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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 11:12

En France, une personne sur dix consomme régulièrement des antidépresseurs. Le docteur Sauveur Boukris explique comment la dépression est devenue une maladie que nous avons tendance à voir partout. Extrait de "La Fabrique de malades" (2/2).

Moral dans les chaussettes

Publié le 20 janvier 2013

 
Un Français sur 10 consomme régulièrement des antidépresseurs.

Un Français sur 10 consomme régulièrement des antidépresseurs. Crédit Photo DR

Les généralistes sont souvent montrés du doigt pour leurs abus de prescriptions (80 % des généralistes sont prescripteurs de psychotropes) : on leur reproche de ne pas respecter les AMM, on leur reproche aussi leur manque de formation en matière de psychopathologie et l’approximation de leurs prescriptions.

En réalité, vis-à-vis de la dépression, les médecins ont des attitudes contradictoires : ils ont tendance à prescrire soit trop, soit trop peu ! Autrement dit, soit ils se trompent de cible, soit ils ont une insuffisance de prise en charge. Dans le premier cas, des psychotropes sont prescrits à des personnes ne présentant pas tous les symptômes visés par la thérapeutique ; dans le second cas, des personnes présentant réellement un trouble psychiatrique ne reçoivent pas de psychotropes.

Les études montrent que des antidépresseurs sont donnés à des patients ne présentant pratiquement aucun symptôme dépressif et que, chez les personnes âgées de plus de 65 ans, des antidépresseurs sont prescrits en vue d’accompagner des maladies somatiques chroniques ou dans des cas d’anxiété ou d’insomnie. À l’opposé, on remarque une sous-prescription dans le cas d’états dépressifs parmi les 15-54 ans. Les personnes présentant des désordres de l’humeur ou des symptômes d’anxiété ne consultent que dans 50 % des cas (étude Ramin Mojtabai, de l’université John Hopkins de Baltimore, 1999) et la consultation ne donne lieu qu’une fois sur deux, voire une fois sur trois, à un traitement. Dans la tranche d’âge des 15-34 ans, près des 90 % des dépressifs majeurs ne feraient l’objet d’aucune prise en charge pharmacologique ou psychothérapeutique.

Ainsi la prescription hors diagnostic s’applique aux personnes âgées de plus de 65 ans et, en revanche, pour les plus jeunes, à savoir les moins de 35 ans, il y a défaut de prise en charge des personnes. Selon les travaux de Philippe Le Moigne, trois facteurs déterminent la prescription de psychotropes par les médecins.

D’abord, il existe une corrélation nette entre la prescription de psychotropes et le taux d’ordonnances en pharmacie. La prescription croît à mesure que croît la clientèle du médecin et les grands prescripteurs de psychotropes établissent une relation directe entre ces médications et leur charge de travail. Ils considèrent que ce type de prescription leur fait gagner du temps. Les avantages de ces médicaments seraient de deux ordres : ils amélioreraient la productivité de leur activité et fidéliseraient les patients (on pourrait presque parler ici de clientèle !). Ainsi, la prescription de médicaments psychotropes n’accompagne pas seulement la croissance de l’activité professionnelle, elle contribue à la produire !


Un Français sur 10 en consomme régulièrement, 1 sur 20 de manière irrégulière, et toutes les classes d’âge sont touchées. Depuis l’apparition du Prozac, appelé « pilule du bonheur », le chiffre d’affaires des antidépresseurs a été multiplié par 10, passant, en France, de 84 millions d’euros en 1980 à près de 800 millions d’euros aujourd’hui, et à 15 milliards d’euros dans le monde. L’OMS a annoncé qu’en 2030 la dépression sera la cause majeure de maladie dans la population mondiale. Les femmes seront plus touchées que les hommes : on compte plus de 73 millions de nouveaux cas déclarés chez les femmes chaque année, moitié moins pour les hommes.

Ces chiffres signifient-ils que la France est devenue un pays dépressif, ou faut-il chercher ailleurs l’explication de ce phénomène ? La dépression est un mot suffisamment connu et tellement répandu dans le langage courant qu’il n’est plus un terme médical ; elle est suffisamment médiatisée pour que chacun en reconnaisse les symptômes les plus fréquents. Mais, surtout, on a tendance à la voir partout. Depuis de nombreuses années, le mot « déprime » a remplacé le mot « tristesse » et, à la suite d’un chagrin ou d’un deuil, on est classé, catalogué, décrit comme dépressif et donc orienté vers la consommation d’antidépresseurs. Autrement dit, certains événements de la vie sont tombés dans le domaine médical et le passage à l’acte thérapeutique médicamenteux est banalisé.

Dans ce domaine aussi, on est devenu interventionniste car on dispose maintenant de médicaments qui peuvent soulager les patients, et, dès le premier symptôme, on privilégie la solution médicamenteuse. Pourtant ces traitements ne soulagent qu’un malade sur deux et les effets secondaires ne sont pas négligeables.

En savoir plus sur http://www.atlantico.fr/decryptage/tous-depressifs-comment-medecine-medicalise-nos-emotions-docteur-sauveur-boukris-608798.html#yYfRYxTOlLrDwb7F.99

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans DERIVE DE LA MEDECINE
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