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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 11:20
 

A 59 ans, Séférina souffre de problèmes cardiaques dus au Mediator et est en procès contre les labos Servier. Sa pension d’invalidité lui permet tout juste de vivoter.


Séférina Cordoba, le 21 août 2012 (Irène Frachon)

Séférina Cordoba a beau avoir un stimulateur cardiaque implanté dans son corps, un cœur en très mauvais état, elle se dit déjà « contente » si elle « peut vivre jusqu’à la fin de [sa] vie. Dans trente ans ! », lance-t-elle par défi.

Cette ancienne hôtesse de caisse d’un supermarché Leclerc à Brest a 59 ans et est en procès contre les laboratoires Servier dont elle espère un jour obtenir une indemnisation conséquente (pourquoi pas des centaines de milliers d’euros ?) au titre du préjudice subi suite à sa prise de Mediator.

« Mais ça ne réparera jamais le préjudice, surtout la perte de mon travail qui était le centre de ma vie.

Chaque matin, je suis déjà contente d’ouvrir les yeux. Je fais des puzzles, je lis, je fais mes courses, mon ménage, je vais sur Internet... le tour est vite fait. »

Séférina est la patiente-type d’Irène Frachon – la médecin par qui le scandale a éclaté –, l’une des premières dont l’atteinte des valves cardiaques par le médicament a semblé « évidente » à la pneumologue, avant d’être récemment reconnue par le rapport d’expertise médicale judiciaire.

Depuis juin 2010, Séférina se bat contre les laboratoires Servier, au civil et au pénal. Son avocat, Charles Joseph-Oudin, a accepté de n’être réglé qu’au terme de la très longue procédure, et son assurance juridique lui a évité les quelque 10 000 euros qu’aurait coûté l’expertise judiciaire.

Le Mediator lui évite de continuer à grossir

Sa rencontre avec le Mediator commence lorsqu’elle est hospitalisée pour dépression, à la suite de problèmes conjugaux. En cinq mois, elle avait pris 20 kg. Une dame lui parle de ce médicament qui la ferait maigrir. Elle fait le siège de son généraliste pour se le faire prescrire :

« Je ne pouvais pas soigner ma tête et mes kilos en même temps, je n’avais pas la force. »

L’antidiabétique ne s’adresse pas officiellement à elle, mais c’est l’effet coupe-faim qui l’intéresse. Un détournement de prescription classique qui a fait le succès de la pilule.

Séférina ne maigrit pas avec le Mediator – « Ma mère faisait 120 kg, c’est dans mes gènes », dit-elle –, mais arrive à maintenir son poids, et continue donc à prendre l’antidiabétique de décembre 2006 à octobre 2008.

Jusqu’au jour où elle se sent étouffer à la suite d’une surinfection pulmonaire. Elle se croyait asthmatique, mais à l’hôpital, l’échographie du cœur révèle des valves du cœur très abîmées. Elle est opérée en mars 2009 : on lui change les valves mitrale et aortique.

Pacemaker, arrêt cardiaque, défibrillateur

C’est l’époque où elle fait la connaissance d’Irène Frachon, la pneumologue de l’hôpital qui enquête dans son coin après avoir constaté les mêmes valvulopathies chez ses patients sous Mediator – souvent des femmes en surpoids.

Le cœur de Séférina est décidément trop faible et, fin 2009, elle se fait poser un pacemaker :

« Ça booste le cœur, le fait travailler pour qu’il soit plus musclé. Mon confort de vie s’était un peu amélioré. »

Elle est sur le quai de la gare à Rennes, en février 2011, lorsqu’elle fait un arrêt cardiaque. Elle sort alors d’une séance d’expertise éprouvante où les émissaires de Servier (avocats et médecin) ont contesté point par point tous les éléments de son dossier médical. Sauvée in extremis, elle passe huit jours dans le coma. Il lui faudra désormais vivre avec un défibrillateur à la place du pacemaker :

« Je suis branchée en permanence et les infos sont transmises en direct à la Cavale Blanche, le CHU de Brest. C’est une bonne machine, grâce à elle je suis toujours vivante. »

Maintenant, elle s’accroche à la vie pour voir le vieux monsieur Servier condamné. Mais la justice est très lente :

« Les procès ont été repoussés, repoussés, repoussés, pour plus d’information. Mon dossier fait déjà 800 pages. Entre les opérations, les pertes de salaire, l’assistance à domicile... L’indemnisation du préjudice n’est pas encore chiffrée.

