il n'y ait pas de génériques du Doliprane en France est donc du à une mesure de lobbying d'un industriel qui a menacé l'Etat de fermer une usine avec la complicité des élus locaux.

Cette prise de position de l'Etat peut paraître louable au premier abord puisqu'en cédant au chantage de l'industriel, des emplois sont préservés. Mais les conséquences sur le long terme contribuent à une atteinte à la concurrence qui est encore plus délétère.

Industrie pharmaceutique et téléphonie, même combat !

Des chantages similaires ont été pratiqués dans la téléphonie également pendant les années 2000, permettant à quelques opérateurs de se partager le marché. Ce marché juteux très fermé à la concurrence a été attaqué par un certain Xavier Niel imposant au fil des années un tarif aux alentours de 30 euros pour une box triple play, réduisant drastiquement le forfait de la téléphonie mobile, et le coût scandaleux des SMS. Tout le marché de la téléphonie a évolué et tout le monde y a gagné.

Les opérateurs historiques ont également fait valoir qu'il y aurait des représailles sur l'emploi. Cet été, Bouygues justifiait honteusement un plan social en mettant en cause Free. (Source : Le Parisien) Dommage que Bouygues, Orange et SFR n'aient pas plutôt cherché à attaquer Free sur un terrain plus sain : celui de l'innovation et de la compétitivité.

Le Doliprane de Sanofi, c'est le Minitel de France Telecom.

Ils ne veulent pas faire dans le médicament chez Free ?

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans DERIVE DE LA MEDECINE
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