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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 21:16

Pour les victimes de scandales sanitaires, faire reconnaître leur préjudice et obtenir réparation représente un véritable parcours du combattant. Et quand elles arrivent au procès, elles sont souvent déçues par l’absence de condamnations ou par leur légèreté. Pourtant, toutes demandent la même chose : que les responsables soient jugés et sanctionnés.

Distilbène, Mediator, prothèses Pip… Les scandales sanitaires se succèdent et se ressemblent pour les victimes : toutes subissent une double peine. Un préjudice médical, d’abord. Un calvaire judiciaire, ensuite. «  Je réalise à quel point le recours devant les tribunaux est injuste et inadapté pour les victimes, déclare Irène Frachon, la pneumologue qui a révélé le scandale du Mediator. C’est le pot de terre contre le pot de fer. Entre le laboratoire Servier et les patients, les armes ne sont pas les mêmes.  »
A commencer par l’argent. Pour engager une procédure, la victime doit tout de suite mettre la main au porte-monnaie. Rien que pour l’expertise médicale, elle doit avancer 2 000 à 3 000 euros. «  Si vous n’avez pas les moyens de payer, vous êtes coincé, indique Me Antoine Béguin, auteur de Sexe et addiction sur ordonnances*. Les gens peuvent solliciter l’aide juridictionnelle, mais aucun expert réputé n’acceptera de travailler pour eux.  »
Dans le procès du Mediator, le tribunal de Nanterre a accordé une provision temporaire de 3 000 euros à tous les plaignants, que Servier a contestée. «  J’espère que cette décision sera maintenue car elle permet un peu d’égalité entre les victimes  », souligne Me Charles Joseph-Oudin, avocat des victimes du Mediator.

David contre Goliath
Autre obstacle : constituer son dossier. «  L’attitude des médecins est parfois effrayante, quand il s’agit de communiquer des éléments du dossier médical des patients ou de signer des documents qui pourraient se retrouver devant les tribunaux. C’est comme s’ils perdaient subitement leurs bases médicales  », déplore Irène Frachon.
Mais le pire concerne l’expertise. «  Il faut trouver un expert courageux, ce n’est pas facile, souligne Antoine Béguin. Beaucoup ont des liens avec l’industrie pharmaceutique, ils n’ont pas forcément envie de décevoir et de ne plus avoir de contrat après.  »
Débusquer un expert compétent n’est pas simple non plus, surtout quand tout est verrouillé en face. «  L’horreur, dans l’histoire du Mediator, est que les meilleurs spécialistes des valvulopathies au benfluorex sont les gens de Servier. Ils connaissent parfaitement les maladies et leur argumentaire est réglé comme du papier à musique, avec une violence et un culot dans le mensonge qui dépassent l’imagination, raconte Irène Frachon. Dans un rapport d’expertise que j’ai eu entre les mains, ils disent qu’il y avait déjà 50 % de valvulopathies chez les diabétiques avant qu’ils prennent du Mediator. C’est totalement faux. L’expert judiciaire de la victime doit être extrêmement pointu pour être capable de remettre les avocats et les experts de Servier à leur place.  »
Autrement dit par Charles Joseph-Oudin : « C’est un combat.  » Un combat de David contre Goliath particulièrement violent et destructeur pour les victimes. L’année dernière, après plusieurs heures d’une expertise contradictoire, une femme de cinquante-sept ans victime du Mediator a eu un arrêt cardiaque dû au stress. «  C’est inhumain, s’indigne Irène Frachon. La parole des victimes est remise en cause, on les accuse de mentir, de cacher des choses, comme si c’était elles les coupables, tout ça, alors qu’elles sont déjà extrêmement fragilisées.  »

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans DERIVE DE LA MEDECINE
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