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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 19:08

Une histoire vraie dont nous garderons le secret

Une gériatre acariâtre !

Quelque part en Aveyron, il est une maison de retraite comme beaucoup d'autres. Le personnel est débordé, la direction lointaine, les patients considérés comme des ombres. La situation n'a rien d'exceptionnelle, la rigueur budgétaire a chassé l'humain de bien des institutions, qu'importent les conséquences pour ceux qu'on ne considère même pas comme des clients !

Tout a commencé après un incident qui conduisit cette pauvre dame de sa maison en ce lieu d'indifférence. Elle avait perdu la tête, elle n'était plus en mesure de se prendre en charge pour les gestes élémentaires de la vie courante. La famille espérait pour le moins trouver en ce lieu une prise en charge convenable pour lui faciliter ce passage douloureux.

La dame connut alors une mésaventure qui n'a rien d'extraordinaire. Elle est simplement révélatrice de la déchéance ou de la décrépitude de notre système de santé. Lors d'une visite, son fils comprit dans l'incohérence des propos de sa pauvre mère qu'elle souffrait de la bouche. Ses mâchoires étaient enflammées ….

Il demanda à ce qu'elle consulte un chirurgien dentiste, profession toujours sur les dents et fort difficile à joindre. Après une longue attente, il obtint enfin cette consultation qui s'imposait. La dame fut alors examinée par un jeune dentiste au comportement un peu arrogant. Ou pour le moins surprenant. Il déclara tout de go : « Madame votre mère a dans la bouche un dentier qui n'est pas sien ! »

La réplique était si étrange que notre homme s'interrogea sur ce praticien. Il s'enquit auprès du personnel sur la possibilité d'un échange de dentier. Bien sûr le personnel monta sur ses grands chevaux, prit le mors aux dents et s'indigna qu'on pût croire en pareille énormité. La cheffe (féminisation des titres ) de service de cette noble institution, gériatre acariâtre, renchérit sur ce concert de protestations en prenant une posture outragée. « Pas de ça chez nous ! » semblait dire cet important personnage.

Le fils voulut en avoir le cœur net. Il embarqua sa mère pour la confier au regard bienveillant de son dentiste habituel. Le chirurgien confirma le diagnostic de son jeune confrère. Il y avait bien eu substitution de dentier. La chose pour incroyable qu'elle fût, était donc avérée. Le fils s'en retourna très courroucé retrouver les responsables de la maison de retraite.

 

Le dialogue tourna bien vite à la farce. Le personnel dégageant toute responsabilité, affirmant sans rougir que la pauvre femme était arrivée avec ce dentier inadapté. Il est de coutume, quand on vit seule, d'emprunter à ses voisines un appareil dentaire pour changer de dentition comme d'autres changent de montre. C'est une tradition semble-t-il dans ce département si rural !

Devant une pareille mauvaise foi, le fils commença à élever le ton. On le prenait de haut. Il demanda à voir la gériatre pimbêche qui cette fois fut particulièrement odieuse. « Compte tenu de l'âge de votre mère, il n'est pas bien nécessaire de lui mettre un appareil. Elle se satisfera d'une nourriture en purée, vous n'allez pas nous en faire une pendule ! »

Cette fois, la mesure était dépassée. Le fils fut indigné d'un tel mépris. Un dentier permet aussi de parler convenablement. Sa mère avait droit au respect et à la dignité auxquels ont droit tous les humains. Pour la cheffe de service et son personnel, sa mère n'était plus qu'un simple numéro de chambre, une matière première source de revenu. Il réclama pour le principe le remboursement de l'appareil.

La gériatre opiniâtre ne tint absolument pas compte de cette demande légitime. La maison de retraite ne peut être responsable des objets perdus par ses pensionnaires. Il fallait écrire au directeur de l'hôpital qui avait la responsabilité de cette maison de retraite. Les arcanes de l'administration permettent souvent d'ouvrir le parapluie.

La réponse fut courtoise. La responsabilité des services ne pouvait être prouvée. Le dentier ne serait pas remboursé. Circulez mon bon monsieur, il n'y a rien à faire au pays de Courteline. Face au mépris de ces professionnels de la vieillesse, le fils en colère décréta qu'il obtiendrait gain de cause. On ne peut être traité comme des chiens même quand hélas, on a perdu la tête.

Il consulta l'association « Soixante millions de consommateurs ! » qui prit en charge le dossier. Moins d'un mois plus tard, le directeur toujours aimable et à l'air humain, convoqua le fils pour lui remettre un chèque. Il voulut garder la tête haute et ajouta, péremptoire ; « C'est bien contraint et forcé que je vous rembourse ce maudit dentier ! »

L'affaire ne fut pas close pour autant. La pauvre femme subit alors la vengeance sournoise du personnel. Elle eut à pâtir du combat légitime de son fils. Humiliation, mauvais traitements, indifférence et autres plats sournois et indignes furent au menu de son séjour. Le fils fut même convoqué par la gériatre revêche pourtant si humaine pour s'entendre dire que les visites de la famille perturbaient leur chère patiente.

Les gens ont la dent dure ! Il ne faut pas obtenir raison face à la toute puissante administration. La règle vaut dans une maison de retraite comme dans bien d'autres secteurs. Retenant la leçon, le fils trouva une maison de retraite plus humaine et plus petite pour recevoir sa mère. Elle avait à nouveau un dentier qui lui allait bien et retrouva un peu de ses esprits. L'histoire se termine bien, elle n'eut pas trop à souffrir de la méchanceté de ces tristes personnages et trouva en un autre lieu l'humanité qui faisait défaut en ce qui n'était hélas, qu'un mouroir de sinistre mémoire !

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans DERIVE DE LA MEDECINE
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