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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 19:46

Diffusé dans l'émission

Inde: le scandale des cobayes humains

A travers reportages et entretiens, le magazine de la Rédaction de France 2 aborde tout ce qui fait l'actualité.

Sujet

29m13s

Diffusion : 21/03 à 20h45

 envoye-special-cobayes.jpg

Le marché de la recherche sur l’humain n’a pas échappé à la crise : les sociétés françaises chargées de tester de nouveaux médicaments ont perdu 20% de leur activité. Comme pour les autres industries, la cause est simple : la délocalisation.

Les plus grands laboratoires pharmaceutiques font désormais réaliser une grande partie de leurs essais cliniques dans les pays émergents. Et l’Inde est devenue pour eux un nouvel eldorado. Les plus grands laboratoires du monde entier viennent tester en Inde certains nouveaux médicaments et vaccins, de nouvelles molécules et thérapies.

Des essais à prix discount, 30 à 60% moins chers que dans les pays occidentaux, des procédures moins contraignantes, et surtout, un très grand nombre de volontaires dans un pays qui dépasse le milliard d’habitants : en Inde, le marché des tests de médicaments augmente de 30% chaque année.

 

Un reportage de Grégoire Lelong, Romane Moziwi, Amélie Drallag

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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 19:44

 

Le Monde Diplomatique
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Par Sonia Shah

Journaliste (Canada). Auteure de The Body Hunters. Testing New Drugs on the World’s Poorest Patients, (paru) en octobre 2007 dans une traduction française de Pierre Saint-Jean, éditions Demopolis, Paris ; www.soniashah.com




Source: The globalist.com


Pour les essais cliniques, indispensables avant la mise en vente de nouveaux médicaments, les laboratoires pharmaceutiques se tournent désormais vers le Sud. Ils y trouvent des malades nombreux et plus dociles, ainsi que des contraintes éthiques et juridiques souvent moins rigoureuses que dans les pays riches. Si, faute d’alternative, les participants à ces essais peuvent en tirer parti, cette nouvelle forme d’exploitation des corps donne lieu à une inquiétante délocalisation des risques... sans grande contrepartie.

 


Jamais les fabricants de médicaments n’ont accordé autant d’attention aux pauvres de la planète. En Afrique du Sud, non loin des taudis de la banlieue du Cap, les laboratoires rutilants de Boehringer Ingelheim tranchent sur le paysage. En Inde, dans l’immeuble immaculé de Novartis construit à proximité des bidonvilles de Bombay, des chercheurs se creusent la tête pour élaborer de nouveaux médicaments. Leurs concurrents Pfizer, GlaxoSmithKline (GSK) et AstraZeneca ont tous créé récemment d’importants centres d’essais cliniques dans ce pays. Viennent-ils guérir les maux des patients appauvris qui font la queue devant leurs cliniques neuves ? En réalité, ils s’installent dans les pays en voie de développement dans le but d’y mener des expérimentations. En 2006, plus de la moitié des tests thérapeutiques de GSK ont eu lieu hors des marchés occidentaux, avec une préférence pour les pays « à bas coûts » (Bulgarie, Zambie, Brésil, Inde...) : on parle désormais de dizaines de milliers d’essais cliniques « délocalisés » (1).


L’objectif des laboratoires reste de concevoir des produits destinés à la clientèle des riches pays occidentaux, avec ses problèmes de santé liés au vieillissement – maladies cardiovasculaires, arthrite, hypertension et ostéoporose. Avec dix ordonnances par habitant et par an en moyenne, les Etats-Unis constituent le plus grand marché pharmaceutique du monde – le chiffre d’affaires y progresse de 15 % par an ; le nombre de nouveaux médicaments mis sur le marché a triplé entre 1970 et 1990. Cette situation s’explique en grande partie par une réglementation de plus en plus favorable à l’industrie. Depuis 1984, la Food and Drug Administration (FDA) a étendu le droit des brevets à l’ensemble des nouveaux médicaments ; en 1992, elle accepte d’accélérer l’examen des demandes d’homologation de nouveaux produits, en échange d’une participation financière des laboratoires. En 1997, elle vide de leur substance les dispositions interdisant la publicité télévisée pour de nouveaux produits pharmaceutiques.


Manque de volontaires aux Etats-Unis

Si les Occidentaux profitent de ceux-ci, ils sont moins que jamais enclins à participer aux études cliniques indispensables à leur élaboration. Chaque médicament doit être testé sur plus de quatre mille patients pour être validé, ce qui exige de faire subir des examens préalables à plus de cent mille personnes (2). Pourquoi un si grand nombre de tests ? La réponse vient des statistiques : il n’est pas nécessaire de recruter de nombreux volontaires pour démontrer l’efficacité, par exemple, de l’insuline sur les personnes sujettes à des comas diabétiques, car l’effet du produit est spectaculaire. Il est en revanche beaucoup plus difficile de prouver l’intérêt des médicaments pour les maladies cardio-vasculaires, l’arthrite, l’hypertension et d’autres pathologies chroniques, car, en dépit de tous les efforts déployés par l’industrie, la plupart d’entre eux ne sont que marginalement efficaces. Certains ne font guère mieux qu’un placebo. Le plus souvent, « il faut vraiment batailler pour trouver la différence », selon l’expression d’un vétéran de la recherche clinique, entre des patients traités et des patients non traités.


Les besoins de l’industrie en sujets expérimentaux sont donc considérables. Pourtant, moins de 5 % des Américains acceptent de prendre part à des essais thérapeutiques. Pour remédier à ce problème, les laboratoires les réalisent fréquemment en comparant l’effet du nouveau médicament avec celui d’un placebo. Il n’est alors pas besoin d’autant de sujets ; prouver qu’il est plus efficace de prendre un nouveau médicament que de ne rien prendre est tout ce qu’exige la FDA. Or les essais « contre placebo » ont par définition deux « branches » : un groupe suit le traitement en cours de test et l’autre, auquel on n’administre aucun traitement actif, sert de témoin (lire « Quatre phases d’essais »). Une telle mission est devenue quasiment impossible dans les pays occidentaux : d’une part, il est plus difficile de trouver des « patients naïfs », vierges de tout traitement ; d’autre part, l’éthique commande d’offrir au minimum le niveau de soins (standard of care) habituel dans le pays. Aux Etats-Unis, où seul un essai clinique sur cinq réussit à recruter suffisamment de personnes, chaque phase de l’élaboration d’un médicament qui n’aboutit pas ou se voit retardée constitue un manque à gagner de plusieurs millions de dollars...


Les maladies des pays pauvres ne figurent pas parmi les priorités des entreprises : seul un marché d’au moins 200 millions de dollars peut commencer à intéresser les stratèges de la pharmacie. Cependant, les populations des pays en voie de développement ne souffrent pas que du paludisme et de la tuberculose. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 80 % des décès provoqués par des maladies chroniques et non contagieuses sont recensés dans les pays en voie de développement. L’Inde et la Chine concentrent plus de 90 % des cas mondiaux de diabète de type 2. Dans certaines régions du continent africain, une personne sur cinq est diabétique, et vingt millions d’Africains souffrent d’hypertension (3).


Les implications de ce phénomène apparaissent « stupéfiantes et d’ores et déjà apparentes » à l’OMS. Les patients traités pour ces maladies connaissent un plus grand nombre de complications que dans les pays riches. Pour les responsables d’essais cliniques, c’est une aubaine. Ainsi, pour démontrer qu’une médication cardiaque est efficace, il faut établir que les personnes qui prennent le produit subissent moins d’« événements » que les autres. Les tests peuvent donc être réalisés beaucoup plus vite. Comme l’a souligné le dirigeant d’une société partenaire de l’industrie pharmaceutique dans le cadre d’une conférence sur l’utilité de ces essais dans les pays pauvres, « si l’on n’a pas suffisamment d’événements [en d’autres termes, de crises cardiaques ou de décès], on ne peut jamais terminer un essai ».


« L’Afrique du Sud est un pays formidable », m’a dit un autre dirigeant d’une société conduisant des essais cliniques, car un grand nombre de personnes infectées par le VIH n’y ont pas encore été traitées avec des agents antirétroviraux. Les patients naïfs – autrement dit, les malades trop pauvres pour avoir pu entreprendre un traitement – constituent un vivier de premier choix.


Appelées « organismes de recherche sous contrat » (ou CRO), de nombreuses sociétés se sont spécialisées dans la mise en place d’essais cliniques à l’étranger pour le compte des grands laboratoires pharmaceutiques. Elles s’appellent Quintiles, Covance, Charles River Laboratories ou PPD (voir le tableau « Principaux organismes de recherche sous contrat (CRO) »), et disposent de bureaux et de sites dans un grand nombre de pays en voie de développement. Quintiles, par exemple, opère au Chili, au Mexique, au Brésil, en Bulgarie, en Estonie, en Roumanie, en Croatie, en Lettonie, en Afrique du Sud, en Inde, en Malaisie, aux Philippines et en Thaïlande.


