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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 18:35
 
Pour la première fois en France, une plainte devait être déposée au pénal contre une pilule, vendredi 14 décembre, devant le tribunal de grande instance de Bobigny. Marion Larat, utilisatrice de la pilule de 3e génération Meliane, et désormais lourdement handicapée, accuse le laboratoire Bayer d'avoir provoqué l'accident vasculaire cérébral qui l'a terrassée en 2006. "Le Monde" a recueilli les témoignages d'autres victimes, ou familles de victimes.
Théodora est décédée, fin 2007, à la suite d'une embolie pulmonaire massive.

"Ma fille est décédée fin 2007, à la suite d'une embolie pulmonaire massive. C'était une lycéenne de 17 ans. Un matin, en sortant du car scolaire, elle s'est effondrée sur le trottoir. Le père d'une copine l'a transportée à l'hôpital. Elle a fait trois arrêts cardiaques, aucun réanimateur n'était présent, elle s'est enfoncée dans le coma. Elle a été transportée à l'hôpital de Saint-Etienne où elle est finalement décédée d'un œdème cérébral.

Le lien avec la pilule, nous ne l'avons fait que bien plus tard. Sa mère et moi, nous ne savions pas qu'elle la prenait. Mais nous avons trouvé une plaquette dans ses affaires. Une de ses amies nous a expliqué : début août, elle était allée se faire prescrire la pilule dans un centre de planning familial, à Saint-Chamond. En France, on donne la pilule à des mineurs sans l'accord des parents. Cette amie nous a aussi raconté que Théodora avait signalé au médecin les problèmes de phlébite de sa mère. Nous avons eu confirmation de cela en demandant le dossier de notre fille, c'est inscrit dessus ! Le médecin, qui en fait était une généraliste spécialisée en nutrition, lui a promis qu'elle lui donnerait une pilule adaptée... et lui a prescrit Mercilon, une pilule de troisième génération qui l'a menée à la mort en deux mois.

Quand nous sommes allés voir ce médecin, elle nous a dit : 'Je n'avais que ça sous la main.' Quelques semaines avant son décès, Théodora n'allait pas très bien. Elle était essoufflée, avait mal sous les cotes, ne voyait pas bien, mais elle ne nous en avait rien dit. Elle se demandait même s'il ne fallait pas qu'elle arrête la pilule – c'est ce qu'elle avait confié à son amie. Les analyses de sang effectuées à l'hôpital ont montré qu'elle était porteuse de plusieurs anomalies de l'hémostase appelées facteurs de Leiden. Ses deux sœurs aînées se sont vues interdire de prendre la pilule."

"Comment peut-on accepter aujourd'hui de laisser des jeunes femmes dans l'ignorance de ce risque, sans leur indiquer précisément les signes précurseurs qui pourraient attirer leur attention et les faire consulter un médecin ?", interrogent les parents et la sœur d'Adèle.
  • Adèle Bertrand, décédée à 22 ans, racontée par sa sœur et ses parents

En avril 2011, Adèle Bertrand suit depuis deux ans des études littéraires à la faculté de Lille. Le lundi 4 avril, après avoir fait un exposé, elle rentre chez elle. Elle est à ce moment là en bonne santé. "Nous l'appelons le samedi mais elle ne répond pas, sans que nous nous alarmions pour autant car elle s'isole souvent pendant ses examens", expliquent ses parents Eric et Bernadette, qui habitent à 400 km de Lille. Le mardi 12 avril, toujours sans nouvelles, ses amies de la fac s'inquiètent. Les pompiers découvriront son corps inanimé. Elle est décédée, selon le médecin légiste, depuis 2 à 3 jours. Une enquête judiciaire est ouverte. L'autopsie révèle une mort par embolie pulmonaire massive.

"Nous ne saurons jamais ce qui s'est passé exactement. Nous n'avons reçu aucun document, rencontré aucun médecin. Embolie pulmonaire, mais due à quoi ?", questionnent ses parents. Adèle, 49 kg pour 1,65 mètre, était sportive, avait une alimentation équilibrée. Elle n'avait jamais fumé. Mais elle prenait la pilule depuis environ 10 mois : Desobel, une pilule de 3e génération. Qui ne devrait pas être prescrite en première intention, selon les autorités de santé. Désireux de savoir, et anéantis pas ce drame, les parents d'Adèle vont voir leur médecin traitant à Blois, qui fait le lien entre la prise de pilule et le décès. Ce médecin prend contact avec un professeur d'hématologie de Tours qui propose à la sœur d'Adèle, Cécile, d'effectuer une analyse d'hypercoagulabilité sanguine, qui se révèle négative. Mais il lui recommande toutefois de ne pas prendre la pilule, et lui conseille les mêmes précautions pour ses futurs enfants. "Comment peut-on accepter aujourd'hui de laisser des jeunes femmes dans l'ignorance de ce risque, sans leur indiquer précisément les signes précurseurs qui pourraient attirer leur attention et les faire consulter un médecin ?", interrogent les parents et la sœur d'Adèle, dont la vie s'est "brisée".

"Pour moi, le seul risque de la pilule, c'était la cigarette. J'ai pourtant fait des études médicales. Je n'avais jamais entendu parler des risques thromboemboliques, mes collègues non plus", explique Caroline C.
  • Caroline C., 32 ans, puéricultrice

"J'ai fait une embolie pulmonaire en juin 2011, et je m'en sors extrêmement bien. Sans séquelles physiques. Je crois que je suis très chanceuse. Je trouvais que mon cœur battait plus vite depuis un moment, et je commençais à être essoufflée en montant les escaliers. Mais je ne m'écoutais pas trop. Mon métier, c'est de m'occuper des autres. J'ai laissé traîner. Comme cela empirait, j'ai consulté un généraliste qui m'a fait un électrocardiogramme. Bilan normal. Il me fallait simplement du repos...

Ma chance, c'est d'avoir eu un rendez-vous rapide et fouillé chez un cardiologue au sein d'une structure dans laquelle travaille ma mère. Il a eu l'idée de faire un bilan sanguin, de vérifier les D-dimères, marqueurs de thromboembolie. Un test à 8 euros, ultra-rapide. Leur taux était spectaculaire. A l'angioscanner, on s'est aperçu que toutes mes artères pulmonaires étaient bouchées. J'aurais fait une embolie pulmonaire massive quelques jours après. J'étais sous Desobel depuis six mois. Déjà dans le camion du Samu, quelqu'un m'a dit : 'Il faudra changer de contraception.' En soins intensifs de cardiologie, où je suis restée dix jours, on m'a aussi posé des questions sur la pilule. On a découvert que j'étais porteuse du facteur V de Leiden. Je ne le savais pas, il n'y a jamais eu aucun antécédent dans la famille.

Pour moi, le seul risque de la pilule, c'était la cigarette. J'ai pourtant fait des études médicales. Je n'avais jamais entendu parler des risques thromboemboliques, mes collègues non plus. Depuis mon accident, ma gynécologue a repris tous ses listings de patients, elle en parle à ses collègues. Cela se sait dans le microcosme, les médecins font dépister leur entourage, mais personne ne veut prendre la parole publiquement. Dès qu'on évoque le sujet, on nous accuse d'être anti-pilule, on nous dit qu'on va faire monter les avortements. Mais moi je suis du côté des femmes ! J'attends, comme pour le Médiator, qu'un médecin finisse par parler haut et fort."

Propos recueillis par Pascale Krémer et Pascale Santi

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