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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 16:32

« Nous demandons la reconnaissance des dégâts causés à nos enfants et à leurs familles », a déclaré Marie-Odile Soyer-Gobillard, présidente d’Hhorages (Halte aux hormones artificielles pour les grossesses), le 5 mars lors de l’assemblée générale de l’association.

Née il y a un peu plus de dix ans, elle rassemble des parents, des femmes essentiellement, convaincues que le distilbène (Des) qu’elles ont pris pendant leur grossesse pour leur éviter une fausse-couche est à l’origine des troubles psychiatriques de leurs enfants.

Des effets méconnus

Interdit en 1971 aux États-Unis et en 1977 en France, les effets somatiques de ce produit sont largement connus : malformations génitales, grossesses extra-utérines, stérilité, kystes ovariens, endométirose, cancers... chez les filles exposées dans le ventre de leur mère ; hypospadias, cryptorchidie, micropénis, anomalies spermatiques... chez les garçons.

Mais silence sur les maladies psychiques qui touchent certains enfants imprégnés in-utero : dépression grave, anxiété, anorexie-boulimie, schizophrénie.

Hhorages a rassemblé le témoignage de 1240 familles dont 1734 enfants ont été exposés au Des. Parmi eux, plus de la moitié (949) sont atteints de problèmes psychiatriques seuls, 464 ont en plus des troubles somatiques et 190 des troubles somatiques seuls. Une autre étude sur 529 familles, réalisée par l’association et publiée dans le journal Médecine et Longévité en 2011, constate que sur 740 enfants ayant subi une exposition prénatale au Des, 405 ont des troubles psychiatriques. Les effets semblent encore plus importants quand les mamans ont pris, en plus du distilbène, de l’éthinylestradiol, une autre hormone de synthèse.

« Mes deux enfants se sont suicidés »

C’est le cas de Marie-Odile Soyer-Gobillard : « J’ai respecté scrupuleusement mon traitement pour mes deux grossesses, toutes les semaines, j’ai fait mes injections. Je suis une scientifique et pour le progrès, je ne savais pas que ce que je prenais était une bombe à retardement. Vers l’âge de 20 ans ma fille est devenue anorexique et boulimique, elle a fait 14 tentatives de suicide. A peu près au même âge, mon fils a développé des troubles schizoïdes. A trois ans d’intervalle, mes deux enfants se sont suicidés. Il n’y avait aucun antécédent familial. J’ai voulu savoir si d’autres femmes avaient eu le même problème que moi et j’en ai trouvé, c’est comme ça qu’Hhorages s’est constitué ».

Difficile pour autant de démontrer le lien de causalité. Mais pas improbable. Une étude sur 76 240 américaines parmi lesquelles 1 612 ont exposées au Des in-utero fait apparaitre une augmentation des troubles dépressifs et anxieux chez ces dernières. « Les autres troubles psy n’ont pas été recherchés, c’est la limite de ce travail », estime Marie-Odile Soyer-Gobillard.

Des rats anxio-dépressifs

Chez l’animal, plusieurs publications sur des rates gestantes à qui on a donné de l’éthinylestradiol montrent des troubles du comportement de type anxio-dépressif chez leurs ratons. Des modifications au niveau de leur hippocampe ont été mis en évidence.

Le Centre de recherche et d’évaluation clinique (Cerc) du laboratoire de physio-pathologie des maladies psychiatriques de l’Inserm a analysé une cohorte de 472 personnes, recensées par Hhorages : 46,7% souffrent de troubles de l’humeur, 22,9% de troubles psychotiques, 11% de troubles des conduites alimentaires, 6,6% d’angoisse.

Début 2013, une autre étude sur le génome a démarré avec l’hôpital Saint-Anne à Paris et des victimes du Des, membres d’Hhorages, pour savoir s’il pouvait y avoir une origine moléculaire aux troubles psychiatriques dont ils sont atteints en lien avec une exposition aux hormones artificielles. Les résultats sont attendus en septembre prochain.

Le Des est un perturbateur endocrinien

« De plus en plus de publications récentes font état d’une relation entre vulnérabilité génétique et individuelle et environnement », souligne la présidente de l’association, ex-directrice de recherche au Cnrs. Des chercheurs suggèrent, en effet, que les propriétés chimiques de l’ADN pourraient être modifiées sous l’effet de substances extérieures (un phénomène appelé épigénétique), et notamment les perturbateurs endocriniens.

Or, le distilbène appartient à cette famille. Sa formule chimique est même proche de celle du Bisphénol A qui pourrait entrainer une augmentation des troubles du comportement (autisme, agressivité..) comme le pointe plusieurs recherches.

Trois plaintes en cours d’instruction

Depuis 2002, trois plaintes au pénal ont été déposées par des familles d’Hhorages dont celle de Marie-Odile Soyer-Gobillard. Un rapport d’expertise vient d’être remis à Marie-Odile Bertella-Geffroy, juge d’instruction au pôle de santé publique de Paris. Pas de certitude absolue mais « Il témoigne d’une très haute possibilité d’un lien entre les troubles psychiatriques et l’exposition au Des et à l’éthynyl-estradiol », confie maître Jean-Paul Teissonnière, l’avocat des trois plaignants.

Si le rapport est validé par la juge d’instruction, la prochaine étape pourrait être la « mise en examen » des laboratoires qui ont commercialisé ces hormones de synthèse.

En attendant, Marie-Odile Gobillard, ne cesse de sculpter : « J’ai vécu l’horreur, il fallait que je récréé de la beauté ».

 

-  [12.03.13]   Brigitte Bègue

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans LES PILULES DU MALHEUR
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