La rapidité est un atout crucial. Dans les pays occidentaux, recruter des sujets en nombre suffisant peut prendre des semaines, voire des années. Chargée d’un essai pour un vaccin expérimental, Quintiles a pu recruter, en Afrique du Sud, trois mille patients en neuf jours. Pour un autre, la société a réuni mille trois cent quatre-vingt-huit enfants en douze jours. Alors que, aux Etats-Unis, entre 40 % et 70 % des volontaires ont tendance à tergiverser puis à renoncer, les sociétés spécialisée en Inde assurent conserver 99,5 % des sujets volontaires (4).


Covance se vante de pouvoir conduire des essais dans vingt-cinq mille centres, établis dans une douzaine de pays. La presse spécialisée est en effervescence : « Skiez là où il y a de la neige, conseille la publicité d’une de ces CRO, menez vos essais cliniques là où il y a des maladies. »


Pour ses défenseurs, cette situation avantage tout le monde. Les centres de tests offrent des soins sans commune mesure avec ceux des cliniques locales – où il faut attendre des journées entières pour consulter un personnel débordé et dépourvu de moyens. Les participants devraient donc s’estimer privilégiés ; l’alacrité avec laquelle ils se pressent dans les centres prouverait qu’ils en sont conscients. Les cliniques accèdent ainsi aux technologies les plus avancées et bénéficient des équipements modernes indispensables pour réaliser les essais. « Nous avons obtenu des équipements, se souvient un chercheur indien, et ils n’ont jamais demandé qu’on les rende. »


Au demeurant, si les Occidentaux ne veulent plus se transformer en cobayes, cela ne signifie pas que c’est une mauvaise opération pour les autres ! Non seulement ils bénéficient d’un traitement de choix, mais il leur arrive aussi d’être payés en compensation. De même que l’on délocalise des usines pour profiter des salaires les plus faibles ou de contraintes environnementales moins drastiques, pourquoi – nous assure-t-on – ne pas déplacer une partie des essais cliniques ? « On m’accuse de profiter de la situation, se plaint un chercheur opérant dans des pays pauvres. Mais sans ces essais, ces enfants seraient morts ! » Pour M. Robert Temple, directeur médical à la FDA, l’analyse coût-avantage est irréfutable : « Les gens ont, de manière générale, tout intérêt à participer. La moitié des sujets se voient administrer [un médicament actif] et de meilleurs soins, dit-il. Et l’autre moitié [reçoit] de meilleurs soins. »


Pourtant, offrir son propre corps à la science n’est pas tout à fait la même chose qu’aller pointer chaque jour à l’usine. Rien ne garantit qu’un participant se portera mieux au terme de l’expérimentation. Cette incertitude et le risque d’effets négatifs sont d’ailleurs la raison première des essais cliniques.


De ce fait, le préalable absolu à la recherche éthique sur les êtres humains, tel qu’il est défini par une multitude de documents (notamment le code de Nuremberg, adopté en 1947 en parallèle au procès des médecins nazis, et la déclaration de Helsinki de l’Association médicale mondiale de 1964, révisée en 2004), pose que les sujets concernés puissent donner un consentement éclairé (c’est-à-dire après avoir été correctement informés et avoir compris) et volontaire. La décision ne doit pas être influencée par des mesures de compensation trop généreuses. Ce qui ne va pas sans paradoxes : lorsque des militants antisida ont demandé aux organisateurs d’un essai de vaccins expérimentaux de garantir un traitement à vie à tous les participants qui seraient infectés par le VIH au cours de cet essai, les chercheurs ont répliqué que cette exigence violerait le principe du consentement volontaire – des personnes non infectées auraient pu se porter volontaires pour (dans le cas d’une contamination) accéder par ce biais à des soins de santé autrement inabordables.


Néanmoins, la réalité apparaît, selon un nombre croissant de témoignages, comme fort éloignée de cette exigence. Le taux d’abandon est un des indicateurs employés par les spécialistes de bioéthique pour mesurer la qualité du consentement : si certains sujets refusent de participer ou décrochent en cours d’essai, ils démontrent avoir compris que leur participation était bien le fruit d’une démarche volontaire. Dans les pays occidentaux, ce taux dépasse souvent 40 %. En comparaison, de nombreux enquêteurs cliniques actifs dans les pays en voie de développement déclarent que les sujets potentiels ne refusent jamais de participer. La rapidité avec laquelle les personnes sont recrutées est un autre signe de ce décalage (5).


Dans certains cas (6), jusqu’à 80 % des participants ignorent qu’ils sont libres d’abandonner (lire « La “plaisanterie” du consentement éclairé »). Ce qui devrait constituer une preuve de coercition sert cependant d’argument pour conduire davantage d’essais. Un article publié dans le magazine Applied Clinical Trials souligne que les sujets russes « ne manquent pas leurs rendez-vous, prennent tous les cachets prescrits (...) et ne reviennent que très rarement sur leur consentement. (...) [Ils] font ce que leurs docteurs leur disent. C’est phénoménal ! ». Quant à la publication spécialisée CenterWatch, elle signale — citant un industriel du secteur — que « les Chinois ne sont pas aussi émancipés que les Américains. Ils acceptent volontiers de se transformer en cobayes humains ».


La surveillance exercée par les organismes de régulation européens et américains est minime. A leurs yeux, les essais conduits à l’étranger ont la même validité que ceux réalisés sur place ; toutefois, les fabricants ne sont pas tenus de déclarer ceux conduits à l’étranger : la seule exigence est le respect de la déclaration de Helsinki (et des règles locales si celles-ci prévoient une protection plus importante). Si les tests échouent (ce qui est souvent le cas), ils disparaissent sans laisser aucune trace.


Les comités d’éthique et les organismes de réglementation locaux, qui doivent veiller au respect des droits des sujets, sont rarement à la hauteur de la tâche. En Inde, par exemple, ces hauts fonctionnaires ont pour objectif prioritaire de favoriser le développement des essais cliniques, source de revenus importants. Plusieurs responsables ont déclaré s’attendre à ce que le chiffre d’affaires annuel passe de 70 millions à 1 milliard de dollars. La réglementation a été assouplie : exonérations diverses (droits de douane, impôts) ; élimination des clauses exigeant que des essais de phase III ne soient pas menés en parallèle dans d’autres pays ; suppression de la disposition exigeant que le médicament ait une « valeur spéciale » pour l’Inde (7).


Depuis, selon l’Economic Times, l’un des premiers périodiques économiques du pays, « les opportunités sont extraordinaires, les multinationales, partantes, et les sociétés indiennes, prêtes. Nous avons les compétences, les personnes, et disposons d’un avantage que la Chine n’a pas et n’aura probablement jamais. Surtout, il s’agit là d’une délocalisation contre laquelle les ouvriers américains ne risquent pas de s’élever  (8) ».


Dans presque tous les domaines de la pratique médicale et de la recherche en Inde, l’absence de réglementations saute aux yeux. Ni la profession médicale ni l’enseignement ne peuvent se targuer de déontologie : certains établissements ont été accusés de recruter de faux enseignants pour tromper les inspecteurs, de vendre des certificats d’admission et de mettre leurs diplômes aux enchères. Quant au marché pharmaceutique, il est saturé de produits inefficaces ou dangereux, et le pays ne compte que six cents inspecteurs des produits pharmaceutiques. De plus, selon Chandra Gulhati, spécialiste de l’industrie pharmaceutique et éditeur en Inde du Monthly Index of Medical Specialties, « lorsqu’une société est prise en flagrant délit, elle réussit à s’en tirer avec un simple avertissement ».


Il n’est guère surprenant, dans ces conditions, que toute une série de scandales aient éclaté. Dans les années 1970, un médicament antipaludique non autorisé, la quinacrine, a été distribué à des centaines de milliers de femmes analphabètes. Il les a rendues définitivement stériles. Au milieu des années 1980, un contraceptif injectable, retiré du marché après la découverte de l’apparition de tumeurs chez le rat, fut testé sur des villageoises, qui déclarèrent ensuite « ne s’être jamais doutées qu’elles participaient à un essai ».


A la fin des années 1990, des chercheurs du service public ont délibérément interrompu le traitement dont bénéficiaient des femmes analphabètes atteintes de lésions précancéreuses au niveau des vertèbres cervicales afin d’étudier la progression de la maladie. Il est apparu évident plus tard que ces sujets n’avaient pas été informés et n’avaient donné aucun consentement à cette expérimentation qui rappelle la tristement célèbre étude Tuskegee (9). En 2001, dans l’Etat du Kerala, un chercheur de l’université Johns Hopkins a été découvert en train de tester un médicament anticancéreux expérimental sur des patients atteints d’un cancer avant que le produit n’ait été déclaré inoffensif sur des animaux. En 2003, un médicament anticancéreux expérimental a été administré à plus de quatre cents femmes qui cherchaient à améliorer leur fertilité ; le produit était toxique pour les embryons. Bien que la presse s’en soit fait l’écho, aucun de ces scandales n’a entraîné la mise en œuvre d’une quelconque protection juridique pour les personnes concernées.


