Nous sommes en plein procès Servier, du nom du directeur des laboratoires éponyme, Jacques Servier, jugé pour le scandale du Mediator, un antidiabétique détourné comme coupe-faim et responsable de 1 300 à 1 800 morts en France. La femme par qui le scandale a éclaté, la pneumologue Irène Frachon, est aujourd'hui en première ligne, témoin à charge de l'accusation. Elle s'indigne qu'actuellement, des patients victimes du Mediator continuent à être soignés par les laboratoires Servier.

"Je constate que fréquemment des malades, souffrant de pathologies cardiaques liées à la prise de Mediator, sont soignés avec des médicaments des laboratoires Servier comme le Coversyl pour traiter ces problèmes. On marche vraiment sur la tête", a déclaré à l'AFP Mme Frachon après avoir été entendue comme témoin par le tribunal correctionnel de Nanterre dans le procès du Mediator. "Cela ne veut pas dire que ce traitement (Coversyl, ndlr) est dangereux, mais il est aberrant que des médecins prescrivent aujourd'hui aux victimes un médicament Servier alors qu'il existe des molécules aux effets similaires produites par d'autres laboratoires", a ajouté le médecin.

"Beaucoup de ces patients ignorent" qu'ils sont soignés par Servier

"Beaucoup de ces patients ignorent qu'ils sont aujourd'hui encore soignés par Servier", a encore indiqué la pneumologue basée à Brest. Ce point avait auparavant été évoqué à l'audience par l'un des conseils des parties civiles.

Interrogés, les laboratoires Servier ont souligné que le suivi médical des malades était assuré par "des médecins qui connaissent individuellement leur patient". "Le groupe Servier est une entreprise très appréciée par de nombreux instituts de recherche publics et privés qui nous ont choisis comme partenaire de recherche", a ajouté Lucy Vincent, porte-parole du groupe pharmaceutique.

Après un an d'interruption, le procès du Mediator visant Jacques Servier, 91 ans, le fondateur du groupe et quatre cadres de chez Servier et Biopharma, l'une des filiales des laboratoires, a repris le 21 mai. Les prévenus sont jugés pour "tromperie aggravée".