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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 19:23

Le titre de ce billet peut vous paraître excessif, il recouvre pourtant une réalité . En effet, les conflits d’intérêts qui sont la règle dans la santé , tuent  un certain nombre de patients et pour certains même des personnes jeunes en bonne santé.

Les conflits d’intérêts sont une notion qui est mal comprise et souvent réduite à une notion mercantile , une notion où le médecin touche de l’argent de l’industrie pharmaceutique . C’est un aspect des choses, mais il ne se résume pas à cela. Les conflits d’intérêts en médecine sont plus fréquemment de l’ordre de l’affectif et de la proximité.

Par exemple le fait que la grande majorité des médecins reçoivent à leur cabinet les visiteurs médicaux crée un lien d’intérêt et un conflit fort. En effet, ces visiteurs créent un lien relationnel fort par l’intermédiaire duquel elles ( se sont majoritairement des femmes) obtiennent la prescription de tel ou tel médicament . J’ai le souvenir que certaines me demandaient expressément de prescrire les médicaments qu’elles présentaient . Elles demandaient ainsi mon aide pour atteindre les objectifs qui leurs avaient été fixés par leur patron. Pourquoi ne pas faire plaisir à cette personne sympathique et empathique envers moi, d’autant que le médicament qu’elle présentait valait bien les autres ? C’est comme cela que fonctionne la plupart du temps les liens d’intérêts : faire plaisir.

Les laboratoires ne s’y trompent pas quand ils dépensent chaque années plus de 25000 ( vingt cinq mille) euros par médecin et par an pour s’attacher les bonnes grâces des prescripteurs rapport IGAS 2007) . Comment imaginer qu’ils dépensent une telle somme pour les « beaux yeux des médecins » ? Et pourtant c’est ce que pensent la majorité des médecins quand on les interroge et qu’ils affirment « la main sur le cœur » qu’ils ne sont pas influencés dans leurs prescriptions par les services marketing de l’industrie pharmaceutique.

Ainsi, une anecdote personnelle, pas plus tard qu’hier : appel téléphonique d’une visiteuse médicale d’un grand laboratoire pharmaceutique pour savoir si j’avais bien reçu l’invitation pour l’ouverture d’un cabinet où plusieurs spécialistes se regroupent. Je me suis ému de son appel . Elle m’a affirmé que le laboratoire pour qui elle travaillait n’intervenait pas mais qu’elle faisait cela pour aider ces confrères spécialistes, sous entendant que son action était désintéressée . Ben voyons !!!

Le mal que fait à la médecine ces conflits d’intérêts est sous évalué. Mes confrères pour la plus part les nient. Je voudrais que vous consultiez ces liens :

Cet article sur un colloque qui a eu lieu sur les conflits d’intérêts . Sa conclusion m’a suffoqué : « C’est marrant (et rassurant !) car les orateurs n’avaient pas obligation de déclarer leurs liens d’intérêt ! Pour les professionnels de santé, c’est depuis le 25 mars 2007 que l’on doit déclarer ses liens d’intérêts : il faudrait peut-être supprimer une obligation peu appliquée… ».

Supprimer une loi car peu appliquée !!!!! Que penserions nous si un professionnel écrivait qu’il faut supprimer les limitations de vitesse ou l’interdiction de l’alcool au volant car ce sont des obligations peu appliquées ?

Je voudrais attirer votre attention sur un autre article , du journal Le Monde qui parle de la dangerosité des pilules contraceptives de 3 ème et 4 ème génération. Malgré les éléments factuels présentés qui montrent que ces pilules n’apportent aucun bénéfice et sont par contre beaucoup plus dangereuses que celles de 1ère et 2ème génération; certain confrères écrivent ceci : « Dans un pays où prédomine toujours le tout-pilule, le docteur Elisabeth Paganelli, secrétaire générale du Syndicat national des gynécologues obstétriciens de France, regrette le déremboursement de ces contraceptifs, et leur dénigrement qui risque de détourner les femmes d’une contraception. » Comment ce médecin peut-il être aveugle à ce point et se positionner ainsi ? Sa proximité avec l’industrie pharmaceutique en est sans doute la raison.

Un peu plus loin : « « Les pilules de 3e génération et plus gardent une place en deuxième intention, quand un contraceptif de 2e génération est mal toléré ou ne résout pas les problèmes annexes, comme l’acné », ajoute Brigitte Raccah-Tebeka, gynéco-endocrinologue à l’hôpital Robert-Debré (Paris). Qui précise être ponctuellement expert auprès du laboratoire Bayer. » Là les conflits d’intérêts sont même admis mais il n’empêche …..

Plus loin encore : « Quant aux risques thrombo-emboliques des contraceptifs, ils sont perçus, par beaucoup des prescripteurs interrogés, comme « minimes » voire « exceptionnels ». Ces arguments expliquent en partie pourquoi le message de la HAS ne passe pas auprès des médecins. » Pourquoi ces médecins ont une telle croyance ( risques thrombo-emboliques minimes) ? Tout simplement parce que c’est le discours qui leur est servi par les laboratoires . Je rappelle que ce discours est tenu par les visiteurs médicaux de ces mêmes laboratoires que les médecins reçoivent en masse. Chacun sait comme le disait Pierre Dac ( ou peut-être Chateaubriand,) : »Un mensonge répété suffisamment longtemps devient une vérité ».

Un dernier exemple de la proximité avec l’industrie pharmaceutique dans cet article où vous remarquerez la similitude du discours pour défendre les pilules incriminées . Ne soyez pas surpris de cette similitude, c’est le discours marketing des fabricants.

Une liste exhaustive des positionnements des médecins liés aux industries du médicament est impossible. La méfiance doit donc prévaloir surtout quand vous entendez « progrès » , « nouveautés » ou « prévention et dépistage ».

Tout cela pour dire que les conflits d’intérêts ont un impact réel sur la santé de tout un chacun . Ce n’est pas un « fantasme » comme beaucoup voudraient nous faire croire.

Par ailleurs, lutter activement contre les conflits d’intérêt est une action de santé publique n’en déplaise à nos dirigeants qui se préoccupent plus de la santé financière de l’industrie pharmaceutique ( sous prétexte d’emplois) que de la santé de leurs concitoyens.

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Published by VIOLENCES A L'HOPITAL - dans DERIVE DE LA MEDECINE
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