Offrir les remèdes à qui les a expérimentés ?



Ces essais conduits en transgressant les règles d’éthique ont aussi pour conséquence de remettre en cause la légitimité de la médecine occidentale auprès de populations du tiers-monde. Pour ne citer que deux exemples, la ministre sud-africaine de la santé a qualifié les médicaments contre le VIH de poison ; des responsables religieux nigérians ont rejeté un vaccin contre la poliomyélite qu’ils jugeaient dangereux. Le spectre du développement de ces essais cliniques conduits dans le secret et insuffisamment réglementés concourt à alimenter ces réactions qui, en termes de santé publique, ont des implications dramatiques.


Rarement invoqué d’une façon explicite, l’argument qui sous-tend la plupart des écarts à l’éthique est que les bénéfices pour la population valent bien quelques prises de risques individuelles – d’autant que la qualité des soins apportés dans le cadre des essais cliniques est souvent supérieure à celle des soins ordinaires, que les médecins impliqués ont accès à des technologies de pointe et que les revenus tirés de ces activités peuvent être réutilisés au profit des patients... Malheureusement, il ne faut pas confondre données expérimentales et progrès scientifiques, comme peuvent en témoigner tous ceux qui ont vu de nombreux vaccins « révolutionnaires » finir abandonnés dans des entrepôts délabrés de régions tropicales.


Une mesure de justice élémentaire serait que les participants aient, à l’issue des essais, accès aux médicaments qu’ils ont aidé à faire approuver. Trop souvent, les nouveaux produits développés et testés sur les habitants des pays pauvres ne font l’objet d’aucune licence d’exploitation dans ces pays, sont commercialisés à des prix prohibitifs, ou ne sont pas utilisables parce que le produit n’y est pas considéré comme pertinent d’un point de vue médical.


De plus fortes revendications pourraient mettre fin à certains essais. Mais, comme l’a déclaré le bioéthicien Jonathan Moreno, l’abandon éventuel de ces recherches à l’éthique criticable est une partie du prix à payer si nous voulons reconnaître qu’il existe une différence entre un rat de laboratoire et un être humain.


(1) Lire Jean-Philippe Chippaux, « L’Afrique, cobaye de Big Pharma », Le Monde diplomatique, juin 2005.

(2) Cf., par exemple, Stan Bernard, « The drug drought : Primary causes, promising solutions », Pharmaceutical Executive, 7 novembre 2002

(3) La « transition nutritionnelle » qui a été à l’origine de l’évolution de certaines maladies est présentée de manière approfondie dans Benjamin Caballero et Barry M. Popkin (sous la dir. de), The Nutrition Transition. Diet and Disease in the Developing World, Academic Press, Londres, 2002.

(4) La rapidité avec laquelle les listes sont établies et l’abondance des volontaires qui les caractérisent sont mises en valeur sur les sites Internet des CRO. Cf., également, « Lifting India’s barriers to clinical trials », CenterWatch, août 2003.

(5) Cf. National Bioethics Advisory Commission, Ethical and Policy Issues in International Research : Clinical Trials in Developing Countries, avril 2001.

(6) Quarraisha Abdool Karim (sous la dir. de), « Informed consent for HIV testing in a South African hospital : Is it truly informed and truly voluntary ? », American Journal of Public Health, Washington, DC, 1er avril 1998, 637-40 ; et Niels Lynoe (sous la dir. de), « Obtaining informed consent in Bangladesh », The New England Journal of Medicine, Waltham, 8 février 2001.

(7) Comme l’a précisé M. Ken Getz, de CenterWatch (la société de services d’information axée sur les essais cliniques), qui m’a raconté avoir été accueilli en Inde comme un chef d’Etat. Cf. aussi Narayan Kulkarni, « The trials leader », Biospectrum (Inde), 10 juin 2003.

(8) « Clinical trials in dock as guinea pigs fail the test », Times News Network, 10 mars 2004.

(9) Dans le cadre de cette étude sur la syphilis, parrainée par les services de santé publique des Etats-Unis, des dizaines d’hommes noirs de milieux défavorisés furent privés de traitement pendant plusieurs décennies, dans le but de décrire l’avancée naturelle de la maladie. Le scandale conduisit à l’émergence, en 1974, des premières mesures de protection des patients subissant des essais.

Précision

La publication spécialisée CenterWatch nous signale que son rapport cité par Sonia Shah ne reprend pas à son compte la phrase « les Chinois ne sont pas aussi émancipés que les Américains. Ils acceptent volontiers de se transformer en cobayes humains », citation d’un industriel du secteur.

(Le Monde diplomatique, juillet 2007.)
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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 18:23

Par LEXPRESS.fr, publié le 20/03/2013

Et s'il y avait des traces d'insecticides dans les céréales, pâtes et petits gâteaux à base de blé? C'est ce que dénonce une étude de Générations Futures publiée ce mercredi. 


Des insecticides dans les aliments à base de blé?

De nombreux aliments à base de blé contiendraient des pesticides, perturbateurs endoctriniens.

DR

Des perturbateurs endoctriniens dans les insecticides? Dangereux - mais peu surprenant. Mais savez-vous qu'ils peuvent se cacher dans vos céréales du matin ou dans votre assiette de pâtes du midi? C'est ce que souligne une étude publiée ce mercredi par l'association écolo Générations Futures et relayée par France Info

"Alors qu'on imaginait que seuls les agriculteurs étaient concernés par l'exposition aux pesticides, Générations futures a découvert avec l'aide du Syndicat solidaires que les salariés de l'agroalimentaire pouvaient être intoxiqués par des insecticides de conservation pulvérisés à fortes doses dans des entrepôts de stockage des céréales. [...] De même, l'utilisation intensive de substances chimiques a pour conséquence une exposition des consommateurs puisque nombre de ces substances se retrouvent dans les céréales non-bio", affirme le rapport "Exppert". 

L'association a fait analyser plusieurs produits alimentaires. 75% d'entre eux contiennent des perturbateurs endocriniens, même si aucun ne dépasse les limites maximales admissibles. "Il faut que demain, aucun organisme ne contienne de perturbateurs endocriniens et ce afin de protéger la santé des enfants à naître", défend le porte-parole de Générations Futures

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 20:04
Bébé vaccins
© Inconnu

Pour être un scoop, ça en est un (du moins pour ceux qui ne savaient encore rien sur les vaccins). Le Dr Jean-François Saluzzo, Directeur de Production des vaccins viraux et chef de projet Recherche & Développement pour les vaccins anti-SIDA, anti-dengue et contre le SARS chez Sanofi Pasteur mais également consultant pour l'OMS, a notamment déclaré dans une vidéo sur la fabrication et le contrôle des vaccins qu'ils ne savaient pas comment marchent les vaccins. Ils ne savent pas comment ça fonctionne mais il faut cependant qu'on continue absolument à vacciner sans savoir, dogme et idéologie obligent !!

Et cette vidéo, qui fait partie des cours de vaccinologie aux médecins (sic !), comporte bien sûr encore plusieurs autres belles perles que nous tenions à vous faire partager ci-dessous, histoire de ne franchement plus se faire vacciner idiot, comme on dit.

4'20''
« Quels sont les éléments essentiels du vaccin ? Il y a d'une part les bactéries qui vont servir à produire les vaccins ; il y a aussi les virus, et un point important pour tout ce qui est en particulier les virus, ce sont des cellules eucaryotes, c'est-à-dire que les vaccins sont produits sur des cellules.

Tout ceci dans le cas des vaccins viraux. Il faut bien comprendre qu'il s'agit du vivant et tout ce qui va servir à cultiver un virus peut-être source de danger.

Quand vous utilisez par exemple des sérums de veau, et bien vous devez être sûrs que le sérum de veau n'apporte pas un virus de la BSE dans les vaccins (BSE= encéphalopathie spongiforme bovine ou maladie de la vache folle), car c'est du vivant ; vous allez l'incorporer dans votre vaccin et vous risquez de l'avoir au final...

Au cours de toute cette activité de production vivante, à tout moment il y a un risque d'introduction d'agent contaminant dans le vaccin par l'intermédiaire des techniciens...

