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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 14:17

l faut (...) une réglementation qui oblige tous les médecins à soigner correctement leurs malades, sous peine d'homicide ou de non-assistance à personne en danger.
Philippe avait 52 ans. Il a été victime d'un homicide, volontaire ou involontaire. Les coupables sont aujourd'hui en liberté, et vivent ou travaillent sans être inquiétés. Je pose seulement la question : trouvez-vous cela normal ? Devons-nous nous taire ou nous incliner devant les institutions, si puissantes soient-elles ? Sommes-nous prêts à tout accepter ?

J'étais à peine levée que le téléphone retentit (...).
- C'est le docteur P., je voulais absolument vous joindre. Votre mari a fait un arrêt cardiaque.
Je ne comprenais pas :
- Un arrêt cardiaque ? Mais il n'a jamais eu de problème au coeur !
Je n'y croyais pas vraiment. Bien que mon coeur battît très vite, j'étais confiante. Il ne pouvait s'agir que d'une erreur puisque Philippe n'avait aucun problème cardiaque et que je l'avais vu en pleine forme. Je pensais même que ce médecin se trompait de malade.
- C'est grave. En fait, j'ai commis une erreur. C'est de ma faute. Je me sens responsable. Je reconnais mon erreur.
- Mais de quoi parlez-vous ?
- Nous l'avons échappé belle. Mais nous ne savons pas comment votre mari va s'en sortir.
Il m'expliqua ce qui venait de se passer :
- Votre époux s'est désintubé et nous avons dû faire un massage cardiaque.
- Désintubé ? Il n'avait pas les mains attachées(* )?
- Si
- Alors comment voulez-vous qu'il se soit désintubé ?
- En réalité, j'ai fait une grosse erreur. Je l'ai mis en position assise. Il a dû s'endormir. Sa tête est tombée violemment sur le côté et le tube est tombé. Nous avons mis près d'une demie-heure pour le réintuber. Il a été mal oxygéné pendant trop longtemps. Nous ne savons quelles vont être les conséquences sur son cerveau. (...)

- Où se trouvait l'infirmière chargée de surveiller mon mari ?

Le médecin baissa les yeux.

- Elle était sortie de la pièce pour s'occuper des soins d'un autre malade ... Je lui avais dit de ne pas quitter votre mari. Mais j'assume la responsabilité de ce qui est arrivé.

- Vous avez quantité d'aide-soignants et d'infirmières et vous me dites qu'elle a été dans une autre chambre pour plaisanter avec ses copines alors que mon mari risquait sa vie ? Je vis quasiment ici depuis une dizaine de jours. Inutile d'inventer. Je sais que les infirmières se retrouvent dans les mêmes pièces pour discuter. Pendant ce temps-là, de grands malades restent seuls. J'ai moi-même dû prévenir les infirmières que le patient voisin était tombé de son lit ! Malgré le vacarme qu'il a fait en chutant et le bruit de verre cassé, l'équipe médicale n'avait rien entendu.

(*) On attache les mains des personnes intubées car leur premier réflexe est d'ôter le tube qui les gêne.

Très irritée, je me taisais parfois en me disant que ces gens qui défilaient étaient complètement stupides et qu'ils ne tenaient aucun compte des rapports des jours précédents. Quelquefois, je leur expliquais rapidement les erreurs commises par le service. Ils préféraient s'en aller, gênés. La seule phrase qu'ils répétaient tous inlassablement était :

- Ne vous inquiétez pas... Nous sommes habitués.

"Habitués" à quoi ? A tuer les malades ? Je me posais sérieusement la question. Une telle indifférence chez les jeunes, les néophytes qui n'avaient jamais travaillé dans un tel service, les "séniors" ou les chefs de clinique faisait peine à voir. J'étais déconcertée par leur manque de discernement, leur mauvais diagnostic, leur aveuglement. On aurait dit des fonctionnaires programmés pour se promener dans les chambres afin de justifier leur salaire.


Quand je pénétrai dans la chambre de Philippe, celui-ci était étendu, le teint cireux. Je compris qu'il était décédé et qu'on l'avait laissé mourir sans assistance.

 

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Published by violence à l'hôpital - dans TEMOIGNAGES
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