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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 16:30

Les usagers des systèmes de santé des pays développés deviennent de plus en plus fréquemment des adeptes des médecins dites «non conventionnelles». Au point que la médecine «conventionnelle» devient moins allergique à celles qui ne le sont pas.

Un patient chinois traité par acupuncture. REUTERS

- Un patient chinois traité par acupuncture. REUTERS -

«Confrontés aux effets secondaires des traitements, au manque de temps des soignants ou à l’absence de remèdes efficaces aux maux du quotidien, les usagers des systèmes de santé des pays développés se tournent de façon croissante vers les médecines non conventionnelles (comme la médecine traditionnelle chinoise ou l’homéopathie), pourtant peu reconnues par la science ou la communauté médicale.»

Tel est le constat que vient de dresser le Centre d’analyse stratégique (CAS), institution  placée auprès du Premier ministre et qui a pour mission d’éclairer le gouvernement dans ses orientations stratégiques en matière économique, sociale, environnementale ou technologique.

Dans le rapport consacré à ce sujet, le CAS observe que l’étanchéité entre soins «conventionnels» (ceux dispensés par la médecine dite occidentale ou allopathique)  et «non conventionnels» n’est plus totale, à supposer que cette étanchéité ait un jour été véritablement absolue. Les soins des médecines hier encore qualifiées de parallèles (ou complémentaires, alternatives, naturelles, douces, holistiques) sont de plus en plus fréquemment incluses dans les pratiques des professionnels «officiels» de santé. Ils sont parfois même remboursés.

Acceptées et reconnues au chevet de certains patients, les médecines hier parallèles le sont de moins en moins. Des usagers du système de santé ont recours à des thérapeutes qui ne sont ni médecins ni des professionnels paramédicaux et qui pratiquent sur les frontières du simple bien-être et de l’action diagnostique et thérapeutique.

Engouement

Combien sommes-nous à quitter le cadre officiel des soins pour aller trouver d’autres réponses? «Cet engouement est mal connu en France. Toutefois l’essor du marché des plantes médicinales et la demande –mieux connue– de soins non conventionnels dans les pays voisins laissent  penser que le nombre de Français ayant recours à ces pratiques est considérable, souligne Mathilde Reynaudi, du département Questions sociales du Centre d’analyse stratégique. Certains s’en inquiètent, estimant les méthodes non conventionnelles inefficaces ou même dangereuses. D’autres soutiennent au contraire que ces médecines pourraient être utiles dans le champ de la prévention, des maladies chroniques et de la douleur, voire en cas d’échec de la médecine conventionnelle. Ces thérapies pourraient aussi contribuer à une baisse de la consommation médicamenteuse et à une approche plus globale de la santé et du parcours de vie.» C’est dire le double intérêt que les pouvoirs publics devraient accorder à ce phénomène.

L’engouement pour des soins corporels prodigués par des soignants (ostéopathes, homéopathes, acupuncteurs, magnétiseurs, etc.) exerçant plus ou moins en coulisses n’est pas une spécificité française. Le Parlement européen et le Conseil de l’Europe ont, à la fin des années 1990, appelé à la reconnaissance de ces médecines et nouvelles professions de santé, à charge pour les Etats d’en encadrer strictement les formations et les pratiques. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’est depuis longtemps prononcée en faveur de leur intégration dans les systèmes de santé, pour compléter la gamme de soins offerts ou pour pallier les insuffisances du système.

En France, rien n’est clair. 

«Dans les faits, si la pratique des médecines non conventionnelles est plutôt tolérée, elle se développe sans être correctement encadrée, et parfois même dans l’illégalité, observe le rapport. Afin de protéger les usagers, il semble donc nécessaire de situer les limites de ces méthodes et de mieux définir qui sont les praticiens compétents pour les exercer.»

Cet éclaircissement semble d’autant plus nécessaire que ces médecines ne tirent pas toutes leurs vertus de leur caractère non officiel. Elles pourraient permettre de mieux adapter l’offre de soins aux besoins de la population. Certaines sont susceptibles d’améliorer la prise en charge en complément de la médecine conventionnelle, qu’il s’agisse de prévention mais aussi d’accompagnement de pathologies lourdes.