Le risque potentiel qu'il y ait un problème au niveau d'un vaccin, ce n'est pas les effets secondaires ; ça, on connaît les effets secondaires, mais c'est l'accident bête qui serait l'introduction d'un virus à l'intérieur du vaccin final. - Nous avons eu dans les années '60 un drame qui s'est produit, c'est-à-dire que des cellules de reins de singes étaient contaminées par un virus qui s'appelait le SV40 qui est un virus tumorigène, et on a découvert que ce virus contaminait les vaccins, et notamment les virus utilisés chez les enfants. 60 millions d'Américains ont reçu ce vaccin tumorigène. Par chance, il s'est avéré qu'il n'était pas adapté à l'homme, mais ça a été une grande crainte...ça s'est reproduit, ça se reproduira ! »
7'18''
« Dans le cas des virus aviaires, il y a eu le problème avec la fièvre jaune qui était contaminé avec un virus de leucose aviaire ; ça a été également un drame. Par chance encore une fois, 400 millions de personnes ont reçu ce virus de la leucose aviaire vivant qui s'est multiplié chez l'homme, mais par chance, il n'était pas pathogène. »

[...] « les cellules hétéroploïdes ont constitué une étape essentielle, mais posent encore énormément de questions. C'est une réflexion qu'il faut avoir. Par exemple la cellule MDCK pourrait être utilisée pour la production du vaccin contre la grippe ; c'est un excellent support de production du virus contre la grippe, mais elle est tumorigène et le grand débat philosophique qu'il y a : peut-on utiliser une cellule tumorigène pour faire un vaccin destiné à des enfants ? 13.20 - C'est vous dire qu'au niveau des autorités c'est une énorme discussion et pour les industries aussi. Certains disent que les quantités d'informations génétiques, c'est-à-dire d'ADN sont extrêmement faibles et qu'il n'y a aucun risque ; certains disent « oui, mais attention », on vaccine des enfants de 1 an à 5 ans et... dans 50 ans, qu'est-ce qui va se passer ? Donc, avant d'accepter une cellule comme ça, le débat est très ouvert. C'est actuellement ce qui se passe aux Etats-Unis avec le vaccin de la grippe produit sur MDCK par la société Novartis. Le débat, je peux vous dire, au niveau de la FDA reste très élevé parce que c'est moralement un problème très important. Que vous vacciniez une personne de 75 ans, le risque est très faible, mais quand vous vaccinez des enfants, vous vous posez aussi des questions sur le long terme. »

(En riant) : « Je ne veux pas dire qu'avec le vaccin il faut éliminer les personnes de plus de 75 ans. »

« En 1955, le premier vaccin a été mis au point par Jonas Salk, premier vaccin produit sur des cellules de reins de singe. Malheureusement il y a eu un drame qui s'est produit quelque temps après : un vaccin produit par les laboratoires Cutter était mal inactivé et il y a eu plus de 270 enfants qui ont contracté la polio et plusieurs sont décédés. »

(En ce qui concerne les vaccins mal inactivés) :

« Pour le vaccin contre la rage ; c'est arrivé au Brésil où il y a eu plusieurs dizaines de personnes qui sont mortes de rage. »
42'19'' (Concernant la fièvre jaune)
« Pendant la guerre, l'armée américaine avait décidé de vacciner tous ses soldats qui partaient, ainsi que les anglais. Donc, on a vacciné et malheureusement, il y a eu une dramatique épidémie d'hépatite B. Il y a eu 28.000 cas d'hépatite B suite à la vaccination contre la fièvre jaune. Parmi les vaccinés, il y en a eu un qui était très fameux : Churchill qui a été vacciné avec un vaccin contre la fièvre jaune contaminé par l'hépatite B. »
49'20''
« Il n'y a pas de solution miracle pour produire un vaccin ; on ne sait pas vraiment comment. »
50'15''

« Une des raisons essentielles de l'histoire des vaccins, c'est qu'on ne comprend pas comment marchent les vaccins. Tout simplement parce que quand un vaccin a été mis au point, plus personne ne s'intéresse au vaccin, si bien que de nos jours quand un nouveau virus apparaît, on ne sait pas comment les autres vaccins ont marché et est-ce qu'on peut s'inspirer d'autres vaccins ? Je pense que si on veut faire des progrès dans l'avenir dans le domaine de la vaccinologie et des vaccins nouveaux, c'est d'étudier d'abord la réponse immunitaire. »

51'
« ...Jamais on n'a pu faire un vaccin avec une protection mucosale...tout simplement parce qu'on met toujours la charrue avant les bœufs... On ne connaît pas comment marchent les vaccins. »
Visionner la totalité de cette vidéo

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 20:03
Nicole Delépine explique que la convergence d'intérêts politiques et de lobbies médico-pharmaceutiques a conduit à une OPA sur le cancer : la transformation d'un fléau relatif en péril national.

Argent et médecine illustration
© Inconnu
Extraits de Le cancer, un fléau qui rapporte (1 et 2/2).

1re partie - Plan cancer : la fabrication d'un péril national, synonyme de budgets faramineux pour les laboratoires

Entre 1980 et 2005, la mortalité par cancer a diminué de 24 % chez l'homme, 22 % chez la femme. Contrairement aux assertions d'un certain nombre de négationnistes du traitement du cancer (2), la guerre contre le cancer n'a pas été perdue, même si de toute évidence elle n'est pas gagnée.

Selon l'InVS (3) et l'INCa, le nombre de nouveaux diagnostics de cancer en France métropolitaine a été en 2011 de l'ordre de 207 000 chez l'homme, 158 500 chez la femme, et celui des décès respectivement 84 500 et 63 000. [...]

Mais le cancer peut-il être vaincu ? Sûrement pas ! Ce sera de longs siècles de jeu du chat et de la souris. Quoiqu'il en soit le traitement du cancer sauve actuellement plus de 50 % des patients atteints (quitte à recevoir des traitements lourds et désagréables), et les guérit (4). Le nier relève de l'obscurantisme à moins que ce ne soit une volonté marketing pour promouvoir d'autres approches.

Les motivations de ceux qui alertent la population sur une « épidémie de cancer » qui n'existe pas sont variées et proviennent de diverses sources. Réunies, elles peuvent faire croire à la population qu'il s'agit d'une réalité, d'un péril imminent et justifier l'intérêt que lui portent les politiques comme s'il était nouveau, en plein essor et menaçant à court ou moyen terme. Les promoteurs de l'épidémie et de l'escroquerie sortent vainqueurs. Qui sont-ils ? Multiples et variés, médiatisés ou dans l'ombre, lobbyistes rampant.

Quelques pistes cependant

Les multinationales pharmaceutiques en perte de vitesse dans les années 90 ont réactivé les peurs ancestrales de la maladie qu'il faut prévenir et traiter. Traiter les bien portants par des examens préventifs, vacciner à large échelle ou prescrire des dosages de marqueurs par millions chaque année.

Les lobbies des médecines naturelles et toutes méthodes dérivées - , sport, sophrologie, hypnose.

Tous les écœurés des relations avec la médecine académique dont le comportement hautain et autiste éloigne des traitements conventionnels pourtant souvent efficaces.

Le cancer est devenu la nouvelle téléréalité qui fait monter l'audimat. Combien d'émissions médicales par jour ? Et pour que cela paie, il faut évidemment que ce soit grave, très grave, presque insoluble. Le milieu de la communication, plus largement, bénéficie de ce lobby. Comment accepter que les grandes institutions, comme les centres anticancéreux, les centres privés ou publics d'hospitalisation, aient recours à des communicants professionnels ayant non seulement pignon sur rue mais aussi sur Internet et dans les ministères ?

Quand on connaît le prix des campagnes de pub que paieront ces établissements de soins inclus dans les prestations in fine payées par la Sécurité sociale, c'est indécent et contraire à la déontologie qu'on n'hésite pas à rappeler au médecin isolé dans sa campagne, créateur d'un site Internet. Que penser des liens suspects entre politiques, directeurs d'hôpitaux quand ils ont les mêmes communicants ?

La construction politique d'un fléau social : le cancer, priorité nationale et le monde de l'argent

La transformation d'un fléau relatif en péril national associe politiques au plus haut niveau et
Pilules
© Inconnu
représentants des académies de médecine, chirurgie, biologie, et institutions Inserm, Cnrs etc. qui y trouveront leurs intérêts. L'obtention de budgets souvent faramineux en lien avec le plan cancer pour de nombreux laboratoires sera une aubaine ainsi que pour les innombrables agences dérivées qui vont naître et recevoir des allocations très significatives (5). [...]

Pour mettre en place un plan cancer, publicité d'une politique volontariste, il fallait faire face à un ennemi emblématique. Il fut dénommé « tueur » dans le rapport Neuwirth (7) de 2001 sur la politique de lutte contre le cancer. Ce rapport concrétisait les angoisses récentes sur la politique du cancer en France et les propositions des centres anticancéreux pour organiser d'une main de fer le traitement du cancer dans notre pays. Le rapport Neuwirth en 2001 affirmait : « Le cancer est le principal défi auquel est confronté notre système de santé publique. » Il se basait, pour faire peur, sur l'augmentation du nombre des cancers en France expliquée en grande partie par le développement discutable des dépistages. Par contre la diminution de mortalité qui aurait dû rassurer la population n'était pas soulignée.

