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14 septembre 2011 3 14 /09 /septembre /2011 22:58

 


         On parle beaucoup de la violence des patients dans les services psychiatriques mais on oublie de parler de la violence de l'institution et aussi de celle du personnel soignant envers les patients.

         La violence surgit dès l'arrivée devant l'un de ces vieux hôpitaux, ceux qui sont entourés de hauts murs sur lesquels se dressent des débris de verre. C'est derrière ça qu'on soigne les fous, euh... pardon, les malades mentaux, ah... non, on les appelle les patients, mais il paraît qu'on les nomme maintenant les usagers, c'est derrière ça qu'on les soigne?

         Puis, on entre dans le bâtiment du secteur, et là, c'est une violente odeur qui saisit à la gorge, une odeur de merde, ben oui... ça pue l'hôpital psychiatrique et on ne peut pas toujours ouvrir les fenêtres. Et puis, il y a le bruit, le bruit incessant des clés qui ouvrent et qui ferment les portes, ce bruit souvent accompagné "du oui ou du non, toi tu peux, toi tu ne peux pas sortir".

         Ensuite, il y a l'accueil des infirmiers, fouille complète du sac si le patient en a un. Parfois, ils lui enlèvent tout, ses papiers, sa ceinture, ses vêtements, ses chaussures, et puis sa montre, et après, ils l'enferment à clé dans une chambre. Peu importe s'il est en hospitalisation libre ou pas.

         Il s'ensuit, parfois plusieurs jours après l'arrivée, un entretien avec le psychiatre et c'est la chasse ouverte aux symptômes. Le psychiatre cherche, il cherche de la confusion, de l'angoisse, de l'insomnie, de l'ambivalence, du raisonnement, des ruminations, de la contradiction, du mutisme, des idées de mort, de l'inhibition, de l'opposition, de l'agitation, de l'agressivité, de l'hystérie, de l'absence, de la stupeur, des barrages, des paramimies, des hallucinations, de la persécution, de la dissociation, de l'étrangeté, de la dépersonnalisation, de l'invraisemblable, de la décompensation... alors, psychose ou névrose?
Il arrive que le psychiatre soit lui-même très étrange, passant le matin, suivi d'une cour de blouses blanches, s'appuyant sur sa canne à l'extrémité finement dorée, et rattrapant son monocle qui tombe sans cesse alors qu'il s'écoute parler. C'est fou!
Il y a aussi celui que l'on a réveillé au milieu de la nuit, qui est tout ébouriffé, et qui n'a aucune envie de savoir ce qui s'est passé.

         Et puis vient le traitement, le traitement chimique. Celui qui s'introduit de gré ou de force, celui qui contient, qui transforme et qui brise de l'intérieur, celui qui fait taire et qui enferme dans le silence. Le traitement, obligation d'ingestion ou injection de psychotropes qui provoquent des modifications impressionnantes des perceptions sensorielles, une désorientation dans le temps et l'espace, un blocage de la pensée, des troubles de la mémoire. Le traitement qui casse physiquement, psychologiquement, qui réduit à l'état de loque, à l'état de rien, qui anéantit jusqu'à obtenir un comportement acceptable, normal.

         Le groupe des infirmiers, les blouses blanches, essaie de communiquer avec les patients. Dans un tel environnement, ce n'est qu'une relation inauthentique.
Dans le groupe des infirmiers, il y a celui qui te traite de schizophrène. Il y a celui qui se moque tout le temps des plus faibles, de leur physique, de leur façon de s'habiller, de manger, de parler, et de se comporter, jusqu'à qu'ils ne puissent en supporter davantage et partent en crise. Il y a aussi celui qui te pousse, et celui qui te frappe violemment, à coup de pieds et coups de poings parce que tu dis que tu n'as pas faim. Ou encore celui qui t'enferme, sans explication, dans la chambre d'isolement pour te punir de dire ce qu'il ne veut pas entendre.
Et puis il y a les autres, ceux qui tournent la tête, ceux qui ne voient rien, qui ne disent rien, ceux qui sont complices des mauvais traitements à patients.

         Dans le groupe des patients, il y a les mauvais et les bons.
Les mauvais, les patients "difficiles", qui luttent et ne veulent pas se soumettre, temporairement car le traitement va aider.
Les bons, ceux qui sont soumis et dépendants, ceux qui ont le mouvement ralenti, les lèvres sèches et le regard dans le vide. Ce sont les zombis, ceux qui ne peuvent plus penser, qui déambulent, enfermés dans leur monde intérieur meurtri de maux indicibles que personne ne veut entendre.

         Quand tu subis ces violences à l'hôpital psychiatrique, tu as appris que tu dois te taire et surtout, tu ne peux plus jamais être comme avant, tu n'appartiens plus au monde des humains...

                                                      ©    Patricia Lacombe - Août 2007

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Published by violence à l'hôpital - dans PSYCHIATRIE
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