Marché en expansion

Les médecines «traditionnelles» demeurent centrales dans les pays en développement: 80% des personnes y font appel pour des soins primaires. Parallèlement, depuis les années 1970, le recours aux médecines «non conventionnelles» dans les pays développés est en forte croissance: 70% des habitants de l’Union européenne y ont eu recours au moins une fois dans leur vie et 25% se tournent vers ces pratiques chaque année. Le taux d’utilisation dépend des pathologies, il atteint par exemple 80% chez les patients cancéreux.

Les enjeux économiques sont évidemment très importants. Le marché mondial de la médecine traditionnelle qui était estimé en 2008 à plus de 63 milliards d’euros par l’OMS est en expansion. Celui des plantes médicinales est en forte croissance depuis dix ans (entre 5% à 18% par an) du fait notamment de la hausse de l’automédication (achat en magasin ou sur Internet). La vente de produits homéopathiques et de la médecine anthroposophique a augmenté de 20% en Europe entre 2003 et 2007.

Dans le même temps, le profil des usagers se diversifie. De nombreuses études ont souligné une surreprésentation de femmes des classes moyennes et supérieures, mais la tendance est à la convergence des pratiques, quels que soient l’âge, le genre ou le niveau socioculturel.

Ce phénomène se développe en dépit des critiques qui visent les médecines non conventionnelles quant à leur innocuité ou à leur efficacité. Ces médecines peuvent se révéler un terreau propice aux escroqueries, voire à des dérives sectaires et à la mise en danger des patients, notamment en cas de substitution aux traitements conventionnels.

Equipes pluridisciplinaires

«Il serait opportun que la France amorce un calcul réel de la valeur ajoutée des médecines non conventionnelles par rapport aux traitements classiques, estime Mathilde Reynaudi. Il s’agirait de prendre davantage en compte l’ensemble du parcours de santé des individus (nombre d’arrêts de travail, d’examens ou de traitements médicamenteux évitables), et de ne pas raisonner seulement à partir d’un épisode de maladie et des traitements ponctuels associés.»

Certaines choses bougent. Ainsi l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) a adopté, dans son plan stratégique 2010-2014, un volet sur les médecines complémentaires. Un centre intégré de médecine chinoise y a été créé en 2011, afin d’évaluer ces techniques et d’envisager leur utilisation dans la prévention et le traitement des maladies chroniques. Des accords ont été signés avec des hôpitaux universitaires de Canton, Nankin, Shanghai et Hong Kong. Des médecins de ces hôpitaux ont été accueillis à l’AP-HP afin qu’ils apportent leur expertise et qu’ils se familiarisent avec la méthodologie des protocoles de recherche clinique.

Constituer des équipes pluridisciplinaires intégrant soins conventionnels et non conventionnels permettrait des prises en charge plus complètes des patients.

«Certaines cliniques privées proposent déjà ce type de services, comme au Royaume-Uni ou en Allemagne, peut-on lire dans le rapport. Sur ce modèle, la célèbre Mayo Clinic américaine offre la possibilité de prendre rendez-vous avec un médecin qui, après avoir dressé un bilan, propose un parcours conjuguant approches conventionnelles et non conventionnelles. En France, lever les freins à la composition d’équipes de soins pluridisciplinaires permettant d’offrir une gamme de soins variée (dans des cabinets de groupe, maisons ou pôles de santé) pourrait faciliter le développement de cadres propices à la synergie entre médecines conventionnelle et non conventionnelles.»

L’action des pouvoirs publics français est devenue indispensable et urgente. Il leur faudra s’assurer de l’innocuité de ces techniques et encadrer la pratique et la formation des thérapeutes. Il leur faudra aussi parvenir à organiser l’intégration de ces médecines au système de santé. Du moins lorsqu’elles peuvent contribuer, en complément des soins conventionnels, à une prise en charge plus complète de celles et ceux qui souffrent.

Jean-Yves Nau

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans L'ENFER DES TRAITEMENTS
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