2e partie - L'industrie du cancer : des molécules au prix exorbitant et à l'efficacité douteuse
« Le but de la politique est de garder la population inquiète et donc en demande d'être mise en sécurité, en la menaçant d'une série ininterrompue de monstres, tous étant imaginaires. »

~ Henry Louis Mencken (1880-1956)

Aujourd'hui, le coût du cancer s'élève seul à 14 milliards d'euros annuels pour 350 000 nouveaux patients et plus d'un million de malades cancéreux à 100 %. Sur plus de 65 millions d'habitants, le cancer représente 1 à 2 % des malades versus plus de 8 % des dépenses. D'autant plus que faire pleurer sur les pauvres cancéreux - prétendument privés de quelques mois de vie si on leur refuse les molécules toutes neuves, d'efficacité incertaine et plus chères que l'or - relève du jeu d'enfants. Les plans cancer successifs - initiés sous forme de mission cancer dès 1998 - imposèrent une nouvelle organisation de la cancérologie pour contrôler les modes de prise en charge du cancer en France et donner les traitements de leur choix. Oublié l'acharnement thérapeutique et la qualité de vie de malades auxquels la prescription de traitements éprouvés - capables de leur offrir confort et survie appréciables - nous aurait quasiment conduits auparavant à la plainte à l'Ordre.

Le vice-président du Comité consultatif national d'éthique (6) souleva le problème à partir d'un exemple concret et biaisé. Était-il éthique de dépenser 54 000 dollars pour allonger une espérance de vie de quelques mois ? Pour prolonger de douze mois la vie des 550 000 Américains qui décèdent du cancer tous les ans, le journal précisait qu'il faudrait dépenser 440 milliards de dollars supplémentaires par an. En France, au nom de l'équité, il fut décidé de libérer la prescription de ces innovations à prix de luxe. De quelle équité, par rapport à qui ? Du bonheur des laboratoires et de leurs complices. Les Français, pendant le même temps, n'auraient ni lunettes ni dentisterie remboursées. L'idéologie aveuglante, comme le dit l'amie de Mme la Ministre dans sa lettre ouverte (8).

La question à se poser n'était-elle pas plutôt : pourquoi acceptons-nous sans discussion des prix aussi exorbitants pour ces nouvelles molécules, prix non discutés au prétexte d'une recherche onéreuse et de prix communs à toute l'Europe ? Si l'Europe délire, délirons ensemble (sauf les Anglais qui adoptent une autre attitude et se font diffamer !). Les banques imposent aux États des récessions qui ne pourront à terme que casser le système.

Les laboratoires pharmaceutiques - dont les bénéfices (15 à 25 % du chiffre d'affaires) sont indécents, particulièrement en temps de crise - imposent des prix scandaleux qu'aucun État responsable ne devrait accepter, sous aucun prétexte. À titre d'exemple, dix-huit semaines de traitement avec une molécule ciblée comme le cetuximab (Erbitux* du laboratoire Merck) coûtent en moyenne 80 000 dollars et n'améliorent la survie médiane que de 1,2 mois.
cover book_Le cancer, un fléau qui rapporte_Nicole-Delépine
© Inconnu
Dans sa grande bonté, le groupe pharmaceutique allemand Merck ne livre plus ce médicament contre le cancer aux hôpitaux publics grecs en raison de factures impayées. « Cela n'affecte que la Grèce, où nous avons été confrontés à de nombreux problèmes. Cela ne concerne que ce produit », explique M. Zachert, directeur financier de Merck au Börsen-Zeitung le 3 novembre 2012. Cynique ou inconscient, il ajoute : « Les Grecs pourront toujours se procurer l'Erbitux* dans les pharmacies. » Avec quel argent ? L'anticancéreux Erbitux* est le deuxième médicament sur ordonnance de Merck le plus vendu. Il a représenté un chiffre d'affaires de 855 millions d'euros en 2011. Ne pleurez pas pour Merck : il publie un bénéfice trimestriel meilleur que prévu le 26 octobre 2012 quelques jours avant la « punition » infligée aux hôpitaux grecs. Le chiffre d' affaires s'est établi à 11,5 milliards de dollars. Merck anticipe un chiffre d'affaires 2012 au même niveau ou proche de celui de 2011 sur la base de taux de change constants. Manifestement insuffisant pour continuer à livrer les hôpitaux grecs.

Médecine ou finances ? La réforme drastique de la santé va encadrer les prescriptions médicales en cancérologie et bientôt, dans la foulée, dans les autres spécialités pour qu'aucun malade n'échappe aux nouvelles drogues aux prix astronomiques « au nom de l'équité ! », leitmotiv des dirigeants qui ne parlent que de justice quand ils nous enferment dans un carcan administratif au service de la finance.

Selon le rapport de l'Institut national du cancer (INCa) en 2010, en France, les dépenses d'anticancéreux récents (9) s'élevaient, dans les établissements publics et Espic (hors secteur privé) à 1,04 milliard d'euros en 2009, soit 6,5 % de plus qu'en 2008. La progression des dépenses impliquées par ces molécules est, de loin, bien supérieure à celle de l'ensemble
des médicaments.

Continuerez-vous à croire que la prescription d'un mois de crizotinib (Xalkori*) à 13 000 euros par mois par Pfizer soit acceptable et que les pauvres laboratoires vont renoncer à la recherche si ces prix délirants ne sont pas acceptés ? Xalkori* a été approuvé par la FDA pour le traitement d'un type de cancer du poumon : un potentiel mondial de ventes de 540 millions de dollars.

Notes

2. Articles de journaux, radio, livres, nombreux sites Internet.

3. Institut de veille sanitaire, « Projection de l'incidence et de la mortalité par cancer en France en 2011 », rapport technique, juin 2011.

4. J'entends par « guéri » l'absence de toute maladie décelable par les moyens sophistiqués actuels chez un patient dont les probabilités de décès lié à ce cancer sont équivalentes en pourcentage au risque de décès de la population globale du même âge, toutes causes confondues. Plus simplement, les cancérologues parlent de guérison après cinq ans de première rémission complète : patient apparemment guéri après ses premiers traitements et n'ayant pas rechuté depuis cinq ans. Certains organisent de grandes fêtes dans les services pour fêter cette guérison symbolique.

5. Voir rapport 2012 de l'IGF sur les agences de l'État.

6. Suite à un article du New York Times.

7. Rapport d'information n° 419 rectifié fait au nom de la Commission des affaires sociales par la mission d'information sur la politique de lutte contre le cancer par M. Lucien Neuwirth, sénateur. PV du 27-06- 2001.

8. Lettre ouverte à Marisol Touraine, site Atlantico, novembre 2012.

9. De la « liste en sus » des nouvelles thérapies ciblées. 91 % des coûts des anticancéreux de la liste en sus se répartissent entre 10 molécules qui représentent 61 % des coûts, voir supra.

A propos de l'auteur

Nicole Delépine est responsable de l'unité d'oncologie pédiatrique de l'hôpital universitaire Raymond Poincaré à Garches. Fille de l'un des fondateurs de la Sécurité Sociale et thérapeute engagée, elle a récemment publié La face cachée des médicaments.
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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 20:01
Ce devrait être le plus gros scandale de la santé publique, bien au-delà du médiator, de la pilule, du sang contaminé et même du vioxx, sans oublier la crise de nerf sur cette viande de cheval qui n'a aucun impact sur la santé et ne révèle que des pratiques commerciales suspectes. Ce scandale, c'est celui de la « chasse » au cholestérol avec à l'appui des molécules pharmaceutiques générant des milliards d'euros de chiffre d'affaire chaque année. Avec deux volets dans cette histoire.

En premier lieu, l'aspect thérapeutique qui à première vue repose sur des évidences factuelles et scientifiques. Le cholestérol est censé favoriser le dépôt de lipides sur les artères, phénomène désigné comme l'athérosclérose et responsable de bon nombre d'accidents vasculaires. Les cardiologues se sont dits alors qu'en utilisant des statines, molécules aux effets hypolipidémiants, il serait possible de faire baisser le taux de cholestérol et de ce fait, limiter les risques de refaire un accident vasculaire. Des tonnes d'études ont été menées mais les résultats sont controversés.

Quelques rares voix se sont élevées, dénonçant l'emprise des laboratoires pharmaceutiques avec des conflits d'intérêts impliquant une partie du corps médical si bien qu'au final, ces voix dissidentes n'hésitent pas à parler d'un mythe du cholestérol, surtout avec cette histoire du bon et du mauvais cholestérol, distinction qui n'est pas sans rappeler les vieilles histoires racontées à l'école primaire sur les animaux nuisibles et utiles. La science ne rend pas forcément intelligent.