Je suis persuadée que Servier ne va pas gagner, mais je ne sais pas quelle sera la punition. C’est la première fois que j’ai affaire à la justice. »

Revenus : 590 euros par mois

  • Pension d’invalidité : 590 euros par mois

Avant être malade, Séférina touchait 900 euros par mois pour 30 heures de travail par semaine (à la caisse puis à la cafétéria du supermarché). Quand elle était en arrêt longue maladie, la Sécurité sociale lui versait 540 euros par mois d’indemnités journalières. Puis, en décembre dernier, elle est passée en invalidité, soit une cinquantaine d’euros de plus.

« Ça a été très difficile de baisser le budget, la CAF m’a bien aidée en m’enlevant 200 euros de loyer par mois, et je ne paie plus d’impôts locaux ».

Ses deux filles, âgées de 39 et 40 ans, ont une « très petite situation », alors elle a décidé de pas se plaindre, « pour pas les rendre malheureuses de ne pas pouvoir m’aider ».

Dépenses fixes : 297,45 euros

Séférina n’a pas de crédit et a, heureusement pour elle, évité de s’endetter, mais elle n’a que le minimum vital.

  • Loyer : 26 euros par mois

La Caisse d’allocations familiales lui a retiré 200 euros sur l’ancien loyer de son HLM. Séférina occupe un T1 bis de 35 m2 à Brest.

  • GDF : 66 euros par mois (chauffage inclus)
  • EDF : 18,45 euros par mois
  • Offre « quadruple-play » : 40 euros par mois

Son forfait inclut Internet, la télé, la ligne fixe et deux heures de communication sur son portable.

  • Frais bancaires : 10 euros par mois
  • Ligné téléphonique pour son défibrillateur : 19 euros par mois

Elle est branchée en permanence avec l’hôpital, prévenu en cas d’arrêt cardiaque.

  • Assurances : 106 euros par mois

Cette somme couvre les assurances habitation, auto, et santé. Elle reconnaît que « c’est cher, mais quand il arrive quelque chose, on est content ».

  • Redevance télé : 12 euros par mois
  • Impôt sur le revenu et taxe d’habitation : 0 euro par mois

Reste à vivre : moins de 300 euros par mois

Pour s’en sortir, Séférina est devenue « la reine des promos » : elle se balade dans les magasins et, dès qu’elle trouve un lot, elle l’achète. Au marché, elle connaît les commerçants qui font les fruits et légumes les moins chers.

Elle a dû dépenser toute son épargne (6 000 euros) pour changer de voiture et prendre la direction assistée. Elle s’en sert très peu et c’est surtout sa fille qui la conduit faire ses courses, donc elle n’a pas d’essence à payer.

Parfois, sa chienne occasionne des dépenses exceptionnelles, comme le mois dernier où il a fallu payer des analyses (100 euros). Quand il s’agit de faire un cadeau pour l’anniversaire de l’un de ses six petits-enfants, elle achète un puzzle à 3 euros dans un magasin de déstockage.

Sa voisine l’a emmenée huit jours en vacances et lui rend une infinité de services. Les restos et les fringues sont au rang des souvenirs. Grâce à Facebook, elle est restée en contact avec ses anciennes collègues. Mais pas jusqu’à passer du temps avec elles. A leurs yeux, Séférina n’arrive pas à dépasser ce statut de malade.

« Heureusement, je ne fume pas et ne bois pas », remarque cette femme qui, d’après Irène Frachon, « survit pas trop mal en grande partie grâce à son tempérament enjoué et courageux ».

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans DERIVE DE LA MEDECINE
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