Bref, les résultats sont controversés mais il y a plus inquiétant et c'est le second volet de cette affaire très embarrassante pour le système de santé publique. Les statines ont été prescrites à titre préventif à des millions de patients (pour ne parler que de la France) simplement sur la foi d'analyses sanguines du taux de cholestérol qui, lorsqu'il s'écarte des normes, justifierait un traitement hypolipidémiant. Voilà un exemple de dérive du système de soin qui finit par générer des millions de malades potentiels et qui pour le dire ouvertement, administre une sorte de poison moléculaire à des gens bien portants.

Pourtant, principe de précaution oblige, nous devrions être reconnaissants envers ces médecins qui oeuvrent pour notre santé. Mais la vérité est plus cruelle. Nul besoin d'être sorti de polytechnique pour comprendre qu'il n'y a pas de lien entre le transport du cholestérol et le dépôt des lipides sur la paroi des vaisseaux sanguins. Ce sont deux choses différentes. Avec en toile de fond l'obsession de la norme dans un domaine où elle n'est pas pertinente. Prenez par exemple l'image d'un tuyau métallique où circule de l'air contenant de la limaille de fer. Avec un taux égal à Y, très peu de limaille se dépose.

Prenez alors un taux de Y divisé par 10 et générez une aimantation dans le tuyau. Eh bien vous verrez que la limaille se dépose en quantité plus importante, bien que sa concentration dans l'air soit inférieure d'un facteur 10. Au final, ces analyses de cholestérol n'auraient fait que transformer des gens bien portants en malades potentiels tout en leur offrant de surcroît quelques inquiétudes infondées et surtout en leur administrant des molécules qui sont loin d'être anodines comme une banale vitamine C. Des cas troublants sont mentionnés, attestant que les statines peuvent avoir des effets assez nocifs chez quelques patients. Un livre a même été écrit sur ce sujet, avec une bonne dizaine d'autres essais évoquant pour certains une « folie du cholestérol » qui s'est emparée des Etats-Unis et hante le corps médical depuis quarante ans. Pour info, ce sont ces même Etats-Unis qui dans les années 1970 paniquèrent à propos d'un certain virus H1N1, déclenchant une campagne de vaccination vite interrompue du reste.

Il ne m'appartient pas de me prononcer sur ce dossier avec l'étiquette d'un expert mais avec l'expertise d'un honnête citoyen pourvu d'un bagage scientifique suffisant pour lire des documents et notamment ceux fournis par le Books daté de février 2013. Je suis convaincu que la médecine anti-cholestérol est une énorme arnaque servant les intérêts des laboratoires sur fond de peurs diffuses signant notre époque et le tout justifié par un principe de précaution qui nous a aussi valu de gaspiller en 2009 des centaines de millions d'euros en vaccins pour traiter une grippe assez anodine.

Ce billet ne sert qu'à évoquer cette affaire qui comme on s'en doute, risque de mettre en effervescence les médias puisque Philippe Even vient de publier un livre sur ce sujet en février 2013, dont l'objectif est de dénoncer autant le mythe du cholestérol que la complicité des autorités de santé dans ce dossier. Il faudra expliquer à des millions de gens qu'on leur a fait bouffer des cochonneries sans aucune justification scientifique rigoureuse et que de plus, des milliards d'euros ont été gaspillés par la Sécu pour empoisonner des gens bien portants. Autant dire que si l'affaire est bien présentée et relayée, ça va barder pour le système de santé. Je n'ai pas grand-chose à rajouter si ce n'est de vous inviter à consulter les documents disponibles pour forger votre opinion sur cette affaire qui, une fois de plus, n'honore pas les responsables de la santé publique, ni l'ensemble du corps médical peut enclin à se doter d'une opinion critique, préférant prescrire sans compter pour calmer l'hypochondrie généralisée des individus.

Le mot de la fin à Philippe Even : « il n'y a pas de mauvais cholestérol, c'est une farce inventée par les industriels de la pharmacie ». Et un conseil, pour prévenir les accidents vasculaires, rien de mieux qu'une hygiène de vie. No comment !

Puis une conclusion plus générale sur l'impasse de la médecine chimiothérapique qui ne trouve plus de molécules ce qui incite les laboratoires à lancer des médicaments n'ayant pas d'efficacité prouvée mais dont la nouveauté et la cherté permet de fructueux bénéfices sous réserve que le système de santé soit complice, et il l'est bien trop souvent. La médecine est dans une impasse et ne progresse plus, sauf l'autre domaine très important du système de santé, je veux parler de la chirurgie où des progrès tangibles sont avérés. Et encore plus général que le constat d'une perte de confiance des populations face à ceux dont la fonction est d'organiser la société où ils vivent et de leur prodiguer les soins auxquels ils ont droit.

Après la défiance vis-à-vis des politiciens, voici la méfiance face au système de santé. Ni la science ni la technologie n'est en cause. Simplement la corruption d'un système dont on voit aussi les effets à l'hôpital. Car dans ce secteur aussi les abus sont nombreux. Les progrès en chirurgie sont indéniables mais le système régresse par la faute d'un système qui cherche le profit et accumule les actes injustifiés. Finalement, ce n'est pas le système qui dysfonctionne mais ce qu'il y a dans le cerveau des opérateurs du système et en premier lieu la hiérarchie. Voilà à peu près ce qu'on peut penser en élargissant le cholester-gate à une configuration plus générale. J'aurais pu aussi mettre les universitaires, les économistes, les administrateurs...
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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 19:18

Par Vincent Olivier, publié le 19/03/2013

Pour le Dr Frachon qui, la première, a dénoncé le scandale du Mediator, après la "complaisance" dont ont fait preuve les experts de l'Agence du Médicament, la justice a désormais "un rôle fondamental à jouer". 


Irène Frachon: "La mise en examen de l'Agence du médicament est normale et logique"

ANSM - Le docteur Irène Frachon a été le premier médecin à dénoncer le scandale du Mediator.

afp.com/Fred Dufour

Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, a été la première à dénoncer les agissements du laboratoire Servier dans le scandale du Mediator. Elle se réjouit de la mise en examen de l'Agence nationale de Sécurité du médicament (l'ANSM, ex-Afssaps) intervenue ce mardi. En cause: la mise sur le marché et le non retrait d'un médicament prescrit comme adjuvant pour les diabétiques en surpoids, et qui serait responsable de 500 à 2000 décès en France

Quelle est votre première réaction à l'annonce de la mise en examen de l'ANSM?

Je la trouve parfaitement normale, car il est absolument nécessaire de faire la lumière sur une série de dysfonctionnements, d'imprudences, de manques et de fautes, pointées notamment par un retentissant rapport de l'IGAS en janvier 2011, qui ont abouti à ce drame sanitaire. Cette mise en examen permettra, je l'espère, de comprendre pourquoi l'Agence du Médicament n'a pas vu -ou pas voulu voir- que Servier commercialisait un poison mortel. 

Justement: selon vous, les pouvoirs publics ont-ils été aveugles ou aveuglés par Servier?

Ils ont en tout cas détourné les yeux. Et je demeure frappée par la permissivité, le laxisme dont ils ont fait preuve vis-à-vis de ce laboratoire -exactement comme un parent qui passerait tout à son enfant devenu tyran. Au minimum, il s'agit d'une dérobade générale: Agence du Médicament, experts de tous bords et même sociétés savantes, tous ont leur part de responsabilité. Et ça continue aujourd'hui encore. La Société française de cardiologie, par exemple, accueille Servier les bras ouverts, alors même que ce laboratoire a été mis en examen pour des morts par blessure cardiaque et qu'il s'est comporté comme un pharmaco-délinquant. 

Comment expliquez-vous cette attitude?

C'est invraisemblable et, surtout, inacceptable. Et je me l'explique d'autant moins qu'il y a, à l'Agence du Médicament, des pharmacologues compétents. Comment ont-ils pu faire preuve d'une pareille complaisance, alors qu'il y avait des alarmes connuse, dénoncés depuis des années? C'est pour cette raison que la justice a un rôle fondamental à jouer car c'est un pouvoir indépendant, doté de moyens d'investigations importants: il faut maintenant aller au-delà des intentions, faire l'autopsie de l'Afssaps pour que semblable événement ne se reproduise pas.

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 13:17
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LE PLUS. Après le scandale des pilules de 3e et 4e génération, ces contraceptifs oraux ont vu leurs ventes chuter de 23%. Un recul interprété par la gynécologue Odile Buisson comme l'occasion parfaite d'un grand bond en arrière dans le domaine de la santé féminine. C'est ce qu'elle exprime dans son ouvrage "Sale temps pour les femmes". Notre chroniqueuse Peggy Sastre l'a lu et souligne la pertinence de son argumentation.

Édité par Daphnée Leportois  Auteur parrainé par Mélissa Bounoua

Sarah Davis, sage-femme, est un train de faire un examen prénatal à Melanie Morgret, le 14 février 2012, dix jours avant qu'elle accouche à domicile (M.MAY/SIPA).

Une sage-femme fait un examen prénatal à une femme enceinte dix jours avant qu'elle accouche à domicile (M.MAY/SIPA).

 

C'est au décorticage d'un drôle de complot que le docteur Odile Buisson nous convie dans son dernier ouvrage, "Sale temps pour les femmes". Oh, bien sûr, il ne s'agit pas d'un complot en bonne et due forme, consciemment fomenté en haut lieu par des individus aussi cyniques que vêtus de noir, mais de la rencontre de plusieurs tendances promettant de faire passer un sale quart d'heure aux femmes françaises. Ou, plutôt, de sales prochaines années.

 

Car ce qu'ont en commun la libéralisation économique excessive du secteur médical – cette volonté de faire de l'hôpital une entreprise rentable, suivant en priorité des objectifs de courte vue –, la "crise de confiance" dont souffre de plus en plus la médecine scientifique, réactivée ici ou là par divers scandales médiatiquement bien en vue (et bien vendus), la mode de l'"alternatif" et autres "retours à la nature" bio-bobos, ou encore la résurrection de la pensée et des pratiques religieuses au sein de la vie civile (ou plutôt, d'une compromission croissante de la vie civile à leur égard), c'est la mise en danger des femmes.

 

Par une détérioration de leurs conditions de vie, si chèrement améliorées ces 50 dernières années. Un marchandage de leur santé. Une négation de leurs besoins physiologiques spécifiques. Et une augmentation des inégalités en matières d'accès aux soins.

 

Femmes culpabilisées, image de la médecine abîmée

 

À ce titre, les récentes "polémiques" sur les pilules contraceptives relèvent peut-être du cas d'espèce. Un vent de panique partant d'histoires singulières, certes tragiques, mais qui ne font que révéler une évidence : la pilule est un médicament, possédant de rares et graves effets secondaires, largement contrebalancés par ses "services rendus". Ou, comme le précise Odile Buisson (p.10) :

 

"L'Agence nationale de sécurité du médicament a comptabilisé sur 27 ans 13 décès imputables aux contraceptifs oraux. À titre indicatif, une grossesse c'est 70 décès par an. […] 2 millions d'utilisatrices pourront bientôt dire adieu au remboursement de leur contraception. Tout ça pour ça."

 

Tout ça pour ça : faire pleurer dans les chaumières, effrayer et culpabiliser les femmes sur leur désir de scinder efficacement sexualité et reproduction (tu le paieras un jour, ma fille), espérer des économies de bouts de chandelle, offrir un boulevard aux marchands de poudres de perlimpinpin et méconnaître le fonctionnement fondamental de la médecine scientifique. Car "cet épisode rappelle que la médecine moderne n'est pas infaillible, son risque n'est jamais nul en risque des effets adverses. Leur médiatisation croissante en accentue la peur et les grands cabinets d'avocats les guettent comme une aubaine. […] L'image de la médecine […] en sort à chaque fois un peu plus abîmée. D'où le nombre croissant de ses détracteurs."

 

On aurait pu croire que la "puissance publique" allait s'évertuer à jouer la modération. Pas de bol : "'Affolez-vous !' est devenu le nouveau mantra d'une société qui n'ose plus regarder le risque en face, en décidant calmement de vouloir le prendre ou non", résume Odile Buisson.

 

Quand je l'ai interrogée, cette gynécologue et échographiste, membre du directoire de l'ISSWSH et du conseil de l'ordre des médecins des Yvelines, s'est dit "atterrée par le mauvais message qui s'est répandu dans notre pays" :

 

"On fait croire, à tort, que la contraception orale est dangereuse. Or s'attaquer à la contraception orale, c'est s'attaquer à toute la contraception, car aucun moyen contraceptif n'est dénué d'effets adverses. C'est aussi s'attaquer à toutes les femmes en réintroduisant les peurs des années de plomb, peur du sexe, peur de la grossesse indésirable, peur de l'avortement etc. Mais la remise au pas des femmes est dans l'air du temps."

 

Et c'est une désolation à laquelle, malheureusement, je ne peux que souscrire. Une remise au pas des femmes se nourrissant de simagrées (émoi, effroi, dégoût, etc.) prenant le pas sur les discours rationnels, en général, et ceux relevant de la pédagogie scientifique, en particulier.

 

Il ne s'agit plus d'expliquer, d'appréhender sereinement la complexité et l'incertitude inhérente à la démarche médicale – dont les progrès sont responsables, pour moitié, faut-il le rappeler, des gains d'espérance de vie de ces derniers siècles – mais de suivre des logiques binaires, de confondre soin et "contrôle" et, du côté des politiques, de marcher aux "déclarations enjôleuses, câlines et mensongères" quand "seule l'observation de la réalité des faits importe" (p.228). Pour Buisson, on peut même parler de "batailles perdues".

 

"La première est d'avoir échoué à expliquer que la santé est un facteur de croissance" et que "toute dépense est un investissement dans la productivité et l'avenir". Mais surtout "la deuxième est de n'avoir pas su revendiquer une responsabilité majeure dans l'augmentation de l’espérance de vie en bonne santé qui, spécificité française, augmente plus vite que l'espérance de vie" (p.230).

 

Le corps médical offre une autoroute aux charlatans

 

Pour autant, Buisson ne décharge aucune responsabilité du corps médical : à la demande d'information croissante des patients, à une perte de vitesse de son modèle "paternaliste", la médecine n'a pas encore su s'adapter. "La médecine est une science au carrefour de toutes les sciences, m'explique-t-elle, et il est absolument certain que la connaissance de l’humain a été mise de côté. Quel paradoxe que d’être rivé à l’anxiété de rater un diagnostic ou un geste thérapeutique et d’en oublier celle du patient ! Je crois que le formatage des études de médecine (une parcelle d’enfer sur Terre) fait de nous des gens plutôt performants dans la prise en charge des maladies mais des autistes quand il s’agit de prendre soin de la personne."

 

Un hermétisme qui explique, en partie, l'explosion des "médecines" alternatives et autres techno-sciento-phobies de petits enfants gâtés. "Ne pas corriger le tir, poursuit-elle, c’est offrir une autoroute à tous les charlatans, qui eux, sont des grands communicants, car ils n’ont que leur baratin pour gagner leur vie. Or il y a une forme de plaisir à se faire baratiner, c’est une façon de réenchanter le monde. Plus le monde est moche à voir, plus on a besoin de pensée magique. C’est pourquoi en ce début de siècle qu’on peut tout de même qualifier de difficile, l’Obscurantisme revient et les Lumières clignotent…"

 

Cet obscurantisme, il ne se manifeste seulement dans ses émanations les plus évidentes, qu'elles soient païennes ou héritières des grandes religions monothéistes, il se montre aussi dans certaines initiatives féministes, de plus en plus visibles à défaut d'être populaires, où le "mon corps m'appartient" s'est peu à peu mué en "je suis la mieux placée pour m'en occuper". Celles où, au mieux, on se reluque le col de l'utérus entre copines, persuadées d'accomplir par là un acte hautement révolutionnaire, d'affirmer son émancipation de "l'impérialisme médical" et où, au pire, on se refile des techniques de grand-mère pour avorter ou accoucher.

 

Parce que le fonctionnement du corps féminin ne relèverait pas de la science, mais d'un savoir-faire. Parce que la féminité et la grossesse ne seraient pas des maladies. Parce qu'il y a à peine un siècle les cimetières ne débordaient pas de ces femmes "pas malades"...

 

Bien sûr, ces mouvements peuvent s'expliquer par des menaces réelles pesant sur l'avortement ou par la généralisation des "accouchoirs", nés du remembrement des infrastructures obstétriques. Mais on peut aussi y voir le confort que permet une pensée radicale, ripostant à la complexification croissante du monde par une vue en bichromie.

 

Face à ces femmes qui savent mieux que personne s'occuper d'elles-mêmes, Buisson estime que "toute pensée radicale est une pensée pauvre" :

 

"Pour survivre à la complexité de la vie, il faut une pensée complexe et une science éprouvée. Cela dit même avec, on n’arrive pas toujours à éradiquer la maladie, l’accident opératoire, le vieillissement et la mort prématurée. Une femme est bien évidemment libre de prendre le risque qu’elle estime devoir prendre pour elle, mais il est inacceptable qu’elle en entraîne d’autres dans ce qui relève au mieux d’une lubie idéologique au pire d’une insondable bêtise, et je crains fort que nous soyons là dans le pire."


Alors le constat que dresse Odile Buisson n'est évidemment pas rose – et il faudrait encore parler des errements de l'éducation sexuelle, des patients qui se prennent pour des clients-rois, de la douleur de l'accouchement vue comme rite initiatique ("Il n'existe aucune autre situation clinique où l'on considère acceptable qu'un individu souffre une douleur sévère sans traitement, alors qu'il est soigné par un médecin et que des moyens analgésiques sûrs existent pour cette douleur") ou des femmes considérées comme des choses tout justes bonnes à servir l'économie et l'écologie –, mais sa force argumentative, son humour et son talent narratif font de son livre, encore une fois, une réussite, ne serait-ce que sur un plan performatif.

 

C'est un livre qui donne envie de se relever les manches, pour faire en sorte que ce "sale temps pour les femmes" ne soit qu'une intempérie passagère.

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 13:02

Le laboratoire pharmaceutique vient d'écoper d'une amende de 40,6 millions d'euros de la part de l'Autorité de la concurrence. En cause : des méthodes commerciales peu scrupuleuses.


L’Autorité de la concurrence a accumulé pendant trois ans des témoignages de médecins et de pharmaciens. (MAXPPP)

L’Autorité de la concurrence a accumulé pendant trois ans des témoignages de médecins et de pharmaciens. (MAXPPP)

    L’Autorité de la concurrence a frappé Sanofi-Aventis d’une amende de 40,6 millions d’euros pour "abus de position dominante", a-t-on appris mardi 14 mai. Ce qui est reproché au laboratoire français ? Avoir mené auprès des médecins et des pharmaciens une "stratégie de dénigrement" à l’encontre des concurrents de son produit phare, le Plavix, 4e médicament le plus vendu dans le monde jusqu'en juillet 2008, date d'entrée sur le marché de ses équivalents génériques.

    L’Autorité de la concurrence a accumulé pendant trois ans des témoignages de médecins et de pharmaciens. "Sanofi-Aventis a mis en œuvre une stratégie de communication globale et structurée dont l’objectif était d’influencer les médecins et les pharmaciens afin d’enrayer le mécanisme de substitution générique", explique-t-elle. De sorte que les médecins écrivent "non substituable" sur leurs ordonnances de Plavix, et que les pharmaciens ne remplacent pas le médicament breveté par une molécule concurrente... sauf par le Clopidogrel Winthrop, générique fabriqué par... Sanofi-Aventis !

    Coût pour l'assurance maladie du remboursement du Plavix en 2008 : 625 millions d’euros. Pour protéger son produit phare, le laboratoire pharmaceutique a employé des méthodes peu conventionnelles décrites dans le rapport de 120 pages de l'Autorité de la concurrence.

    Du "comportement assassin" à "l'hémorragie"

    La Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) a recueilli des informations auprès de travailleurs salariés. Ainsi, dans la région de Champagne-Ardenne, le comportement de Sanofi est ainsi décrit :

    Comportement anti-générique du visiteur médical auprès des pharmacies pour ne pas substituer le Plavix sauf si le générique est Wintrop. Parfois communication agressive : substituer (en dehors de l'autogénérique Wintrop) serait un comportement 'assassin'. Principal argument : la différence de sel. Communication du visiteur médical auprès des médecins pour encourager la pratique du 'NS' (non substituable, NDLR). Des cas de décès liés à la substitution du Plavix évoqués par le visiteur médical."

    En Midi-Pyrénées, voici ce qui remonte à la Cnam :

    En l'absence de tests sur le sel de clopidogrel des génériques, l'efficacité n'est pas prouvée."

    En Nord-Pas-de-Calais :

    Mise en danger des patients si pas de délivrance."

    Dans deux pharmacies de la même région, Sanofi a avancé que "donner un générique peut provoquer des hémorragies du patient", indique une déléguée de l'assurance maladie. 

    Dans le rapport de l'Autorité de la concurrence, ce type de témoignage s'accumule. Les enquêteurs ont notamment recueillis les propos directs de médecins et pharmaciens :

    Ainsi, un délégué pharmaceutique de Sanofi-Aventis a affirmé auprès de la pharmacie 1..., située à Castelnau de Médoc, qu''il faut prendre de l'auto générique de chez Winthrop, sels identiques au Plavix, les autres génériques ne sont pas identiques, voire dangereux pour les patients'".

    A Neuville-sur-Saône, un pharmacien a écrit un courrier de résiliation à Téva Santé, qui fabrique un générique concurrent du médicament de Sanofi-Aventis :

    "Je soussigné .... annule ce jour ma commande de Clopidogrel TEVA suite à mon appel auprès de Laboratoire Winthrop, qui vient de m'informer du fait :

    - De la non-substitution de Plavix dans 40% des indications (syndrome coronarien aigu)

    - De la non-substitution de Plavix dans le cadre de l'association avec KARDEGIC,

    - De la différence de sel entre princeps et le générique.

    Ma responsabilité pharmaceutique et pénale étant engagée au dire de Winthrop en cas de problème chez un patient, je ne souhaite pas substituer ce générique."

    Même type de déclaration dans une pharmacie de Notre-Dame de Bondeville, en Seine-Maritime :

    Visite à la pharmacie des délégués médicaux de Sanofi (non connu) et Winthrop (délégué 'volant' non connu lui aussi). Les commerciaux m'ont expliqué que tous les génériques qui allaient sortir seraient d'un sel (le bésilate) différent du Plavix (hydrogénosulfate) sauf le clopidogrel Winthrop et qu'ils n'avaient pas la totalité des indications du Plavix, en particulier qui si il y avait une association avec l'aspirine seul le Plavix ou son générique de source (Winthrop) pouvaient être délivrés dans le respect de l'AMM."

    Le docteur Caroline Y... chef de clinique en cardiologie à l'hôpital Bichat à PAris, a également indiqué le 14 avril 2011 :

    Oui, on m'a dit qu'il fallait mettre 'non substituable'. C'est une visiteuse habituelle de Sanofi. Les excipients ne seraient pas les mêmes et il y aurait des cas de thrombose."

    Le docteur Gilles J..., généraliste à Amiens, indique le 25 janvier 2010 :

    Le discours tenu par les visiteurs se résumait à signaler l'arrivée du CLOPIDOGREL (générique du PLAVIX) sur le marché, mais dont le sel est différent du médicament princeps. Du fait de cette légère différence de fabrication, les visiteurs me précisent que la substitution dans le cas de l'artérite ne pose aucun problème, mais que la substitution dans le cadre du syndrome coronarien n'est pas recommandée, dans l'attente d'éventuelles études complémentaires concernant ce nouveau sel."

    Selon l'Autorité de la concurrence, "ces témoignages montrent que les visiteurs médicaux de Sanofi-Aventis ont délivré un discours tendant à faire accroire notamment que l'absence d'indication SCA pour les génériques de Plavix résulterait d'un manque d'études complémentaires ou encore que le principe actif des sels de clopidogrel des génériques ne serait pas identique à celui de Plavix, ou enfin qu'il y aurait eu des problèmes sanitaires graves (cas de thrombose) dus au traitement sous générique.

    Or, l'Autorité rappelle que les "différences évoquées en termes de sels et d'indications (...) n'ont en elles-mêmes aucune pertinence ou implication en matière de santé publique".

     
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    18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 12:46

    La prescription de médicaments pour le traitement d'autres affections que celles pour lesquelles ils ont été approuvés par Santé Canada est de plus en plus répandue au Canada et devrait faire l'objet d'une surveillance, estiment des experts.

    Robyn Tamblyn, directrice scientifique des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et chercheuse à l'Université McGill (Montréal), a proposé, la semaine dernière au Comité du sénat sur les affaires sociales, les sciences et la technologie la mise en place d'un système national de surveillance de ces usages.

    Une étude, publiée en 2012, dont elle était coauteure avec le Pr Tewodros Eguale, montrait que, chez 113 médecins de première ligne de Montréal et de Québec ayant rédigé 253 347 ordonnances électroniques pour 50 823 personnes, 11 % des médicaments étaient prescrits pour une indication non approuvée.

    Dans 79 % des cas, cette indication n'était pas solidement étayée par des données scientifiques probantes. La plupart des médicaments prescrits pour des usages non réglementés étaient des anticonvulsivants (anti-épileptiques), des antipsychotiques (neuroleptiques) et des antidépresseurs. (Voyez: Antipsychotiques, antidépresseurs et anticonvulsivants largement prescrits de façon non conforme au Québec.)

    Jusqu'à maintenant, l'information n'est pas compilée, il y a donc très peu de recherches sur le sujet. Sauf pour le Québec, les provinces n'obligent pas les médecins à inscrire pourquoi ils prescrivent un médicament. Mais l'infrastructure est en place pour un système de surveillance qui exigerait que les médecins et les pharmaciens notent cette information sur les prescriptions électroniques.

    Rappelons que la prescription de médicaments hors des usages approuvés par les autorités de santé est légale. Elle peut, dans certaines circonstances, être appropriée. Mais dans l'ensemble, le problème est que les usages non approuvés n'ont pas été testés et ils exposent les consommateurs à des effets secondaires potentiels qui n'ont pas été évalués en fonction du bénéfice (balance risques/bénéfices).

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